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« Je suis le griot de Dakar à travers ce film »
Mardi 21/12/2010 | Posté par Djiby Dia
Le cinéaste Guinéen, Mama Keita, nous a accordé un entretien après la projection de son long métrage intitulé « l’Absence », à la place du Souvenir de Dakar, dans le cadre de la 3ème édition du Festival Mondial des Arts Nègres.
D'où vous est venu l’inspiration du titre de ce film « l’Absence » et pourquoi le choix porté sur ce mot ?
L’évocation de ce titre, je l’ai senti comme tout autre artiste ou cinéaste. C’est le fruit d’une inspiration artistique. C’est un long métrage qui relate l’histoire d’un jeune sénégalais issu d’un milieu défavorisé, qui a été en France pendant de longues années, déconnecté de la réalité du pays et de surcroit de sa famille vivant dans la misère la plus accrue. Une situation qui a favorisée et a entrainé la petite sœur Aïcha, une soude-muette à s’adonner à la prostitution et être à la merci de brutes qui la réduisent presque à un jouet qui rapporte du fric. A travers cette production, j’ai cherché à pointer du doigt les problèmes qui découlent de l’émigration des savoirs qui se trouve être moins utile que celle dite économique.
Pourquoi le dites-vous ?
L’émigration des savoirs est plutôt plus préjudiciable que celle économique dans la mesure où dans de nombreuses familles africaines et sénégalaises en particulier, ce sont les aînés ou l’aîné de la famille qui est envoyé à l’étranger pour poursuivre ses études. Une fois les études terminées, ils ont tendance à rester à l’étranger et couper court aux relations familiales, une chose qui a pour conséquence la cassure du lien familiale et la perte de repères familiales et parentales. D’autant plus que dans les familles africaines, si le père n’est plus, c’est à l’aîné que revient l’autorité parentale, au sein de la famille. Ainsi, il a la charge de suppléer à son défunt père. Cependant, l’absence de ce dernier et de tout contact avec le supposé nouveau chef de famille, peut mener la famille droit vers la dérive.
Pourquoi autant d’handicaps accablants sur le personnage de Aicha, sourde-muette, et prostituée qui font que sa communication avec le monde est sérieusement entravée ?
Le choix porté sur ce personnage qui a des difficultés pour communiquer répond au souci du thème général du film qui est le fait qu’Adama « exilé » en France et déconnecté de sa famille ici au bercail, pour mieux illustrer le problème ou encore l’incompatibilité de communication entre Adama, le monde avec lequel il a coupé tout lien, avec Adama et sa Sœur, Aicha. Pour faire ressortir le problème de communication familiale causé par cette absence de l’ainé et potentiel soutien de famille qui a été à un moment donné arraché par le « way of life » étranger.
Connaissant la société Sénégalaise très pudique et du caractère tabou de la sexualité qui y prévaut, Comment jugez-vous la réception de ce film par le public Sénégalais dans la mesure où il y a eu des scènes de nudité et des scènes sexuellement osées ?
En tant que cinéaste et artiste, je connais bien la société Sénégalaise car je suis natif de ce pays. Maintenant est-ce que, ce que fait ressortir le film n’existe pas au Sénégal, à Dakar plus particulièrement? Ce sont les tares de la société qui existent bel et bien à Dakar. En plus, je produis pour un public large, ce n’est pas uniquement une production destinée au public Sénégalais. Là, on en est à sa deuxième projection. Pour la petite histoire, à sa première projection, au Centre Culturel Français, il y avait trois Nonnes toutes vêtues de blancs qui ont acheté des billets pour le film, et j’ai tenu à signifier aux organisateurs qu’elles se sont surement trompées de film car dans le film il y a des choses qui peuvent les choquer. A la fin de la projection, au cours des débats sur le film, l’une d’elle a énergiquement réclamé le micro et je m’attendais au pire. A ma grande surprise, c’est elle qui m’a fait les remarques les plus touchantes, les plus poignantes sur mon film. Sans pour autant verser dans la morale sur les aspects sexuels du film. Pour vous dire, que même si cela peut choquer des gens, cette production est destinée à un public universel, du monde entier.
Qu’avez-vous senti lors du tournage de ce film dans cette ville qui vous a vu naitre ?
A travers ce film, je me considère comme le griot de Dakar car c’est le résultat de quelqu’un qui a plus boosté sa passion de cinéphile dans les salles de cinéma de la capitale sénégalaise comme El Mansour, cinéma Liberté, Le Paris, AL Akbar etc.
Toutes ces salles que vous évoquez sont presque mortes à l’heure actuelle. Qu’est ce que vous en pensez ?
C’est tout simplement une tragédie majeure pour le 7ème art. Ma passion est née et a grandi dans ces salles de cinéma.
Après la projection, quel regard critique jetez-vous sur ce film qui constitue votre 5ème long métrage ?
J’ai eu un sentiment, un gout d’inachevé sur ce film et cela est normal car la perfection reste juste un idéal vers lequel on tend. Il s’y ajoute que dans le regard critique que je jette sur cette production, du point de vue professionnel, je décèle mes moments de lâcheté, de faiblesse, etc. En regardant le film, personnellement, je vois tout cela. Le film c’est comme un miroir, une vitrine pour son auteur qui était en amont et en aval de ce qui est servi aux téléspectateurs.
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Par Anonyme