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Centre verbo-tonal de Dakar : Les enfants sourds-muets ont la parole

Jeudi 04/02/2010 | Posté par Papa Keita

Tous les enfants ont droit à l’éducation, même s’ils sont handicapés, sourds et/ou muets. D’où la création de structures spécialisées, pour des enfants à besoins spéciaux.

C’est la récréation au centre verbo-tonal de Dakar. Les élèves s’amusent, courent d’un bout à l’autre de la cour, dégustent leur goûter. Mais comme on pourrait s’y attendre dans une cour remplie d’enfants, les cris ne fusent pas, il n’y a pas la cacophonie habituelle des cours de récréation. Entre eux, les élèves gesticulent pour bavarder, ils sont sourds muets.

«Ce sont des enfants à besoins éducatifs spéciaux, nous dit la directrice du centre, Mme Fatou Soumaré, et le centre est là pour prendre en charge leurs besoins spécifiques». Créé depuis 1979, le centre est le premier au Sénégal, voire de la sous-région, à prendre en charge l’éducation et la rééducation des enfants déficients auditifs et souffrant de troubles de la parole.

L’expression "verbo-tonal" vient de cette méthode d’éducation du même nom, créée par le professeur Gubérina de Yougoslavie. La méthode repose sur une hypothèse de base, à savoir que la mutité est la conséquence de la surdité. En clair, si l’enfant ne parle pas, c’est parce qu’il n’entend pas. Il n’entend ni sa voix, ni celle de son entourage. Parce que dès le bas-âge, le bébé répète les sons qu’il entend. Donc, s’il a des problèmes d’audition, il aura aussi des troubles de la parole. «La méthode a donné son nom au centre, mais la vraie dénomination de ce dernier, est Externat médico-psycho-pédagogique intégré», révèle Mme Soumaré.

L’objectif du centre verbo-tonal c’est de rendre la parole à ces enfants et de corriger leur ouïe. Pour ce faire, les instituteurs travaillent en étroite collaboration avec des rééducateurs spéciaux, qui corrigent individuellement ceux qui ont des problèmes de prononciation ou autre, et qui ont été signalés par la maîtresse de classe. Il y a aussi les cours de rythme, dispensés par Mme Diop, professeur de musique et de danse. «J’utilise la phonétique pour travailler avec les élèves, je leur apprends le rythme sonore et corporel. Il s’agit de leur apprendre à scander leur voix, avec les intonations, les pauses…», renseigne-t-elle.

LES SUVAG, METHODE SALVATRICE

«Là où les écoles classiques font de l’éducation, ici, nous faisons de la rééducation», affirme Mme Bitèye, enseignante au centre depuis 1983. Le travail se fait avec des appareils appelés Suvag (Système universel verbo-tonal d’audition Gubérina). Grâce à des casques branchés à des amplificateurs, les élèves peuvent entendre ce que dit la maîtresse, qui utilise un micro, également relié à l’amplificateur, explique-t-elle. L’enfant peut ainsi répéter les sons qu’il perçoit, c’est la démutisation. Sa collègue Mme Gueye va plus loin : «quand on leur met le casque et qu’ils s’entendent pour la première fois de leur vie, les enfants sont très contents, il y en a même qui crient, et c’est vraiment émouvant».

Le centre a aussi une assistante sociale et un psychologue-conseiller, qui discutent avec les parents désireux d’amener leurs enfants au centre. Deux médecins, un orthophoniste et un ORL (Oto-rhino-laryngologiste), consultent gratuitement les postulants. «Ce sont ces tests qui permettent le recrutement de dix élèves par an, déclare Mme Soumaré, seulement dix parce que les Suvag ne sont pas  très nombreux». Normalement, les élèves admis doivent passer dix années dans le centre (trois ans au préscolaire, ensuite une année de transition avant d’entamer le cycle primaire) mais si un élève atteint un niveau de performance satisfaisant, il est intégré dans une école classique. Actuellement, le centre a placé 25 élèves dans le circuit normal, selon la directrice.

Enseigner à des enfants sourds n’est pas une tâche facile, il faut beaucoup aimer le métier et les enfants pour pouvoir le faire. Comme nous le dit Mme Bitéye : «nous travaillons dans un champ désertique, notre plaisir c’est de voir les élèves arriver à prononcer correctement. L’essentiel, c’est de réussir la socialisation, parce qu’en général ces enfants sont isolés dans leur famille, ils sont inhibés. Il faut donc les aider à s’épanouir».

«C’est à la fois passionnant et éprouvant, renchérit Mme Guéye. Il faut avoir pitié des élèves et comprendre qu’ils ont des besoins spéciaux».

Papa Keita -