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L’envol des messagers de l’homme (2/2)

Mercredi 24/06/2009 | Posté par Nancy Onanga

Libérer un oiseau captif pour voir ses voeux se réaliser, cela marche pour certains. Puisque ça marche, et que la demande en oiseau est présente, l’offre se multiplie. Nancy est allée au royaume de la vente d’oiseaux

A Dakar et dans sa banlieue, la vente d’oiseaux fait partie du paysage économique. Il n’est pas rare de rencontrer des vendeurs ambulants avec des caisses contenant des oiseaux. S’il y a aussi des pigeons dans ces échanges, les espèces les plus vendues dans les rues sont de petits volatiles tels que les travailleurs et les pinceaux. C’est grâce à ces oiseaux petits par la taille et par le prix que plusieurs sénégalais gagnent leur vie.

Je suis au marché de Thiaroye sur Mer. C’est ici, dans le brouhaha général, que Mamadou Diallo marche avec sa caisse d’oiseaux. L’homme est court, de teint foncé, il a les lèvres asséchées. Il dit vivre grâce à la vente de ces oiseaux : « Cette activité ne me rapporte pas beaucoup d’argent. J’achète un oiseau à 35 Francs Cfa [0,05 euros] pour le revendre à 50 Francs Cfa [0,07 euros]. J’ai très peu de bénéfice à la fin de la journée. Mais je continue à vendre des oiseaux parce que c’est ma seule source de revenus. C’est grâce à ces petits oiseaux que je nourris ma famille. » Abou Bâ est également vendeur ambulant d’oiseaux. Chaque jour, il parcourt les rues pour vendre ces petits volatiles. « Je gagne 3000 Francs Cfa [4,50 euros] par jour parfois plus. Des fois je vends beaucoup d’oiseaux. D’autres fois, cela marche moins bien. C’est aléatoire. Mais je vis uniquement de ce commerce »

Siradji Ly est le plus jeune vendeur que j’ai rencontré. Avant, il vendait des cures dents. Maintenant, il s’est lancé dans la vente d’oiseaux et ça marche plutôt bien pour lui. « Le commerce que je faisais avant ne me rapportait pas grand-chose. Je trouve que la vente d’oiseaux me rapporte plus. Je vends un oiseau à 100 Francs Cfa [0,14 euros], parfois moins ça dépend de la période. Je gagne 2500 [3,80 euros], 3000 voire 5000 Francs Cfa par jour », confie t’il.

A côté de ces vendeurs ambulants de volatiles, il y a des oiseleurs que l’on peut considérer comme des grossistes. Je suis non loin de la maison du plus célèbre des oiseleurs, le surnommé "Diallo Pitch". Décédé depuis plusieurs années, cet homme a construit sa richesse avec la vente d’oiseaux. Ici, plusieurs oiseleurs se sont réunis autour de la même activité. L’espace est ouvert. Une odeur d’oiseaux plane dans l’air. Pas de bureau, quelques chaises éparpillées par endroits. De grandes cages contenant plusieurs volatiles  sont près des murs. Ils peuvent se compter par centaine. Ils s’agitent et piaillent sans arrêt. Je rencontre Maodo. Il est oiseleur, la trentaine à peine. Il dit fièrement vivre de son activité : « Je gagne bien ma vie. Je suis différent de ces fonctionnaires qui attendent la fin du mois pour être payés. Mon activité me permet de gagner deux fois plus qu’eux. »

Pour capturer les oiseaux il se rend au Fouta, dans un village appelé Djiriba. C’est par voyage qu’il évalue ses bénéfices. « J’empoche 60 000 Francs Cfa [91 euros] et 130 000 Francs Cfa [195 euros] par voyage. C’est aléatoire. Je me rends deux fois par mois au Fouta.  De retour, je vends un oiseau à 20 Francs Cfa à chaque vendeur ambulant. » Chaque jour, Maodo dépense  4000 Francs Cfa [6 euros] pour l’entretien des oiseaux. Malgré cette dépense, il dit faire des bénéfices à tous les coups.

Nancy Onanga -