Dakar Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

RUBRIQUE :

L’irrésistible ascension des filles

Mercredi 09/07/2008 | Posté par Seydou Ka

Ce sont les nouvelles amazones du mouvement estudiantin. L’une d’elles porte le surnom de "Ségolène". Elles ont en commun la détermination, le courage et la force de caractère. Des qualités indispensables pour s’imposer dans un milieu que l’on qualifie de "jungle" : le syndicalisme universitaire

Il fait presque nuit, Aïssatou Touré et ses camarades de la Liste Orange/Révolution viennent de boucler une rude journée de sensibilisation. La taille moyenne et le teint clair, la détermination se lit sur son visage. « C’est la plus dévouée à notre cause. Elle est tellement brave que nous sommes prêts à l’investir comme Présidente de l’Amicale, si nous remportons les élections », déclare As Diop, chef de file de la liste Orange. Ce qui serait une première, une révolution. En fait, aucune fille n’a jamais occupé un poste aussi stratégique dans aucune des amicales des différentes Facultés. En cette période de fin d’année scolaire, le campus vit au rythme des examens et des campagnes pour l’élection des délégués. Et les filles tiennent, cette année, une place spéciale dans cette ambiance. Des groupes d’étudiants et d’étudiantes vêtus aux couleurs de leurs différentes listes, font le tour des pavillons pour mener une campagne de proximité.

Dans un bureau exécutif de 18 membres, on ne retrouve, tout au plus, que quatre filles à qui on confie des postes subalternes comme la présidence de la commission féminine ou de la commission pédagogique, au mieux. Les postes stratégiques et lucratifs (présidence, commission sociale, trésorerie) étant la chasse gardée des mâles. Mais la situation est en train d’évoluer, nous dit Clotilde Sène, l’une des doyennes du syndicalisme féminin à l’Université. Depuis 2002, date de son entrée dans le mouvement syndical estudiantin, elle s’est imposée comme une lionne et s’est forgé une réputation de battante qui ne recule devant rien, même pas devant la violence dont elle a été victime, il y a deux ans. « C’était lors des élections, mes adversaires m’avaient brûlé les cheveux, mais cela ne m’a pas ébranlée car je suis une amazone. Je veux ce que les hommes veulent. Je me dis donc que je dois me battre jusqu’au bout. Même si on me brûle une deuxième fois, je continuerai à me battre parce que mon engagement se justifie par les difficultés que les filles rencontrent à l’Université », raconte-t-elle. Elle ajoute, avec des yeux pleins de défi : « un obstacle est fait pour être surmonté ». Aujourd’hui, avec Aïssatou Sarr de la Liste verte, elles sont les seules à être têtes de listes. La liste Lumière qu’elle dirige et qui fait partie d’une coalition de cinq listes, a plus que révolutionné les choses : 40 % de ceux qui y figurent sont des filles. Elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Mon ambition, c’est de parvenir à une parité sur la composition des listes afin de maximiser les chances des filles d’occuper des postes stratégiques au sein de l’Amicale. Mais, pour le moment, il faut être réaliste », tempère-t-elle.

Il faut dire qu’au delà de la lutte pour les intérêts des étudiants, ces filles s’identifient à des femmes leaders qui s’illustrent dans la politique ou le syndicalisme. Ambitieuses et passionnées, elles rêvent toutes (ou presque) de faire partie de ceux qui dirigeront le pays, demain. C’est une véritable tendance. Aujourd’hui, dans le sillage du mouvement pour leur émancipation, les femmes aspirent plus que jamais à diriger. Et les étudiantes ne sont pas en reste. Longtemps minimisées et utilisées par les hommes comme du bétail électoral, à l’image de ce qui se fait en politique, elles se disent maintenant pourquoi pas nous ? « Nous avons les mêmes cartes d’étudiant et les mêmes capacités ». Mais les préjugés ne manquent pas sur la capacité réelle des filles à diriger. Pour Mouhamadou Sarr, membre de la Liste orange/FLSH, c’est une évidence : « Elles ne comprennent pas les rouages du système, ont peur de la violence et manquent d’expérience. Donc c’est risqué de leur confier des fonctions telles que la présidence de l’amicale ou la Commission sociale ». D’ailleurs, les rares filles qui s’activent dans le syndicalisme universitaire sont des politiciennes, diront d’autres. L’une d’entre elles, Nafissatou Touré, est surnommée "Ségolène" à cause de sa combativité et sa pugnacité. C’est le cas aussi de Thérèse Faye, instigatrice du mouvement politique Jeunesse Ouverte à Macky (JOM). Tout compte fait, rien ne semble pouvoir arrêter la détermination de ces filles. « On entend des garçons dire que si c’est une fille, elle ne peut pas diriger l’Amicale, mais ils doivent comprendre que le monde change et que les mentalités doivent évoluer », martèle Clotilde.

Seydou Ka

Seydou Ka -