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L’insoutenable attente

Lundi 19/07/2010 | Posté par Papa Keita

Les délibérations du Baccalauréat sont des moments pénibles pour les candidats. Au-delà de son caractère prestigieux la proclamation des résultats est une vraie épreuve épouvantable. Quiconque ne l’a pas vécu dans sa chair ne peut pas vous l’expliquer. Reportage au lycée Mixte Maurice Delafosse où le jury 190 et 91 proclamait ses résultats

Lycée Mixte Maurice Delafosse section commerce, il est 10h 30mn. A l’intérieur de l’établissement, il règne un silence de cathédrale. Assis à l’ombre des arbres ou à même le sol, les quelques élèves trouvés sur place épiloguent sur l’issu des résultats du Bac de cette année.  Dans ce centre, deux Jurys cohabitent.

Le jury 191 avec ses 402 candidats et celui du 190 avec 403. Visages crispés, mines serrées, les regards perdus, ils essayent autant que peut se faire par des gestes de tapotements à noyer leur crainte. Histoire de se remonter les uns et les autres le moral. Les plus téméraires viennent seuls affronter la réalité. Par contre, d’autres se font quant eux accompagner par des proches.

Barbe naissante, la vingtaine, longiligne, Idrissa Cissokho, est sur les lieux depuis 8h du matin. Il n’a même pas pris le soin de prendre son petit deûjener correctement. Et pour cause, il a la peur au ventre. «J’ai même pas pris mon petit déjeuner ce matin. Je suis venu en catastrophe croyant que le jury allait délibérer à l’heure convenue», note-t-il timidement. « Hier, en quittant l’établissement on nous avait dit que les résultats tomberont à 8h», ajoute-t-il avec peine.

Son ami assis à côté de lui râle et rumine sa colère. Lui comme Idrissa, est là depuis le matin. « Le jury doit tenir compte que l’attente est vraiment dure pour nous. Ils doivent prendre conscience du moment douloureux que nous vivons et faire vite», souligne-t-il l’air anxieux.

Pour ces deux camarades, ce n’est pas tant l’attente des résultats qui les intrigue, mais le fait que toute une famille guette leur retour à la maison. Et le quartier même parfois s’en mêle. Ce qui augmente la pression de façon démesurée chez les potaches.

«Moi, dit Idrissa, ce qui m’étonne quand tu passes le Bac, tout le monde s’en mêle. Même les gens avec qui vous avez des rapports pas du tout poussés savent que vous êtes candidat.» Et si les choses tournent mal pout toi, poursuit-il, tu te feras après tout petit pour exister.

Au fur et à mesure les minutes s’égrènent et le stress monte d’un cran. Tous les moyens sont bons pour ne pas craquer. Le tenant de la buvette d’à côté semble se frotter les mains. Les candidats se succèdent pour se désaltérer. Les écoles privées de la place avec leurs agents marketing en profitent pour faire leur affaire.

Prévue initialement à 8h, la délibération finale a eu finalement lieu à 15h15mn. La présidente du jury 191 sort discrètement de son bureau accompagnée de ses collègues. Une meute d’élèves angoissés se lève comme un seul homme pour aller à sa rencontre. A l’annonce des premiers admis, l’ambiance devient subitement indescriptible. Des cris stridents surtout venant des filles se font entendre de toute part. Même cas de figure au jury 191 où le spectacle des cris de joie et de déception était à la limite insoutenable.

Seynabou, la beauté un peu voyante, n’en revient pas toujours. Elle est comblée de bonheur après avoir entendu son nom. Pour elle, les fruits ont tenu la promesse des belles fleurs semées depuis octobre. «J’ai bataillé ferme pour en arriver là. Je me suis beaucoup sacrifier pour obtenir mon Bac. Je vais pouvoir passer de bonnes vacances», indique-t-elle.

Une fois cette parenthèse terminée, les résultats ont été affichés sur un tableau, afin de donner l’occasion à ceux qui n’ont pas pu entendre leur nom à cause du brouhaha de se faire une conviction.

«Je n’ai pas entendu mon nom, il faut que je vérifié bien pour m’assurer qu’on m’a appelé», déclare une jeune fille toute nerveuse. «Tu es admise. J’ai bien entendu ton nom», tente de la rassurer une proche tout aussi inquiète qu’elle.

Papa Keita -