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Ceux que le défilé du 1er mai laisse indifférents

Samedi 02/05/2009 | Posté par Papa Keita

La fête du 1er mai n’emballe pas tous les travailleurs. Au moment où certains la célèbrent avec faste, d’autres préfèrent faire l’impasse dessus et feignent même de l’ignorer. Un petit tour dans la ville de Dakar a permis à Papa de rencontrer des gens qui évoluent dans les petits boulots et qui se sentent peu concernés par la fête

Contrairement aux travailleurs qui ne ratent jamais l’occasion de la fête du 1er mai pour manifester dans les tues de Dakar dans une ambiance carnavalesque, il y a, par contre, une autre catégorie de travailleurs que cette fête laisse dans la plus grande indifférence. Pendant que leurs camarades travailleurs battent le macadam, ils vaquent tranquillement à leurs occupations, comme si de rien n’était. Ces travailleurs évoluent généralement dans le secteur informel qui leur procure leur principale source de revenus. Certains d’entre eux ignorent même l’existence et le sens de cette fête pour les travailleurs du monde entier.

En cette période de vaches maigres pendant laquelle ils tirent le diable par la queue, chaque minute de perdue est synonyme pour eux d’argent jeté par la fenêtre. Abdoulaye Fall, vendeur à la sauvette, ne trouve pas l’intérêt de s’associer à la fête et à la marche parce que ça ne l’intéresse pas du tout. Il précise aussi que « les marcheurs peuvent se permettre de rester toute une journée sans travailler, cela ne leur causera aucun préjudice, à l’avenir mais moi non. » Un peu plus loin, sur l’avenue Lamine Gueye, où le cortège s’ébranle patiemment et lentement au rythme de ceux qui bravent une chaleur d’été en direction du Palais de la République, Moustapha, vendeur de serviettes, les mains dans sa poche, avoue ne pas être au courant de cette fête et s’est même dit étonné de voir les gens dans la rue ce matin en venant travailler : « Je croyais, en les voyant venir, qu’ils marchaient contre la vie chère », fait-il savoir, avec un sourire ironique. A ses côtés, Modou Ndiaye, la trentaine, crâne rasé, soutient lui ne s’être jamais reconnu dans la fête du premier mai, dans la mesure où elle est faite pour les travailleurs qui ont un rapport direct avec l’Etat et qui traitent avec lui. Tandis que lui, il gère ses propres affaires et n’a de comptes à rendre à personne : « Depuis des années que j’évolue dans ce secteur, je n’ai jamais vu la main des autorités. », affirme-t-il.

Pour d’autres, il est inutile de participer à la marche où de baisser pavillon parce que, chaque année, c’est les mêmes revendications qui sont déposées sur la table du Président de la République par les travailleurs, mais les solutions on ne les voit jamais sur le terrain de la réalité sociale. El Hadji est dans sa boutique aux premières de la matinée. La fête ne lui inspire pas grand-chose. Ce qu’il connaît, dit-il, c’est le langage de l’argent et du profit. Il se dit un fidèle adepte du « Time is money » américain qui a propulsé les USA comme puissance économique. Il dit n’avoir nullement le temps pour lutter pour des causes qu’il sait perdues d’avance parce qu’elles tomberaient dans l’oreille d’un sourd de toute façon.

Papa I. Keïta

Papa Keita -