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A Joal, la maison de Senghor agonise
Mardi 06/04/2010 | Posté par Papa Keita
Alors que le Sénégal fête ses 50 ans en grande pompe, la maison de son premier président est à bout de souffle. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de subventions... Le Dakar Bondy Blog s'est rendu sur place.
Etienne Dieng, mise sobre, la trentaine épanouie, teint noir comme du marbre, est un homme amer. Très amer. Et pour cause, la maison familiale de Senghor, baptisée «Mbind Diogoye» (la maison du lion, en sérère), transformée en musée depuis 1976, n’est que l’ombre d'elle-même.
«La maison familiale de Senghor n’a ni eau ni électricité», soutient Etienne, sur un ton qui frise le dépit. Pourtant, cette imposante bâtisse peinte en vert ne donne pas à première vue l’image d’un bâtiment qui agonisse.
A l’intérieur, tout semble aller pour le mieux. Et pour cause: «La maison a fait peau neuve récemment», souligne le guide. Mais ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Le nouveau visage attrayant qu’affiche la maison, elle le doit à un bienfaiteur en la personne de Phillipe Henry Dacoury Tabley, gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
C’est au détour d’une visite à Joal, que ce dernier a pris conscience de l’état de délabrement des lieux pour lui venir en rescousse. «Le gouverneur de la BCEAO a été sensible au sort de la maison et a décidé de mettre la main à la poche pour la relooker», informe Etienne.
Un geste qu’il salue tout en le trouvant incompréhensible. «Je ne peux comprendre qu’un étranger vienne réfectionner cette maison à la place des Sénégalais», s’indigne le conservateur. «C’est désolant !», ajoute-t-il.
Les déboires de «Mbind Diogoye» ont véritablement commencé lorsque la mairie de concert avec la fondation Senghor a décidé de reprendre en main de la gestion. Depuis lors, les choses vont de mal en pis. Elle ne bénéficie pas de subventions. Quant au conservateur, Etienne, taillable et corvéable à merci, il est resté huit mois sans percevoir son salaire.
Pour manifester sa colère, il a décidé tout bonnement de fermer la maison aux visiteurs sénégalais comme étrangers. Et lorsque Valérie Giscard d’Estaing, ancien président de la France, était venu à Joal, il a fallu de nombreuses conciliabules pour faire plier Etienne, à rouvrir les portes du prestigieux musée.
«On m’avait promis de me faire une avance sur mon salaire, mais j’ai catégoriquement refusé d’ouvrir les portes de la maison à Giscard. Il fallu que Basile Senghor de la fondation Léopold S. Senghor m’appelle pour me faire changer d’avis», révèle-t-il.
Pour l’heure, il songe à contacter le Ministère de la Culture pour redonner un nouveau souffle à l’un des plus importants vestiges du Senghorisme.
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Par MG