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« J’ai essayé juste de tirer Kambel par son bras gauche »

Vendredi 18/07/2008 | Posté par Rene L. Fonseca

Karamokho Thioune est journaliste à West Africa Democracy Radio (WADR). Il est, avec Boubacar Kambel Dieng (Radio Futurs Medias), le journaliste qui a été violenté par des policiers, dans la zone mixte du stade, après le match de football Sénégal-Liberia. Homme discret (il n’accepte même pas d’être pris en photo), il a accepté, exceptionnellement, de revenir sur les incidents du 21 juin dernier et de donner sa version des faits

Que s’est-il réellement passé le jour du match Sénégal-Liberia, le 21 juin 2008 ? A la fin du match, on était dans la zone mixte. Il y avait également d’autres journalistes. Donc comme on avait le choix entre la salle de conférence et la zone mixte, j’ai pris l’option d’accrocher les joueurs pour faire des interviews. J’ai commencé à interviewer Henri Camara et après avoir termine, j’ai vu Pape Malickou Diakhaté qui s’entretenait avec Kambel et deux autres journalistes. Je les ai rejoins pour recueillir ses impressions. L’interview s’est très bien passée mais, avant qu’on ne termine, un policier en civil est venu nous pousser « allez, dégagez », nous a-t-il dit et, il a joint l’acte à la parole; et c’est ce que nous n’avons pas apprécié du tout. Donc s’en sont suivis quelques échanges de propos. Nous lui avons dit : « il faut qu’on termine l’interview ». Le policier quant à lui n’a rien cherché à comprendre et de nous répondre « de toutes façons vous n’allez pas interviewer ici. Dégagez ! », et au même moment, il a déclenché sa matraque électrique. Kambel était juste devant moi, à quelques 20 centimètres.

Certains journalistes qui étaient dans les parages ont fuit parce que ça fait peur tout de même. Cet acte là, ça énerve et on lui a dit tout simplement : « si vous voulez vraiment utiliser ces matraques, il y a des personnes sur qui vous pouvez les utiliser. Les bandits et les agresseurs pullulent dans les rues. C’est sur ces gens que vous pouvez les utiliser mais pas sur d’honnêtes citoyens qui sont là pour faire leur travail ». Ce qu’il n’a pas aimé. Ça s’est passé tellement vite, il a tapé Kambel avec sa matraque et d’autres policiers sont venus lui prêter main forte. Ils ont commencé à le ruer de coups. J’étais là devant Kambel. C’était tellement violent, les gens ont couru de gauche à droite. Et, je suis intervenu, c'est-à-dire que j’ai essayé de me mettre entre eux pour tirer Kambel d’affaire puisque là ils étaient en train de le tabasser. Je me suis agrippé sur le bras de Kambel pour le tirer. Et au même moment, un autre policier m’a pris au collet et m’a donné un coup tellement dur, vraiment c’était très douloureux. Avant même que je ne puisse réagir, j’étais Ko, j’étais à terre. En ce moment, j’avais perdu le bout du fil. Je ne savais plus ce qu’ils faisaient à Kambel puisque je me souciais plutôt de ma personne. Ils ont continué à me ruer de coups, j’étais à terre. J’étais toujours conscient malgré un coup de poing au niveau de la nuque. Quelqu’un était en train de me mettre les menottes et un autre s’est appuyé le genou sur mon cou. J’allais étouffer. Avant ça, lorsque l’on m’a fait tomber, j’avais pris le soin de dire « attendez, attention, mon enregistreur ». Il m’a répondu « j’en ai rien à foutre». Je l’ai vu piétiner mon enregistreur devant moi. Je ne peux pas comprendre comment on peut donner des coups à quelqu’un qui est par terre, sans défense. Ils m’ont rué de coups partout. Ils m’ont relevé. Au même moment j’ignorai que Kambel était dans une pièce. On m’a remis entre les mains d’un autre policier, toujours en civil, il avait l’air d’être le plus jeune du groupe. Il a été plus coopératif, plus cool. Je me rappelle très bien des mots, il m’a dit « mon frère, faites ce que je vous demande et vous n’aurez pas de problèmes ». De toutes façons, je n’ai pas opposé de résistance, je n’ai jamais opposé de résistance, du début jusqu’au moment où je parlais avec ce gars. Pour commencer, il m’avait enlevé la menotte de la main gauche mais, j’avais l’impression qu’il avait peur de son chef. Immédiatement, il est parti dans une autre pièce. C’est Kambel qui était là-bas mais à ce moment, je ne le savais pas. J’étais à même pas 10 mètres, il y avait beaucoup de bruits. Le gars est revenu, il s’est rendu compte que ma menotte gauche était enlevée. Il a dit à l’autre : « pourquoi tu as enlevé ça ? » Immédiatement, il a remis la menotte. Il m’a brutalisé. C’est la même personne qui m’avait donné le premier coup de poing. Il était habillé en civil, en saharienne. J’avais l’impression qu’il m’en voulait. Il m’a brutalisé. Lorsque je suis arrivé devant la porte où se trouvait Kambel, j’ai vu qu’il n’y avait pas de lumière. Mais, comme il y avait le reflet des projecteurs, on pouvait voir des ombres mais pas les visages. Je voyais tabasser Kambel, il criait, ils donnaient des coups. Lorsqu’ils m’ont introduit dans la pièce, ils ont allumé la lampe, et c’est là que j’ai vu tous ces visages. Ils m’ont giflé, ils m’ont insulté. Ils continuaient à tabasser Kambel. Dans cette pièce, il s’est passé des choses pires que ce que vous avez entendu dans la bande sonore . J’avais l’impression qu’ils avaient envie de tuer. Ils voulaient faire mal, je ne comprends pas comment on peut lever la main sur quelqu’un qui est sans défense, quelqu’un qui ne vous provoque pas. On n’a pas provoqué, on n’a pas injurié, on n’a pas tapé. Je ne peux pas comprendre comment des policiers pouvaient avoir autant de haine à l’endroit de personnes. Même un voleur, vous ne devez pas avoir une attitude pareille à son endroit. A fortiori un honnête citoyen, qui n’est pas violent. Peut-être, la violence est verbale et ca, c’est seulement la vérité qu’on leur a dit. Ca s’est passé comme ça, sans parler des moqueries. Par la suite, un certain Lieutenant est venu, il a demandé d’enlever les menottes, il a demandé la version des faits à un Adjudant. Je crois que c’est un Adjudant puisque j’ai entendu les autres l’appeler Mon Adjudant. C’est un des bourreaux de Kambel. Il a relaté les faits, nous on ne nous a pas demandé notre version. Il n’a pas dit la vérité, il a menti. On a riposté, mais on nous a dit « taisez-vous ! » On nous a amené à l’infirmerie du camp Abdou Diassé pour des premiers soins. Ensuite, nos rédactions sont venues nous rejoindre. Kambel a beaucoup saigné. Mais de mon côté, c’est le lendemain que j’ai commencé à sentir les coups. J’ai beaucoup vomi et je ne me sentais pas du tout bien. Je suis retourné à la clinique pour d’éventuelles analyses par contre je n’étais pas hospitalisé comme se fut le cas de Kambel.

A la maison est-ce que vous avez reçu des visites d’autorités ou de confrères ?
Je n’ai pas voulu de visites. Même les photos, je n’en veux pas. En fait, j’en voulais à tout le monde. J’ai reçu pleins de coups de téléphone, des visites aussi de journalistes, d’amis, de sympathisants, de politiciens bien entendu, de ma famille, mais aussi du Comité de Normalisation (Ndlr : l’entité qui remplace actuellement la Fédération Sénégalaise de Football) qui sont même venus à la radio (Ndlr : West Africa Democracy Radio) pour s’enquérir des dernières nouvelles et fustiger le comportement des policiers.

Quelles sont vos impressions par rapport à la mobilisation des journalistes et du peuple sénégalais face à cette bavure policière ?
J’ai été vraiment touché par cette mobilisation. Quand vous êtes malades ou que vous avez des difficultés et que voyez toute une population derrière vous, cela ne fera que vous réconforter. J’ai été touché par la marche d’abord, la réaction de la population bien avant la marche, mais aussi par la réaction de la presse sénégalaise. Cela ne fait que vous encourager. Je ne cesserai de les remercier. Mais, ils l’ont aussi fait parce que cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous.

Vous avez pris connaissance du communiqué du Ministère de l’Intérieur. Quelle a été votre réaction première ?
C’est scandaleux ! Je ne trouve pas de qualificatifs pour fustiger cette déclaration. Je le comprends aussi, il veut juste sauver sa peau, c’est pourquoi il défend ses policiers. D’après lui, c’est Kambel qui a été le premier à insulter. (…) Sur quoi le Ministre s’est basé pour affirmer de tels propos ? De même que moi, je ne pouvais pas prendre la part de Kambel pour une bonne et simple raison, j’étais entouré par six ou sept policiers. J’ai essayé juste de le tirer par son bras gauche. Oui, j’ai essayé d’aider Kambel. Tout humain aurait eu cette rection là. Et si c’était à refaire, je n’hésiterai pas à le faire.

Croyez-vous que la plainte a une chance d’aboutir avec cette déclaration du Ministère de l’Intérieur ?
Je suis pessimiste, mais je me dis qu’on est dans un pays où il y a des valeurs et des juges qui se font respecter et qui respectent certaines valeurs. Si le dossier tombe entre les mains de ces honnêtes personnes, je crois qu’il y aura aboutissement. Par contre si c’est le contraire, on plongera dans le même cas que l’affaire Talla Sylla (Ndlr : homme politique sénégalais ayant été agressé, par des inconnus, à coups de marteau) ou d’autres personnes qui ont subi les mêmes injustices.

Votre dernier mot ?
Je remercie la presse et la population pour la mobilisation, même au delà de nos frontières. Je remercie toutes les personnes qui ont été sensibles à cette affaire. Merci !

Rene L. Fonseca -

Réactions des internautes

Anonyme
Vendredi 18 Juillet 2008, 21:09
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holala c'est trop long à lire ton papier, c'est un écran toi aussi pense à ceux comme moi qui ont des blèmes visuels c'est pénible hein!

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Anonyme
Dimanche 20 Juillet 2008, 05:49
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Re:
ta raison matouen ,la maniére forte ça marche pas.mais on va s'arranger.je vais t'expliquer comment ça marche.

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Anonyme
Lundi 21 Juillet 2008, 08:57
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Re:
et souvenez vous de ça .

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Anonyme
Lundi 21 Juillet 2008, 13:53
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Pour une fois qu'on vous parle d'événements qui sont constitutifs de l'avenir de la liberté de votre pays, vous pouvez faire un effort et lire 2 pages... La situation du Sénégal est fragile et se fragilise encore...

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