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"La jeunesse est l'âge où il y a l'audace"
Mercredi 05/05/2010 | Posté par D G
A l'occasion du centenaire de la naissance d'Alioune Diop, père fondateur de "Présence Africaine », le Dakar Bondy Blog a croisé Lazare Ki-zerbo, l'un des fils de l'éminent écrivain et homme politique burkinabé Joseph Ki zerbo. Entretien
Si vous deviez vous présenter en quelques mots, vous diriez quoi ?
Je suis Lazare Ki-zerbo. Je suis du Burkina Faso et philosophe de formation. Et je dois préciser que j'ai fait mon cycle secondaire ici au Sénégal, au Prytanée militaire de Saint-Louis, donc j'ai une certaine expérience du pays.
Les raisons de votre présence à Dakar
J'ai effectué le déplacement pour participer à ce colloque pour écouter et rencontrer toutes les personnalités qui sont dans le programme. Et également pour mieux connaître Alioune Diop, dans la mesure où je suis aussi membre de la communauté Africaine de Culture. Donc, pour moi c'était une priorité d'être là aujourd'hui.
Par son œuvre. Je pense qu'il a eu une vision du développement endogène du continent africain. L'Afrique a une longue histoire et a affronté différents défis. Elle a contribué au patrimoine de l'humanité par des inventions, étant le berceau de l'humanité. Ce qui était important chez lui (Ndlr: Joseph Ki-zerbo), c'était une vision de l'Afrique se transformant depuis des millions d'année jusqu'à l'époque contemporaine. Pour lui l'Afrique est un continent en mouvement dont l'histoire reste encore à écrire.
N'est-il pas temps que la crème intellectuelle africaine change de fusil d'épaule Cinquante ans après?
Eh bien, les idées se diffusent lentement. Et c'est vrai qu'on vient de fêter le cinquantenaire des indépendances, mais il faut reconnaître que l'intelligentsia a été marginalisée et parfois même réprimée. Donc les idées des intellectuels nationalistes n'ont pas été prises en compte et on a souvent des dérives de la part des États qui sont plus des États prédateurs. Je pense qu'aujourd'hui, il y a une prise de conscience au tour des thèmes "renaissance africaine" etc. L'intellectuel produit les idées et essaye de les diffuser dans les cercles auxquels il a accès. Il peut aussi faire le choix de s'engager dans la science politique. Mais je pense que l'environnement influence beaucoup le succès ou l'échec de l'action intellectuelle.
Qu'aimez-vous particulièrement chez votre père?
Ce que j'aime particulier chez lui (rire), eh bien, venant de moi je pense que c'est un peu difficile. Mais, c'est la réflexion sur l'histoire en tant qu’enchaînement du processus de transformation. C’est-à-dire que l'histoire est entrain de se faire, donc le côté dynamique. Pour ne pas avoir une vision un peu statique de l'histoire de l'Afrique ou simplement fondée sur l'idée d'origine, il faut avoir vraiment les mutations qui s'accomplissent et à chaque époque, voir quels sont les leviers sur lesquels les sociétés s'appuient pour se transformer et pour faire face à des défis qui changent en permanence. Donc c'est cet aspect dynamique qui m'intéresse en lui.
Quel combat menez-vous pour la pérennisation de la vision de ces pionniers de la culture africaine?
Je suis ici avec la casquette de la fondation de Joseph Ki-zerbo et le comité international de Joseph Ki-zerbo. Ce sont des structures qui sont là comme dans le cadre du centenaire d'Alioune Diop pour rayonner la vie et l'œuvre de ces pionniers. Il y a des initiatives qui sont là mais je dirais que la situation d'aujourd'hui est plus complexe que le moment des indépendances où le mouvement nationaliste avait un seul ennemi qui était le colonisateur. Mais une fois que le colonisateur est parti, les contradictions inhérentes entre les sociétés africaines se sont manifestées. Si bien qu'on a vu les intellectuels réprimés qui étaient à l'avant garde du mouvement nationaliste. Donc aujourd'hui, il s'agit de savoir comment actualiser les messages du mouvement et quels sont les moyens? Je pense que c'est une tâche qui est urgente et nécessite un retour sur le contenu de cette expérience : comment elle s'est organisée politiquement, quels étaient les espaces de productions? Je crois que c'est extrêmement urgent de revenir sur cette période pour voir comment l'assumer aujourd'hui.
Un mot à l’endroit de la jeunesse africaine.
La jeunesse est l'âge où il y a l'audace. Comme disait le professeur pour l'Afrique, le plus important ce n'est pas d'avoir mais d'être. Donc la jeunesse est l'avenir, elle ne doit pas se poser la question de savoir si elle a un avenir. Elle doit prendre ses responsabilités et se faire entendre. C'est elle qui connaît ses besoins et ses désirs. La connaissance du passé est aussi importante pour lui permettre de se projeter à partir de ses propres réalités. Elle doit se convaincre qu'elle est l'avenir, sinon c'est inquiétant pour l'Afrique.
D G -
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Par MG