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Dakar Dem Débrouilles-toi (Suite)

Vendredi 21/11/2008 | Posté par sofyan17

Au deuxième jour de notre saga nationale, une fresque dramatique en trois actes mettant en scène des conducteurs de bus affamés luttant avec acharnement contre l’avidité du patronat, je choisissais pour rentrer chez moi en prenant un car rapide

Pour vous imaginer un car rapide sénégalais, visualisez un banal fourgon utilitaire, lestez ce fourgon de tout ce qui peut l’être, dotez le d’un plancher de bois, percez lui des fenêtres sur ses cotés et soudez au plancher un nombre variable de banquettes artisanales. A l’intérieur d’un car rapide, en général, une rangée de siège fait dos au chauffeur, une autre (avec, un siège escamotable en son milieu qui permet aux passager de passer) fait face à la première et enfin, à l’arrière, deux banquettes sont soudées aux flancs de l’animal. Accroché à l’un des battants de la porte arrière, ajoutez un apprenti chauffeur. Prenez le tout, peignez la partie supérieure en bleu, la partie inférieure en jaune, deux yeux au dessus des phares avant et sur les coté des mots comme « Merci Maman » ou « Nous comptons sur Dieu / Serigne Fallou / ou quelqu’un d’autre » et vous aurez un car rapide.

Sur un trottoir, j’attendais calmement qu’un apprenti se mette à crier « Dakar! Dakar! Dakar! » car ma destination était le quartier du plateau. Pour une raison obscure, tous les trajets vers la banlieue ne mènent pas vers Dakar, même si nous sommes en théorie toujours dans la même ville. J’entrais donc dans le premier car rapide qui remplissait ces conditions. J’allais m’asseoir au fond du car, le dos à la cabine de pilotage et les pieds bien callés dans la ganse caoutchouteuse du pneu de rechange qui traînait sous mon siège.

Aussitôt que le car rapide, bien lancé, avalait le chemin comme une savonnette humide sur des carreaux lisses, l’apprenti vint récupérer le prix de la course. Je lui tendis une pièce de 200 Francs Cfa (0,30 euros), parce que -je l’avoue- j’ignorais complètement la somme à payer. Une fois ma monnaie revenue au foyer d’une poche de mon jean, je m’absorbais dans les micros vibrations dont mon Ipod caché dans l’autre poche. Elles me vrillaient les tympans (un peu plus tard, vous comprendrez pourquoi je mentionne cette partie).

Arrivé au rond point de la poste médina, environ à 1 km de chez moi (quand même), l’apprenti décrète crânement à l’assistance des passagers que le car rapide n’irait pas plus loin et merci-de-bien-vouloir-descendre-svp. Mon wolof ne me permettant pas d’opposer d’argument éclatant à cette rupture flagrante de contrat (après tout, Dakar ne s’arrête pas au rond point de la poste) je descendais, la mort dans l’âme, du véhicule.

C’est là que ce produisit le drame. J’avais décidé de prendre un car rapide, à la station « poste-médina », puisque s’en était une. Je me remets donc à attendre le long de la rue un car rapide dont l’apprenti nommerait ma destination. Je finis par en trouver un et, au moment où j’allais grimper à l’intérieur, deux gaillards me bousculent devant la porte du car. Je fis un pas en arrière, mon regard étonné posé sur ce type qui avait pourtant eu toute la latitude de monter à bord un instant plus tôt. Lui aussi me regarde, ce qui achève de me troubler. Par chance (ou plus exactement grâce à ma curiosité naturelle) je tourne aussi la tête vers l’autre gaillard qui, lui aussi, m’avait bousculé. Et qu’est-ce que je vois ? Mon Ipod à moi, qui pend de sa main à lui, par le fil de mes écouteurs, vraisemblablement en route pour sa sacoche. On était train de me dépouiller de mes 8 Go de musique, et en plus, sous mes yeux.

J’ai eu le réflexe de ne pas perdre de temps à crier et enveloppais aussitôt ce qui était légitimement à moi de l’étau de ma main. Mon voleur n’opposa aucune résistance, il monta rapidement dans le car rapide qui démarra aussitôt (ce qui me fit soupçonner des complicités internes). Bien entendu, je terminais le trajet à pied. Les cars rapides et moi, c’est fini à jamais.

sofyan17 -

Réactions des internautes

kadiso
Dimanche 10 Mai 2009, 11:13
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really?
Désolé! mais je n'ai pas pu m'empêché de me marrer.
Peu de gens ont eu la chance de sauver à temps leurs biens...s'il y'a une chose que j'ai appris des cars rapides c'est qu'il faut faut se méfier de tout même de la banquette sur laquelle on est assis.
Bref à moins que ma vue ne me joue de sales tours...je crois t'avoir aperçu récemment dans un car rapide. Mais t'inquiètes moutus bouche cousue! lol!

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