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Benoit Tama Boubane : le retour de l’enfant prodigue

Lundi 28/12/2009 | Posté par Angélique THIANDOUM

Il avait quitté son village, il y a quelques années, pour monnayer ses talents. Depuis, il en est revenu plein d’usage et de raison pour aider les jeunes de Salémata à s’en sortir. Ils ont, pour cela, monté ensemble un GIE.

«Je suis revenu à Salémata, il y a deux ans pour la Goana (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance)». Cette confidence de Benoît Boubane résume ses ambitions pour son village d’origine.

Rentré au pays après un séjour en Guinée et à Ebarak, un village à 7 km de Salémata, il a mis en place un GIE (groupement intérêt économique) « pour effacer les couacs qui existent dans le village». Dès son retour, il consulte les populations pour voir ce qu’ils peuvent faire ensemble, afin de développer la localité. C’est ainsi que le GIE est mis en place. Ses actions vont dans le sens de trouver une occupation aux jeunes.

Le projet de Me Abdoulaye Wade, la Grande offensive pour la nourriture et l’abondance (Goana), lui donne des idées. Il se dit qu’une telle initiative, qui a pour base le travail de la terre, peut aider les jeunes de sa localité à trouver une occupation. Dans le domaine de l’agriculture, Benoît leur apprend les techniques, pour augmenter les rendements. Avant, les gens du coin utilisaient les techniques traditionnelles et ne disposaient pas suffisamment d’engrais. Malgré la mise en place du GIE, les problèmes restent intacts. Les difficultés vont du manque de suivi à l’absence de technicien. Mais ces jeunes arrivent tant soit peu à s’en sortir. Ils produisent du riz, du mais, de l’arachide, du fonio et du mil. Né le 10 septembre 1962 à Salémata, Benoît a fait ses études primaires dans ce village jusqu’à la classe de CE1, avant de rejoindre l’internat de la mission catholique. Avec son niveau de 1e, il intègre le Centre de formation technique Don Bosco de Tambacounda où il sort avec un CAP (certificat d’aptitude professionnelle) en mécanique et un autre diplôme en électromécanique. Malgré tout cela, il ne peut pas exercer son véritable métier dans son village, à cause du manque d’infrastructures et d’électricité. C’est ainsi qu’il se rabat sur l’agriculture et l’exploitation forestière. Durant son séjour en Guinée, il se tourne un peu vers ses domaines de qualification professionnelle, ce qui lui permet de se lancer dans ces secteurs, aidé en cela par Caritas Salémata qui a mis en place un centre de formation en agriculture. Avec l’appui d’une ONG basée à Tambacounda, qui a une antenne à Kédougou, ces jeunes, avec à leur tête Boubane, travaillent le bois. Ils en font des fauteuils, des lits, des bancs en bambou ou en raphia qu’ils vendent à Kédougou ou à Tamba. Ce qu’ils gagnent leur permet de subvenir à leurs besoins. Tama Boubane se sent fier de ce qu’il fait pour sa localité. «Je peux dire que j’ai apporté ma contribution au développement de mon village », lance-t-il.

A 47 ans, il ambitionne, un jour, d’aller exercer son métier d’électromécanicien, à Dakar ou dans les grandes capitales régionales du pays. Pour pouvoir réaliser son rêve, il faut d’abord qu’il s’assure que son départ ne va pas affecter le projet qu’il a mis en place. Les jeunes de Salémata doivent assimiler les techniques qu’il leur a apprises, pour pouvoir prendre la relève. «Beaucoup de projets ont périclité comme ça. Une fois que le responsable a quitté le village, ceux qui étaient sous sa tutelle on eu tendance à l’imiter, ce qui pose un problème de suivi»,. Et pour éviter ce genre de situation, Boubane compte, de temps en temps, passer pour voir l’évolution du GIE, pour que les cadets sentent qu’il porte une attention à leur travail et qu’il les épaule. Très prévoyant notre électricien pense déjà à la retraite. Il a commencé à épargner pour pouvoir se prendre en charge lorsqu’il ne sera plus en mesure de travailler la terre, ou que son exode ne se passe comme il le voulait. En attendant de meilleurs jours, il se contente de ce qu’il gagne pour nourrir son épouse et ses deux filles.


Angélique THIANDOUM

Angélique THIANDOUM -