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Comment la crise a transformé l'avenue Ponty en un marché
Samedi 09/05/2009 | Posté par Faty Dieng
Ces derniers temps, les marchands ambulants ont envahi les rues de Dakar, assaillant les passants pour placer leurs marchandises. Faty s'est rendu sur l’avenue George Pompidou, ex William Ponty, un lieu qui accueille de nombreux jeunes à la recherche d’une vie meilleure. Portraits de crise
Il est 14 heures pile. Une chaleur accablante règne à l’avenue George Pompidou plus connue sous le nom de William Ponty. Il y a encore quelques années, c’était une artère calme sur laquelle on pouvait se balader tranquillement. L'avenue qui se trouve en plein centre ville de Dakar est désormais assaillie par les marchands ambulants. Sacs à dos, casquettes sur les têtes, CD piratés, parfums, cartes de recharge téléphonique, autocollants, foulards de têtes, lunettes de soleil, nappes de tables entre les mains, ces jeunes, venus pour la plupart des quartiers populaires de la capitale et des régions, abordent les piétons et les véhicules.
Ces jeunes vendeurs n'ont jamais appris les règles du marketing mais ils excellent dans ce domaine et savent exactement comment aborder et convaincre les clients. « Madame ce foulard est à vous, je vous le donne à un bon prix : 1000 Francs Cfa [Ndlr : 1,50 euros] seulement et en plus la couleur rose fait sortir votre noirceur d’ébène », me lance un homme d’une trentaine d’années. Court de taille, teint noir, l’homme en question était sur le point de mettre sa marchandise sur mon sac entrouvert, une façon de me forcer à prendre son foulard. « Non merci », lui dis-je en traversant la rue pour passer du côté gauche de l’avenue, beaucoup plus animé.
Mais pourquoi l’avenue William Ponty est subitement devenue un « marché » pour ambulants ? « La crise financière est passée par là », me répond Pape Kane, marchand ambulant de son état. Teint clair, un peu élancé et 25 ans environ, le résident de Keur Massar (un quartier de la banlieue dakaroise) me raconte son parcours : « Avant cette crise financière, j’allais en Gambie et au Mali acheter des marchandises diverses tels que les savons et les tissus que je plaçais par la suite auprès des commerçants revendeurs. Grâce aux bénéfices récoltés, j’arrivais convenablement à subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Mais maintenant je suis obligé de parcourir les artères de la ville pour vendre des chaussettes qui d’ailleurs ne rapportent quasiment rien ».



Un autre homme, d’une vingtaine d’années à peine, court derrière un 4x4 de couleur marron, deux paires de lunettes entre les mains mais hélas, la voiture ne s'arrêtera pas. Désespéré, il s’arrête un instant pour reprendre son souffle. Interpellé par mes soins, le jeune homme se livre : « Je me bats, comme vous le voyez, de toutes mes forces pour vendre. Je persiste et signe : c’est la crise financière qui est à l’origine de mes malheurs parce qu'avant c’était mon frère qui vit actuellement au Portugal qui était en charge de la famille mais maintenant, il ne nous envoie plus d’argent, alors mes frères et moi sommes obligés de travailler pour aider les parents et c’est dur, dur, dur... [Lire notre reportage sur la baisse des transferts de fonds] Les gens n’achètent plus grand-chose parce qu’ils n’ont plus d’argent ou peut-être qu’ils économisent le peu qu’ils leur reste. » Son voisin d’à-côté abonde dans le même sens. La trentaine bien sonnée, polygame et père de quatre enfants, il a du mal à s’en sortir depuis que la poissonnerie dans laquelle il travaillait a fermé ses portes. Désespéré, l’homme affirme : « J’ai perdu mon emploi à cause de la crise financière. Etant chef de famille, je suis obligé de trouver la dépense quotidienne grâce à ce commerce qui franchement ne rapporte pas beaucoup ». Mais, attention à ne pas interviewer trop longtemps un vendeur : ses collègues me prennent du coup pour une cliente et je me retrouve assaillie par les vendeurs ambulants !
Voilà comment l’avenue William Ponty est devenue un « marché ». Pape Kane, Sidy, Manuel, pour ne citer qu'eux, prennent d'assaut cette avenue, chaque jour que Dieu fait, à la recherche d'un revenu quotidien et ils continueront à l’assaillir tant que cette crise financière durera. En tout cas, ils en sont persuadés : la crise est à « l’origine de tous leurs malheurs ».
Faty Ibra Dieng
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