RUBRIQUE :
L’euthanasie, pas encore un débat au Sénégal
Lundi 23/03/2009 | Posté par Ousmane Diop
Une personne a-t-elle le droit de demander sa mort ? Et, la personne sollicitée doit-elle accepter ? Deux questions qui ont ébranlé l’Occident ces derniers temps. Au Sénégal, l’euthanasie n’a jamais fait la Une d’un journal et n’a jamais été l’objet d’un débat. Pour essayer de comprendre pourquoi, Ousmane a interrogé, à Dakar, un Imam et un Curé
Après avoir été au devant de l’actualité pendant plusieurs semaines, au moment de la marche du mouvement des Imams du Sénégal contre la hausse des prix des factures d’électricité, l’un des plus médiatisé des Imams, Mouhamadou Lamine Diop, se prononce sur l’euthanasie. Retrouvé un dimanche matin dans sa maison de Hamo 4, un quartier de Guédiawaye, localité située dans la banlieue dakaroise, il a accepté de nous éclairer sur la position de l’Islam sur la question. Selon lui, la religion révélée par le Prophète (Psl) refuse catégoriquement l’acte de suppression de la vie, quelle que soit la souffrance. « L’Islam refuse l’euthanasie quelle que soit la souffrance. C’est Dieu qui donne la vie et c’est à lui seul qu’il revient le droit de la retirer », affirme-t-il, avant d’ajouter qu’« un être humain n’a pas le droit de tuer son semblable ».
Toutefois, l’Islam recommande que la souffrance soit allégée, « car rien ne dit qu’un miracle ne peut pas se produire », déclare-t-il. Pour étayer ce qu’il dit, il cite le Prophète (Psl) qui disait dans un de ses hadiths (leçons) : « un souffrant ne peine pas deux fois », pour dire que « Dieu ne châtie pas le croyant deux fois ». L’imam Diop explique cette leçon du Prophète en disant que la souffrance du croyant sur terre lui permet d’échapper au châtiment de Dieu. Il termine en citant une fois encore le Prophète (Psl) : « Toute souffrance est favorable au croyant », a-t-il dit.
De même, du côté de l’Eglise, l’euthanasie n’est pas permise. D’après le Père Pierre Diatta, Curé de la Paroisse des Martyrs de l’Ouganda, à la manière de l’Islam, la position est claire et ne changera jamais : « L’Eglise est contre la suppression de la vie. Nous ne sommes pas l’auteur de la vie, et par conséquent nous n’avons pas le droit de tuer notre semblable ». Il continue en disant que seul Dieu a la plénitude d’enlever la vie, et non un être humain. « La religion catholique est contre l’acharnement thérapeutique », affirme-t-il avec fermeté, car selon lui, rien ne dit que la personne sous assistance médicale ne peut revenir à la vie normale. « Regardez quelqu’un comme Sharon [Ndlr : Ariel Sharon, ancien Premier Ministre d’Israël], est-ce qu’il est mort ? », s’interroge-t-il. « Qu’est-ce qui nous dit qu’il peut pas se réveiller un jour ou l’autre », ajoute-t-il.
Aussi, le Père Diatta affirme que si l’Eglise laissait les croyants faire ce qu’ils veulent, on se dirigerait vers la dérive. « On risquerait de se diriger vers l’eugénisme, la sélection d’individus, alors que l’Eglise se conforme au caractère sacré de la vie humaine », martèle-t-il. Et ironiquement, il dit que l’eugénisme amènerait des personnes à éliminer tout individu qui ne présenterait pas toutes les qualités qu’elles désirent. Par exemple, en choisissant de n’avoir dans une famille que des personnes grandes, belles, etc. « On peut trouver tous les prétextes pour abréger la vie de quelqu’un », conclut-t-il.
On comprend facilement, d’après les témoignages de ces deux hommes religieux, que l’euthanasie n’est pas encore quelque chose à laquelle les sénégalais sont préparés. Cela s’explique d’une part par le fait que la majorité de la population sénégalaise est croyante, et d’autre part parce qu’elle ne s’est pas préparée psychologiquement à cela. Sans compter les réalités socio culturelles bien ancrées.
Ousmane Diop
Commenter l'article


Par Anonyme