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La rentrée du vieux Bassirou

Vendredi 25/09/2009 | Posté par Mamadou Sané

Bassirou Sall est le chef de village de Niakhène. A 74 ans, il ne pense pas qu’il soit trop âgé pour apprendre. Durant le court séjour des étudiants alphabétiseurs dans son fief, il en a profité pour approfondir ses connaissances et du même coup donner l’exemple à ses compères

C’est la personne qui m’a le plus frappé lors de mon séjour dans le village de Niakhène située dans la région de Thiès. Une classe pas comme les autres. Au premier rang, un vieux à la barbe blanchie par le poids de l’âge, tenant un morceau de craie et s’efforçant de reproduire sur son ardoise le modèle écrit au tableau. Loin des champs d’arachides en cette période hivernale, Bassirou Sall s’acharne à bénéficier le maximum de connaissances possible que les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar y dispensent. Très attentif aux explications des jeunes maîtres, il se fait le plaisir d’aller au tableau pour corriger un exercice. En levant bien sûr la main comme cela se fait de coutume dans une vraie salle de classe.

Contrairement à ce que je pensais, le vieux chef de village n’en était pas à sa première « année scolaire ». Seulement il regrette le manque de suivi. Car après le départ des étudiants, tous les élèves rangent cahiers, livres, ardoise et stylos jusqu’à l’année prochaine. « C’est comme un éternel recommencement. Faute d’encadrement après le départ des étudiants nous oublions presque tout ce qu’on a appris avec eux » se désole-t-il. Quand il pense avoir laissé de côté ses travaux champêtres pour se consacrer aux chiffres et aux lettres cela est pour lui synonyme quelque part de perte de temps. Lors de la cérémonie de clôture des activités citoyennes, il profité de l’occasion pour demander au recteur de l’Ucad de leur envoyer des volontaires de l’éducation durant l’année scolaire.

Pour cette année, le vieux Bassirou Sall a pu convaincre deux de ses amis de vouloir s’inscrire. L’un a 65 ans et l’autre 54 ans. Sur les 27 élèves enregistrés, 24 sont des femmes. Leur âge varie de 16 à 54 ans. Elles semblent de loin les plus motivés. Pour certains des hommes, il n’est question de se mettre au même niveau que celles qu’ils ont l’habitude de commander à la maison. Mais leur chef ne le voit pas de cet œil. Il est toujours parmi les premiers à se présenter à l’heure des cours. Aujourd’hui, il se peut se sentir heureux d’avoir une longueur d’avance sur ceux qui tardent à, trouver l’utilité de rester entre quatre murs et essayer de faire travailler les méninges. Il lit, écrit et compose lui-même les numéros quand il veut émettre un appel. Chose encore impensable pour lui il y a quelques années.

Mamadou Sané -