RUBRIQUE :
L’éducation dans le village Widou
Lundi 05/10/2009 | Posté par Papa Keita
Le pari n’est pas encore gagné
Assis sur une natte, le regard hagard, les cheveux à ras poivre sel masqués par un bonnet, la bouche édentée par le poids de l’âge, Dame Ndiaye, la soixantaine, trésorier des parents d’élèves de Widou, pense que le combat pour l’insertion des enfants en âge d’aller à l’école n’est pas gagné d’avance. Parce qu’estime-t-il, les obstacles sont nombreux et parfois insurmontables.
‘’Notre principal obstacle ici, est qu’il y a des enfants qui font des kilomètres (15km à 20km) pour venir étudier à Widou. Ceci demeure notre principale difficulté majeure’’, remarque Dame Ndiaye. Dès six classes que disposent l’école, qui porte le nom de Sofel Sow, fondateur du village, seules les quatre sont fonctionnelles. A cela s’ajoute les moyens pour la restauration des potaches qui font défaut. L’école ne disposant pas de cantines scolaires, les élèves n’ont pas souvent où se restaurer pendant les heures creuses. Sauf à avoir un proche parent dans le coin.
‘’La plupart des élèves ne mangent pas pendant les heures creuses. Nous avons plaidé pour qu’on construise une cantine scolaire pour eux, mais nous avons butés face à la volonté du corps enseignant, qui n’en voulait pas ‘’, regrette-t-il. Il poursuit en ironisant que ‘’vous savez mieux que moi qu’un sac vide ne peut pas tenir debout longtemps’’.
‘’Les parents sensibles au sort des enfants n’éprouvent plus la même sensation du départ lorsqu’ils apprennent que leurs progénitures ne s’alimentent pas une fois qu’ils quittent leur maison’’, analyse, par contre, Saykel Sow, président de la dite association.
Saykel Sow comme Dame n’ont jamais été à l’école française. Mais cela n’a pas refroidi pour autant, leur volonté d’inverser la tendance dans ce village, où la chance de voir un enfant terminer son cursus scolaire est très minime. Et pourtant, informe-t-il, le village regorge des élèves intelligents qui n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leurs études. Les élèves après avoir franchi l’obstacle du CM2 sont obligés de sortir du cadre familial pour poursuivre leurs études à Daara distant de 100km de Widou.
Pour Vieux Sow, une victime de l’échec scolaire prématuré, il fait le lien des contre performances scolaires de Widou à celui de l’environnement familial. Selon lui, il y a un lien indéchirable entre l’évolution intellectuelle de l’enfant et la proximité avec ses parents.
‘’Si vous voyez qu’à Widou les jeunes ne peuvent pas percer dans l’éducation, c’est que très tôt ils sont arrachés à leur milieu familial. L’éloignement impacte lourdement sur la performance des enfants ici’’, fait-il remarquer.
Quant à Cheikhou Gueye, Directeur d’école de la communauté rurale de Téssékéré, il estime que c’est la conscientisation des parents en faveur de la scolarisation des enfants, qui demeure le fléau à combattre sous toutes ses formes. La localité étant une zone sylvopastorale, les parents sont plus enclin à envoyer leurs enfants surveiller le troupeau plutôt que de les envoyer à l’école.
‘’Ce n’est pas facile pour nous d’extirper les enfants dans les maisons. C’est avec d’énormes difficultés qu’on parvient à récupérer les enfants’’, renseigne-t-il. Avant d’indiquer que malgré les pesanteurs sociales sur le terrain, les efforts commencent à porter leurs fruits.’’ Néanmoins, nous avons un taux de scolarisation qui avoisine les 50%’’, se console-t-il.
‘’Certes nous n’avons pas atteint nos objectifs, mais j’avoue que la population reste sensible à l’éducation de ses enfants. Plusieurs d’entre elles commencent à appréhender la chose’’, constate-t-il. Il en est de même des résultats à l’examen du Certificat de fin d’études élémentaire(Cfee) qui sont assez satisfaisants. Cette année comme d’ailleurs les précédentes, le taux de réussite oscille entre 50 et 60%, souligne Mr Gueye.
Selon lui, les facteurs limitant résident dans l’éloignement des villages et sont difficiles d’accès.
‘’Le gros du problème au-delà de la sensibilisation, c’set que les villages environnants sont difficiles d’accès et les populations sont mobiles.’’ Pour Vieux Sow, la clé de voûte à ce problème réside dans l’érection d’écoles de proximité pour contrecarrer l’avancée grandissante de l’analphabétisme. Un autre sentier à côté de la Grande Muraille Verte(GMV).
Commenter l'article


Par Anonyme