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Bineta Diop, une discrète combattante de la paix dans leTop 100 du Time Magazine
Jeudi 26/05/2011 | Posté par Mamadou Sane
Très effacée, préférant travailler à l’ombre, Bineta Diop vient cependant d’être propulsée au devant de la scène par sa nomination parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde en 2011. Loin d’être pour elle la distinction suprême, la présidente de Fas cogite déjà sur un master « Genre et construction de la paix », son cheval de bataille depuis plus de trente ans.
Aux côtés du célébrissime Mark Zuckerberg, Barack Obama ou encore Hilary Clinton et Marine Le Pen, Bineta Diop fondatrice et directrice exécutive de Femmes Africa Solidarité (FAS), a reçu 26 avril dernier à New York, son trophée la classant dans le top 100 des personnalités les plus influentes au monde en 2011. Devenant ainsi la seconde personnalité du Sénégal à recevoir pareille distinction après l’artiste Youssou Ndour en 2007.
Ce prix, cette native de Géoul, actrice infatigable de la cause féminine, le voit comme « le fruit d’un travail, pas seulement de Bineta Diop, mais celui de toute une équipe et particulièrement des femmes qui subissent la violence dans les zones de conflit. C’est à ces femmes-là qu’on reconnait le travail accompli à travers ma modeste personne ». Pour autant, elle reconnait que « beaucoup reste à encore à faire, surtout quand on regarde ce qui se passe dans notre sous-région notamment en Côte d’ivoire et dans d’autres pays qui sont en guerre en Afrique ».
Quoi qu’il en soit, cette dame qui a commencé sa carrière internationale en Droit il y a plus de trente ans, se voit encouragé dans son engagement et son implication dans plusieurs initiatives en faveur de la paix en Afrique ainsi que la protection des femmes en zone de conflits. Mais aussi et surtout, leur intégration dans le processus de recherche de la paix. Ce qui lui vaut une place auprès des plus grandes personnalités du monde reconnues pour leur engagement pour un mieux être, comme Nelson Mandela, Bill Gates, Bill Clinton… Eduquée par une mère « militante de première heure de l’Ups à Diourbel et Louga », du temps du Président Senghor, Bineta Diop a cultivé, dès le bas âge, le sens de la solidarité. « Toutes ces valeurs ont fait que je suis sortie très jeune du Sénégal avant d’être à Addis Abeba à 20 ans. J’ai vu beaucoup de Chef d’Etat défiler devant moi, comme Hailé Sélassié ». Même si elle était encore très jeune à l’époque, elle a pu avoir une lecture du fonctionnement du monde en côtoyant de grandes personnalités.
La perfection aux côtés du juge Kéba Mbaye
Sa prochaine destination : Paris, en compagnie de son époux. Elle y poursuit ses études avant d’intégrer la Commission internationale des juristes en 1974 à Genève, qui s’occupe des droits de l’Homme. « J’ai été engagée pour suivre des personnalités comme Kéba Mbaye et autres en tant que leur assistant. Mais cela m’a permis d’ouvrir les yeux, pas seulement sur l’Afrique, mais aussi sur l’Asie et l’Amérique du Sud où il y avait le départ des militaires et qu’il fallait tout reconstruire ». L’engagement en faveur de la recherche de la paix et de la promotion de la femme se matérialise en 1996 avec la création de l’ONG Femme Africa Solidarité (FAS), pour rendre les femmes du continent « aptes à assumer un rôle de leadership dans la promotion de la paix ».
Cette sexagénaire, titulaire d’un diplôme d’études en relations internationales et en diplomatie est devenue, au fil des années, une figure incontournable de la question de l’intégration du genre en Afrique, en plaidant le renforcement pour et la promotion du rôle prépondérant des femmes dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits sur le continent. « Nous avons eu à travailler avec Nelson Mandela quand il s’impliquait dans la recherche de la paix au Burundi. » Une des plus grandes satisfactions de M. Diop après des années d’investissement est d’avoir réussi à pousser trois Chef d’Etat à négocier, à savoir la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée, en servant d’intermédiaire. Ce qui lui a valu le Prix des droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Le combat au sein de l’Union africaine
Après une forte campagne en faveur de l’intégration des femmes dans les instances de l’Union africaine, elle obtient plus que ce qu’elle attendait : la parité en 2003. « Le premier à proposer cela aux dirigeants a été le Président Wade qui a dit à l’époque qu’il allait soumettre 50% et cela a été adopté ». Résultat : il y a autant d’hommes commissaires que de femmes au sein de l’organisation continentale et cet aspect, indique-t-elle, est pris en considération dans les recrutements à Addis Abeba. Deux ans auparavant, en compagnie de Mary Robinson, ancienne présidente de la République d’Irlande, elle co-préside le Groupe consultatif de la société civile, pour conseiller le panel de haut niveau mis en place pour célébrer le 10e anniversaire de la Résolution 1325, femmes, paix et sécurité du Conseil de sécurité des Nations Unies. « Nous avons créé aujourd’hui le mouvement « Gender is my gender » qui nous permet d’avoir un sommet alternatif à celui des Chefs d’Etat. C’est une sorte de suivi pour mesurer le suivi des indications et savoir qui et qui a fait des progrès en matière de recherche de la paix, de santé, de promotion économique et sociale… ». C’est dans ce sens qu’elle initie l’ « African Gender Award ». Ce prix, remis tous les deux ans à un Chef d’Etat du continent qui encourage l’implication des femmes dans toutes ses actions. Après Wade, Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud en 2005, Kagamé du Rwanda en 2007 et Armando Guebuza du Mozambique, le prix 2011 sera décerné à Ellen Johnson Sirleaf, Présidente du Libéria. « Nous lui attribuons ce prix, non pas parce que c’est une femme, mais pour tout ce qu’elle a fait pour son pays en matière d’infrastructures et d’hôpitaux. J’y étais le mois dernier et je constate qu’elle est en train de sortir son pays de la misère », explique-t-elle.
Une chevronnée de la région des Grands Lacs
Inusable « trotteur », Bineta Diop n’hésite pas à faire de voyage risqué à bord de vols de compagnies aériennes jugées « osés » et banni de l’espace de l’Union européenne, pour aller à la rencontre de victimes de guerre dans la région des grands lacs et promouvoir la paix et la stabilité. A son actif aussi, il y a sa facilitation pour l’implication des femmes dans les négociations de paix au Burundi et en République démocratique du Congo. A côté d’autres femmes africaines, elle a mené le plaidoyer pour l’adoption des instruments de protection des droits des femmes ainsi que le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, relatif aux droits des femmes à Maputo et la Déclaration solennelle sur l’égalité de genre en Afrique.
Autant de faits qui cadrent avec les critères de sélection des personnalités les plus influentes « Ils sont scientifiques, penseurs, philosophes, leaders, figures emblématiques, artistes, visionnaires. Ce sont des personnes qui utilisent leurs idées, leurs visions, leurs actions pour transformer le monde et influencer une multitude de personnes », rappelle Richard Stengel, responsable d’édition du magazine « Time ». Loin de penser à un repos qui serait somme toute mérité, Mme Diop songe à intervenir pour le retour de la paix en Côte d’ivoire et aider ses femmes à s’impliquer davantage dans la vie de tous les jours. Cette dame, qui a commencé ses projets seule à la maison et est partie de rien. Petit à petit, du monde se forme autour d’elle (partenaires et personnalités), convaincu des bienfaits de ses idées, dont certaines sont nées dans la cuisine. En 1997, elle embarque avec une équipe restreinte pour le Burundi : une de ses toutes premières missions.
Des regrets
Malgré autant de missions volontaires accomplies, Bineta Diop se reproche de n’avoir pas beaucoup agi en amont. « Ce que je regrette, c’est de n’avoir pas beaucoup travaillé dans la prévention. Nous avons été en Guinée récemment après les événements qui nous ont vraiment surpris en 2009. Nous sommes allés pour encourager le gouvernement de transition dans des programmes. Le Général Konaté nous a reçus et suivi nos recommandations en mettant en place tout de suite un fonds de solidarité pour les femmes. Une caravane de la paix a été aussi organisée pour sillonner le pays. Mais malheureusement, nous n’avons pas eu assez de ressources humaines et financières pour pouvoir faire le travail de prévention ». C’est pour rectifier ce tir qu’elle travaille actuellement sur un Master « Genre et construction de la paix », qui sera intégré dans les universités de l’Afrique de l’Ouest dans un premier temps. « Nous cherchons à travers ce master qui n’existe pas encore en ce moment en Afrique notamment, à avoir le maximum d’hommes et de femmes. Des journalistes par exemple, qui ont la communication mais qui peuvent aussi s’impliquer dans l’apaisement des conflits », explique-t-elle, précisant que ce programme de formation est déjà très développé. Son but à elle : étudier des cas, faire des recherches, et utiliser les mécanismes de gestion traditionnels de conflit et les mettre à la disposition des jeunes.
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Par Anonyme