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Adieu Lucien !

Vendredi 15/01/2010 | Posté par Papa Keita

Décédé mercredi soir à Dakar, loin de sa terre natale, l’homme de culture haïtien et professeur de diction au Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), Lucien Lemoine était l’un des artistes qui a marqué avec son épouse (Jacqueline Scotte) le monde de la culture.

"C’est par le hasard que j’ai débarqué à Dakar en 1966 et  j’y suis resté ", aimait-il à ressasser à ses étudiants du CESTI au studio de Radio.

Arrivé  au Sénégal le 10 avril 1966 avec la troupe Marie Serreau dans le cadre du premier Festival mondial des arts nègres, Lucien Lemoine et sa femme  Jacqueline Lemoine vont adopter le Sénégal à jamais.

Pour le comédien et poète haïtien, ce voyage en terre africaine était  symbolique. Son ami, Léopold Sédar Senghor, alors Président du Sénégal, l’avait convié à ce grand banquet des artistes du monde entier.

Avec la troupe Marie Serreau, Lucien Lemoine avait suscité l’attraction. A travers l’interprétation de la pièce "La Tragédie du roi Christophe" devant un Président Senghor ébloui, mais aussi en présence d’une bonne fourchette de sommités, dont l'empereur Haïlé Sélassié et le neveu du roi du Maroc, Duke Ellington, Josephine Baker, Alioune Diop, Léon-Gontran Damas, James Baldwin, Abdou Diouf, Katherine Dunham, Langston Hughes et bien sûr, Aimé Césaire. Ce dernier était pour l’anecdote son témoin de mariage.

A la fin de festival, le premier président du Sénégal accorda au couple Lemoine l’exil. Ils acceptèrent volontiers cette faveur. Dans ses cours, il regrettait d’un ton nostalgique, la disparition de son ami Senghor. Avec qui, il partageait l’amour de la poésie et les beaux vers.

Prenant prétexte de la célébration des 70 ans de Senghor, il avait revisité de fond en comble, à travers un magazine à  Radio Sénégal, la vie et l’œuvre, de ce dernier à l’instar d’un sismographe.

A chaque génération d’étudiants, il faisait écouter ce précieux magazine intitulé : "Si Senghor m’était conté".

De Senghor, il disait : "Il m’a tout donné. L’exil, la nationalité et Sorano". À Dakar, les amants éternels, Jacqueline et Lemoine, encore plus amoureux que Roméo et Juliette, côtoient des compagnons qui ne les quitteront jamais. Parmi eux, les poètes Jean Brière, Roger Dorsinville et Morisseau-Leroy. La poésie était pour lui, un art de vivre et les vers remplacèrent les mots ordinaires.

Devenus citoyens sénégalaise en 1976, Lucien et  Jacqueline Scott-Lemoine ont toujours entretenu un savant métissage, entre ce qu’ils ont d’haïtien et de sénégalais. Toute une génération, de journalistes sénégalais, de personnalités du monde des Lettres et du Théâtre africains a vu le couple, leur prodiguer de précieux enseignements.

Ces dernières années, c’est avec une santé fragile, pour ne pas dire précaire, qu’il arpentait majestueusement les couloirs du CESTI. Avec une hargne juvénile tirée je ne sais d’où ?  Très matinal, il attendait son ami Tony, qui l’introduisait au studio de radio.

Le vieux comédien, assaisonnait toujours d’anecdotes croustillantes ses enseignements, en dépit de ses problèmes auditifs. Toujours présent lors des cérémonies de remise de diplômes, il était absent la dernière fois au mois de décembre, malgré lui.

Avec sa disparition, c’est un pan entier du CESTI et du monde de la qui s’effondre. Repose en paix cher Maître.

Papa Keita -