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Gbagbo s’achemine droit dans le mur

Lundi 14/02/2011 | Posté par Papa Keita

Isolé par la Communauté internationale et par l’Uemoa, Gbagbo continue de ruser. Son entourage agite la création d’une monnaie unique et pire, la sortie de l’espace Uemoa qui regroupe certains pays de l’Afrique de l’ouest. Mais pour l’économiste et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar Malick Sané, cette piste est suicidaire pour la Côte d’Ivoire. D’abord, sa monnaie ne serait pas crédible; ensuite, son commerce avec l’extérieur en souffrirait.

 

Depuis l’éclatement de la crise postélectorale en Côte-d’Ivoire, Laurent Gbagbo multiplie les manoeuvres pour perdurer au pouvoir. Etouffé financièrement par la Communauté internationale et privé des livrets de la Côte-d’Ivoire à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao), qui a transféré les signatures au président démocratiquement élu Alassane Dramane Ouattara, Gbagbo multiplie les manœuvres à hauts risques pour survivre. C’est Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi), proche de Gbagbo, qui est monté au front pour apporter la mauvaise nouvelle. Selon lui, si les pays membres de l’Uemoa (désormais dirigée par le Togo de Faure Gnassingbé) « continuent dans la logique qu’ils développent à l’instigation de la France », alors « l’Union va se casser, parce que la Côte d’Ivoire représente l’épine dorsale de ladite Union.

Si Affi N’Guessan brandit cette menace, c’est parce que la Côte-d’Ivoire, à elle seule représente 40 %, là où le Sénégal est à 20 %. Et un éventuel retrait risque de se répercuter sur les performances de l’Uemoa. Mais pour l’économiste et enseignant à l’Université de Cheikh Anta Diop de Dakar, Malick Sané, une telle menace a très peu de chance de prospérer. Car la gestion d’une monnaie unique, en dehors de la Zone, sera lourde de conséquences pour la Côte-d’Ivoire. « Le retrait de la Côte-d’Ivoire aura des conséquences, mais je n’y crois pas. On s’achemine vers la mise en place de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cdeao). Parce que l’Uemoa est appelée à se dissoudre dans la Cdeao. A l’horizon 2020, il est prévu la création d’une monnaie unique. Le scénario de monnaie nationale n’est pas viable », note-t-il.

D’ailleurs, même si le camp Gbagbo tente un forcing, il y a peu de chance que son projet résiste au temps. Parce que ce serait le seul pays de l’Afrique de l’Ouest à disposer d’une monnaie nationale, là où des pays comme le Nigeria ou la Ghana vont rejoindre le peloton, estime Malick Sané. Autre raison qui ne favorise pas l’isolement, c’est la crédibilité de la monnaie que Laurent Gbagbo compte mettre dans le circuit. Appelée « monnaie de la résistance », celle-ci peinera, sans doute, à trouver un coopérant sur le marché international. 

« Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que la monnaie, c’est d’abord la crédibilité, la confiance. Si ces deux paramètres ne sont pas réunis, vous ne pouvez pas mettre dans le circuit une monnaie viable », enseigne Malick Sané. La rareté des ressources intérieures qui frappe le pays, conjuguée au gel de l’ensemble de ses avoirs à l’extérieur, le contraint davantage à rester dans l’Union. Aujourd’hui, ce qui étonne beaucoup de personnes, c’est comment Gbagbo a réussi à survivre financièrement, malgré l’asphyxie. 

Avec la supposée complicité de Phillipe Dacoury Tabley, il a pu soustraire au niveau de l’antenne locale de la banque mère d’importantes sommes d’argent. On parle de près de 80 milliards qui auraient transité dans les livrets de la Côte-d’Ivoire. « Gbagbo a sans doute pris toutes ses précautions bien avant, sinon il lui serait difficile de survivre longtemps », croit savoir Malick Sané. Mais cette situation ne pourra durer longtemps. D’après certaines prévisions, son camp pourra tenir jusqu’à Mars. Mais qui sait d’ici à cette échéance, il sera peut-être exsangue. « Il arrivera un moment où le pays ne pourra plus payer les salaires des fonctionnaires, ni acheter des produits à l’extérieur. Gbagbo a certes pris des dispositions, mais tout dépend de leur masse », pense Malick Sané. Qui ajoute que pour tenir un pays comme la Côte-d’Ivoire debout, il faut des ressources conséquentes. Et ça, Gbagbo n’en dispose pas beaucoup. A moins qu’il ne tente le grand saut dans le vide, en mettant dans le circuit son hypothétique monnaie de la résistance.

Papa Keita -