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Avoir leurs peaux pour mieux vivre

Jeudi 11/12/2008 | Posté par Ousmane Diop

La fête de l’Aïd El-Kebir, appelée Tabaski au Sénégal, constitue une occasion pour de nombreux jeunes, notamment ceux de la banlieue, pour faire de bonnes affaires en collectant les peaux des animaux sacrifiés pour les revendre

Il y a des années déjà, cette activité était perçue comme un jeu pour enfants et nombreux sont ceux qui, dès leur plus jeune âge, ont collecté les peaux des moutons sacrifiés le jour de la Tabaski (Aïd El-Fitr). Cela constituait pour de nombreux enfants un moyen secondaire pour avoir d’autres revenus en plus du "ndéweuneul" (argent donné par des voisins ou des parents le jour de la fête, selon la coutume). Je me souviens qu’étant enfant, on faisait le tour des maisons du quartier pour demander que l’on nous offre les peaux, lesquelles étaient ensuite amenées au marché "Sandica", situé à Pikine Tally Bou Bess, en plein cœur de la banlieue de Dakar. Il y avait là-bas des femmes maures qui nous les achetaient à des prix qui variaient en fonction de la qualité de la marchandise. Une peau qui n’était pas trouée valait plus cher qu’une autre qui aurait été abimée lors du dépeçage. Une peau de mouton bien travaillée, sans trous, pouvait rapporter jusqu’à 250 à 300 Francs Cfa (0,30 à 0,45 euros) tandis que le prix d’une peau maltraitée ne dépassait pas les 150 Francs Cfa (0,22 euros).

Mais le phénomène a beaucoup évolué avec le temps, la chute du niveau de vie ayant fini de placer de nombreux ménages sénégalais dans une mauvaise posture. D’où le besoin aujourd’hui pour beaucoup d’individus de profiter de la fête du mouton pour satisfaire des besoins d’ordre financiers. Désormais, ce ne sont plus les enfants que l’on voit entrer dans les maisons pour demander les peaux des bêtes égorgées mais, des adolescents et des adultes en quête de ressources. On voit même des charretiers sillonner les quartiers pour collecter les peaux de moutons. Certaines personnes ne les donnent même plus gratuitement puisqu’elles ont découvert tout l’intérêt qui se cache derrière ces transactions.

Dans la banlieue, ce commerce est très répandu du fait des conditions précaires dans lesquelles vivent de nombreuses familles dont les enfants ont quitté très tôt l’école et n’ont pas de travail. La Tabaski constitue pour eux une véritable aubaine pour se faire un peu d’argent grâce à un boulot temporaire. Il est facile de distinguer les maisons qui traitent les peaux. On retrouve devant celles-ci des peaux jonchant le sol pour être séchées au soleil.
Ils vendent la marchandise à des personnes qui les conservent, en y mettant un peu de cendre et en les exposant au soleil, jusqu'à en avoir une grande quantité. Au bout de quelques jours, ils les revendent à des gens qui en feront des sacs, des chaussures, des ceintures, bref, tout ce qui se fait à base de peau de mouton.

Ce sont ces derniers revendeurs qui sont les plus grands bénéficiaires de ce commerce car ils revendent les peaux à des prix considérables, parfois avec un bénéfice de 100%, vu le faible prix d’achat et le prix de revente élevé.

Ousmane Diop

Ousmane Diop -