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L’univers des bébés abandonnés

Jeudi 12/02/2009 | Posté par Papa Keita

La pouponnière des Sœurs Franciscaines de la Médina, à Dakar, accueille des bébés abandonnés venus de divers horizons. Ils reçoivent dans cette institution l’affection et l’attention d’un personnel dévoué et motivé. Visite guidée

Quelque part entre le poste de police de la Médina et le centre verbo-tonal de la Gueule Tapée, se trouve la pouponnière des sœurs franciscaines. Créée le 5 août1955, l’institution a accueilli au bas mot environ 413O nourrissons. Aujourd’hui, 84 bébés sont présents en son sein et sont entretenus par des jeunes filles méticuleuses et dévouées à la tâche. Sœur Justina de Miguel, d’origine espagnole, assure le leadership à l’instar d’un amiral sur son bateau. Devant l’imposante bâtisse qui abrite l’institution, un groupe de femmes, d’âge assez mûr, à la recherche d’un job, attend patiemment qu’un poste soit vacant pour espérer entrer dans la vie active. La jeune fille qui m’ouvre la porte d’entrée m’informe que chaque jour ces femmes font le pied de grue devant la pouponnière pour trouver du boulot. Le chômage n’épargne plus personne ! Je m’installe confortablement dans la salle d’attente, sur une chaise, attendant sagement l’arrivée de la maîtresse de maison qui est occupée à recevoir d’autres visiteurs venus pour diverses raisons.

Pendant ce temps, je jette un regard circulaire sur cet endroit convivial, avec la senteur de ses fleurs qui dégage un parfum d’hiver. J’étais particulièrement frappé par le dévouement du personnel composé uniquement de femmes. Là, je me posais la question : Les femmes sont-elles plus sensibles que les hommes ? Monique Anna Mendy, qui officie à la "biberonnerie", répond par l’affirmative tout en hochant la tête. Même si son degré d’objectivité peut être remis en cause, j’ai préféré lui accorder le bénéfice du doute pour ne pas créer une polémique.

Enfin, Sœur Justina est là devant moi ! Je m’approche d’elle pour la saluer. On se laisse facilement subjuguer par ce personnage à l’air fascinant et captivant, frêle, de courte taille, que le poids de l’âge et l’usure du temps n’a pas confiné dans l’oisiveté. Après les salamalecs d’usage, elle m’introduit dans les pièces où crèchent les bébés. On retrouve, dans ce magma d’âme innocente, garçons et filles. Ils sont séparés en deux groupes : au premier étage les enfants de 0 à 8 mois installés par box. Il y a 5 compartiments de petits lits pour une capacité d’accueil de 40 bébés. Au second étage, un autre groupe de bébés, âgés de 8 mois à 1 an, est soigneusement regroupé dans une pièce remplie de jouets.

Ces bébés ont atterris dans cette institution sans le demander. Comme la vie peut parfois être injuste ! Confinés à l’intérieur d’un petit espace, où ils ont, à volonté, le loisir de s’épanouir à l’aide de quelques jouets, certains bébés bondissent à la vue d’un visiteur, tandis que d’autres, plus malicieux, n’hésitent pas à pousser des cris pour susciter l’attention. Je m’efforce à jouer un temps soit peu au baby-sitter, sans y parvenir tellement j’avais les mains tremblantes et une peur glaciale de voir un de ces mômes m’échapper. Serais-je un bon père ? Ma prestation n’a rien présagée de convaincant ! Ce fut un véritable casse-tête chinois et cela renforça l’admiration que j’avais pour ces sœurs de la pouponnière. L’alimentation des bébés répond à des horaires bien précis : le petit-déjeuner à 7h30, le déjeuner à 11h, suivi d’un goûter à 14h30, puis le diner en fin de journée. Le riz, le poisson et les légumes ont la priorité. Les bébés raffolent des repas concoctés dans l’arrière cuisine de la "biberonnerie". Ils sont gourmands assure une dame qui officie dans la cuisine.

La pouponnière parvient à s’en sortir modestement grâce aux maigres moyens dont elle dispose et à l’appui de quelques âmes charitables. Mais n’empêche, elle fait face à des difficultés pour honorer certaines de ses factures d’eau et d’électricité, confie sœur Justina. Le vœu avoué de cette pionnière de l’action sociale n’est pas de perpétuer l’existence de cette pouponnière mais, d’arriver à un jour où un bébé qui goûte à la vie ne coûte pas la vie à sa maman.

Papa Keïta

Papa Keita -