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« La crise a au moins permis aux sénégalais de consommer local avec la bouillie »

Samedi 16/05/2009 | Posté par Ndeye Aida Dia

Quand les habitants du quartier Usine Bene-Tally dînent dehors, ils ne s'interessent pas toujours aux conditions d'hygiène et à la qualité. L'essentiel est de se remplir le ventre à bas prix. Ndeye Aida Dia y a fait un tour.

« Ici, même avec 50 Francs Cfa [8 centimes d'euros], on peut dîner », lance le vendeur de la gargote d’Usine Bene-Tally. Il est 20h30, la petite enseigne de Barry commence déjà à s’animer. Sa pièce exiguë, sans ouverture apparente refuse déjà du monde. La fumée, qui s'échappe de l’omelette que « Maïga » est en train de préparer, me pique les yeux. Je suis visiblement la seule que cela dérange : les autres bavardent tranquillement, parle de tout et de rien. « Maïga, je veux de la soupe, plus du couscous », dit un nouvel arrivé. Maïga répond : « C’est 300 Francs Cfa [46 centimes d'euros] pour toi ».

Ce n'est pas une légende : ici, les prix sont très bas. Ils se situent entre 50 Francs Cfa, le plat de spaghettis, et 500 Francs Cfa (76 centimes d'euros) le sandwich de brochettes. La qualité et l’hygiène des aliments importent peu. « Je n’ai pas le temps de voir si cela est propre ou pas, je mange et je m’en vais, je me porte assez bien depuis que je viens ici ! », plaisante un client. Maïga fait ce travail depuis plusieurs années déjà. Il n'est pas ouvert pour le petit déjeuner et le déjeuner. « J’ai essayé, mais ça ne marche pas trop. C’est pourquoi je ne fais que le dîner maintenant », explique-t-il.

Un client me raconte qu’il en a assez de manger les éternels « Mbakhal Saloum » et riz au poisson fumé que sa maman fait chaque jour au dîner. Le client d’à côté a une autre idée pour expliquer le succès du dîner à la gargote. Selon lui, dans le quartier, les gens ont perdu la culture des trois repas quotidiens. : « Chez moi, par exemple, ma mère ne prépare que le déjeuner. Le soir, elle distribue à chacun 100 Francs Cfa [15 centimes d'euros] et on va acheter de la bouillie de mil. Si on est un peu plus riche, on achète des sandwichs de brochettes. Ce sont les effets de la crise économique », avance t-il.

Voilà qui explique l’affluence des habitants d’Usine Bene-Tally chez Yaye Fatou qui vend des « thiakry, ngalakh, lakh, couscous, fondé ». Tous ces mets sont faits à base de mil. C’est dans la production manuelle qu’ils diffèrent. Les grains de couscous et de thiakry sont plus fins que ceux du lakh et du fondé. Le grand pot est à 100 Francs Cfa. Les clients vont acheter du sucre, ou du lait pour rendre la bouillie plus succulente. C’est selon leurs moyens. « La crise a au moins permis aux sénégalais de consommer local avec la bouillie de mil qui revient en force », constate Mamadou, client assidu de Yaye Fatou. « Je mange de la bouillie chaque jour. C’est plus sain que nos plats sénégalais trop gras et épicés », considère t-il. Sur le plan hygiénique pourtant, il reste beaucoup à faire. Près de chez Yaye Fatou par exemple, des déchets sont entassés et une odeur vraiment nauséabonde se dégage. La plupart des gens interrogés affichent une certaine indifférence. « Nous lui faisons confiance », disent-ils presque tous. C’est aussi cela l’insécurité alimentaire. La quantité prime le plus souvent sur la qualité.

La crise économique ne touche pas seulement les clients. Elle concerne également les vendeurs qui ont énormément de mal à recouvrer leurs bénéfices. « Avant, le kilo de viande coutait 1600 Francs Cfa [2,44 euros], aujourd’hui c’est presqu’à 2500 Francs Cfa [3,80 euros]. On ne peut pas augmenter le prix des brochettes, les gens ne pourraient plus les acheter. Ce qui fait que très souvent, on vend à perte », lance une dame, vendeuse de brochettes depuis maintenant 10 ans.

De la vente à perte ? Cela parait incompréhensible vu le nombre incroyable de petits négoces qui se développent dans le quartier d'Usine Bene-Tally. Tous les 100 mètres, on retrouve une nouvelle gargote, des femmes vendant des poissons braisés à 150 Francs Cfa (23 centimes d'euros), ou alors, celles qui vendent des couscous ou de la bouillie. Et leurs enseignes ne désemplissent pas. Une certitude : les habitudes alimentaires des Sénégalais sont en pleine mutation.

Ndèye Aïda Dia

Ndeye Aida Dia -