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Kouchner vend le modèle culturel français

Jeudi 09/07/2009 | Posté par Papa Keïta

En marge de la célébration du cinquantenaire de l’Institut français de Dakar, Bernard Kouchner a fait savoir son intention de proposer un nouveau modèle culturel français. La France compte user de son influence par le truchement d’une agence chargée de sa promotion culturelle. Papa était à la conférence du Ministre

Face à l’uniformisation des cultures qui menace le monde, la France, à travers ses divers relais, entend jouer pleinement son rôle de locomotive en tant que vieille civilisation. Et pourquoi ce regain d’intérêt pour la culture? Parce que, de plus en plus dans le monde, il y a un appétit de France. La France, on en demande et on en redemande, s’est exclamé Bernard Kouchner, le Ministre français des Affaires Etrangères et Européennes.

Il a dessiné les grandes lignes de ce qui sera le fondement de son nouveau projet : « Nous allons maintenir l’influence culturelle de la France dans le monde », une déclaration faite à Dakar, à l’occasion du cinquantenaire de l’institut français de la ville (ex Centre Culturel Français) qui porte le nom du premier président Sénégalais, Léopold Sédar Senghor, lors d’une rencontre en présence du Ministre sénégalais chargé du Préscolaire et de l’Elémentaire, Kalidou Diallo et d’une fourchette de personnalités dont l’Ambassadeur de France au Sénégal Jean-Christophe Rufin.

En tenant ce discours en terre africaine, berceau de l’humanité, nul n’ignore que le chef de la diplomatie française a en ligne de mire l’hégémonie de la culture américaine qu’il prend pour cible. Désormais, c’est à un véritable marquage à la culotte que la France va se livrer face à ses concurrents sur le terrain des échanges culturels. C’est la raison pour laquelle, dit-il, il a emporté dans ses bagages Yann Arthur Bertrand, réalisateur du film « Home » qui est en quelque sorte une réponse à « Une vérité qui dérange » d’Al Gore, candidat malheureux des Démocrates face à Bush en 2000, dont la production sur le réchauffement climatique lui a valu une certaine notoriété. A ses yeux, le monde de la finance a montré ses limites avec la crise économique, l’heure est donc venue de tourner le regard vers ce qui peut être considéré comme étant le ciment entre les nations : la culture. Ceux qui veulent réduire cette dernière à sa seule dimension marchande ont une vision erronée de la situation.

On ne peut pas évaluer la culture, les rimes d’un poète, l’harmonie des sons d’un chanteur, sous le prisme des valeurs marchandes. La culture va au-delà de ça. Elle a une dimension morale. Car l’artiste qui crée une œuvre exprime sa liberté et son génie. Ces valeurs culturelles doivent irriguer tous les domaines de la vie sans exception. Il en est de même pour le médecin qui est en face d’un patient, un retour sur lui-même lui fait découvrir qu’il a devant lui un homme dont toute la substance n’est faite que de culture ainsi que des scientifiques dans l’intimité de leurs laboratoires. Bernard Kouchner a aussi insisté sur la nécessité d’apaiser les tensions religieuses qui sont à l’origine de la plupart des conflits dans le monde. « La plupart des conflits tirent leur racines dans les différences religieuses ». Il soutient que le Quai d’Orsay ne dispose que d’une seule personne qui réfléchit sur les problèmes de la religion. Un impair qu’il compte rectifier pour mieux appréhender les contingences interreligieuses. Pour vendre le modèle culturel qu’il propose, Bernard Kouchner a fait savoir que son gouvernement a mis à sa disposition la somme de 40 millions d’euros. Une manne financière destinée à moderniser et agrandir les infrastructures culturelles française dans le monde pour une meilleure attractivité.

Ce nouveau modèle ne sera pas imposé par la force, mais « c’est un partenariat gagnant gagnant que nous voulons avec les autres nations », fait savoir le Ministre français des Affaires Etrangères et Européennes. Il a d’ailleurs trouvé une formule choc pour rassurer les sceptiques qui voit en ce nouveau modèle un impérialisme culturel de plus : « convaincre et ne rien imposer », professe-t-il. Mais, la grande inconnue de ce « new deal » sera de savoir s’il influera sur la politique migratoire de la France quand on sait que l’échange suppose la libre circulation des hommes et la perméabilité des frontières pour les acteurs économiques et culturels. Même si le pays de Marianne peut se targuer d’avoir sur son sol près de 8000 étudiants sénégalais.

Papa Keïta

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