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Gueule-tapée : Le marché de toutes les bourses

Jeudi 18/03/2010 | Posté par Kyra

Chaque mercredi, le canal de la Gueule-Tapée connaît un afflux et une animation sans faille. La raison : la foire hebdomadaire qui s’y tient. Ce microcosme où se rencontrent différentes catégories sociales est un lieu où toutes les poches se valent.

Deux rangées de « souks » tenues par des piquets de fer et recouvertes de bâches campent le décor. Un monde fou grouille au  « marché  mercredi » en dépit de la chaleur accablante qui y règne. Tout autour, les vendeurs vous hèlent par des « eh miss », « maman », « chef » ou encore « grand ». Certains d’entre eux plus audacieux n’hésitent pas parfois à vous coller des prénoms tirés des cheveux du genre : «  Ndèye, Awa, Fatou… ».
Les vendeurs sont aux aguets et cajolent les clients qui s’approchent de leurs étals tout en donnant l’air de se désintéresser de leurs produits. Hauts parleurs à la main, ils chantent, d’autres claquent des mains tout en débitant des « tassous », et les plus en verve esquissent des pas de danse. Tous les moyens sont bons pour attirer les acheteurs. Et l’offre est vraiment diversifiée : vêtements, layette, jeans, chemises, sacs à main, chaussures, entre autres. Tout y est, et même les gargotes.
Cette foire hebdomadaire s’étale de Fass à la Rue VI mais est séparée en deux par la chaussée de l’avenue Cheikh Anta Diop. Cet emplacement fait du marché un lieu propice à la vente, les acquéreurs sont de tout âge et les articles y sont vendus à bons prix. « Ce sont les vêtements de bébé qui m’intéressent et ils sont vraiment très abordables contrairement aux magasins de layette », explique Daba, la trentaine, teint clair, qui porte son bébé sur le dos. Si pour cette jeune maman le marché hebdomadaire est une aubaine, les demoiselles aussi en profitent pour renouveler leur garde-robe.
Trouvée en train de choisir un décolleté rose, Maguette Diop, étudiante à l’UCAD, mise sobre, taille courte, loue la qualité des articles vendus. D’un ton enthousiaste, elle affirme : « les habits sont vraiment originaux parce qu’on peut les porter à satiété sans en voir des pareils chez la voisine ou la copine ». Se faisant plus prolixe, elle poursuit et mentionne : « je préfère faire mon marché ici car avec 2000 francs Cfa, je peux avoir quatre "bodys" ou chemises ou même un "body" et un jean ».
Le « marché mercredi » comme l’appellent les habitués n’est pas seulement apprécié par les clients, il constitue un bon filon pour les vendeurs. Ces derniers se frottent les mains et sont tout contents. D’un teint beaucoup plus proche de l’ébène que du marbre, Moussa Thiam, la vingtaine légèrement dépassée, taille moyenne, serviette aux hanches, casquette négligemment posée sur la tête, semble avoir la pêche au beau fixe. Au fur et à mesure qu’on s’approche de lui, il accentue le claquement de ses mains comme pour nous tenter à acheter les vêtements de fille qu’il vend. Mais finit par se raviser lorsqu’il découvre que nous ne sommes pas clients. Très accueillant, il confie : « je vends dans tous les marchés hebdomadaires mais j’avoue que j’ai beaucoup plus de profit ici qu’ailleurs et en plus quel que soit le budget des acheteurs, ils peuvent s’approvisionner à volonté ». Comme s’ils s’étaient passés le mot, un autre marchand, habitué des lieux, Abdou Fall en l’occurrence abonde dans le même sens. « On ne parvient pas à distinguer qui est nanti et qui ne l’est pas. Le marché mercredi est un marché équitable à la portée de toutes les portefeuilles ».
A 19 heures, se superposent dans un désordre indescriptible, les étals, bâches et ballots des vendeurs. Ces produits de seconde main qui viennent surtout d’Europe ou des USA sont revendus en détails à des prix bon marché. La friperie a fini d’intégrer les mœurs sénégalaises par son caractère bon marché et accessible. C’est à se demander si la crise financière n’est pas passée par là ?

Kyra -