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L’amour impossible
Lundi 02/03/2009 | Posté par Aida Dia
Qui n'a pas entendu parler des problèmes soulevés par le mariage entre nobles et castés au Sénégal ? Encore en 2009, cette hiérarchisation persiste. Aïda Dia a mené l’enquête
« C’est vraiment dommage, mais j’y crois », répond Ndiouga avec beaucoup de conviction. Cette jeune fille, âgée de 22 ans, fait partie de celles qui ne se marieront jamais avec un homme appartenant à une caste. Pourquoi ce rejet ? Elle explique que ce n’en est pas un, mais que c’est un fait profondément ancré dans sa famille. « Vous pourrez visiter toute notre lignée familiale, de mes arrières grands-parents à ma mère, personne ne s’est jamais mariée avec un casté. Ce ne sera certainement pas nous, les enfants, qui allons enfreindre cette règle », explique t’elle.
Sa grande sœur a été amoureuse d’un homme bien, pieux, avec toutes les qualités du monde. Ils étaient sur le point de se marier quand sa mère a su qu’il faisait partie d’une caste : les "guewels" (les griots). Elle s’est alors carrément opposée au mariage. Depuis, conclut-elle : « Je fais attention à ne pas tomber amoureuse d’un homme appartenant à une caste ».
« Mais comment fais-tu pour savoir s’il est casté ou pas ? », lui demandai-je. « Des personnes peuvent avoir le même nom de famille et appartenir à des castes différentes. Mais, il y a des noms de famille qui ne prêtent pas à équivoque », poursuit- -elle. Il est également possible de faire des investigations avant le mariage comme cela se fait très souvent au Sénégal. Ce problème des castes fait, encore aujourd’hui, partie de l’univers culturel sénégalais, particulièrement wolof et peulh. Selon l’historien Amath Seye, cela remonte aux anciennes sociétés très hiérarchisées. Au dessus, il y a la famille royale (les "bours"). Les griots ("guewels") sont chargés de faire leurs éloges. Viennent ensuite les "guers", c'est-à-dire les nobles, puis les guerriers, les bijoutiers ("teugs"), les bûcherons ("laobés"), les cordonniers ("oudés"). Au bas de l’échelle, on retrouve les esclaves ("diams"), ceux dont les parents étaient des anciens captifs de guerre.
Ce que Zeina, une autre jeune fille, n’arrive pas à comprendre c’est que : « la société wolof est très restrictive. Cette classification n’est plus d’actualité. Elle est totalement infondée parce qu’elle est à priori basée sur des métiers. Le plus dommage c’est que nos parents récusent l’idée de nous voir mariées à des gens n’appartenant pas à notre caste. Mais, dès qu’un blanc se présente, on nous précipite dans ce mariage sans prendre en considération ni l’aspect culturel, ni celui religieux », se désole t’elle. La religion musulmane, pratiquée majoritairement au Sénégal, rejette d’ailleurs cette forme d’exclusion. Selon Papa Billy Paye, Président d’une association religieuse (dahira) à la Patte d’oie (banlieue de Dakar, toutes les personnes sont égales devant le Seigneur. Et donc, la religion ne peut admettre le phénomène des castes. Il explique que la société wolof avait besoin d’exclure, de restreindre certaines personnes telles que les griots qui maitrisaient l’art de la parole, les bijoutiers qui eux maitrisent le feu. C’est ainsi que la société leur a donné une certaine connotation. Ils n’avaient plus le droit de se mélanger avec les nobles. Mais, au début, c’était pour établir un ordre social, un travail de pensée, bien élaboré et admis par les membres de la société y copris les castés eux-mêmes. Il faudra des années, voire des siècles pour le déconstruire.
Souleymane Bâ est peulh, une ethnie toute aussi hiérarchisée. « S’il m’arrivait de tomber amoureux d’une fille castée, c’est sûr que ce sera le bras de fer avec mes parents parce que je marierais quand même car on ne peut pas se fonder sur des métiers pour considérer une caste comme inferieure ». Et si tes parents te déshéritaient ? Lui lançai-je. « Je suis prêt à l’accepter si ma mère me comprend. Et, je suis sure qu’elle le fera », répond t’il. Pour prouver que ces histoires de castes sont totalement infondées, il raconte : « Alors que j’étais en terminale, je sortais avec une fille appartenant à une famille de cordonnier. J’ai échoué au deuxième tour du baccalauréat. Mes parents me répétaient que tant que je continuerai à sortir avec cette fille, je n’aurais pas le bac et je vais trainer la malchance. L’année suivante, j’ai quand même eu le bac au premier tour ».
Beaucoup de personnes hésitent encore à passer outre cette catégorisation, pour ne pas s’attirer les foudres des parents et quelque part de la société en général.
Aida Dia -
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Réactions des internautes
Lundi 2 Mars 2009, 20:40
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Je ne connaissais pas du tout cette pratique archaïque; c'est peut-être le même principe qu'en Inde?On se rend compte qu'il est très difficile de se débarrasser de ces vieilles traditions; mais est-ce que les jeunes Sénégalais et Sénégalaises franchissent aujourd'hui quand même le pas ou ça reste marginal?
D'autant plus que ce n'est pas cohérent comme tu le révèles, puisque les mariages avec les Blancs sont au contraire incités par les familles.. :/
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Mardi 3 Mars 2009, 18:39
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← Re:
Bien sur,il y'en a qui affrontent leurs parents pour se marier quand même avec ceux qu'elles aiment. On dit que ces considerations n'existent plus, mais chez certaines familles oulofs, on y tient toujours. Les peulhs eux ne badinent même pas avec. Concernant les blancs, je pense qu'ils ne font d'abord pas partie d'une caste. mais en plus, il y'a l'aspect materiel qui entre en jeu. Des hommes castés sénégalais bien nantis arrivent quand même à épouser des sénégalaises nobles. Aussi il y' a pas mal de fonctionnaires hauts placés castés qui draine toujours ce complexe.Répondre -