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« Le bon plan pour la crise c’est d’acheter chinois »

Lundi 11/05/2009 | Posté par Aicha Senghor

En cette période de crise, marchands et consommateurs s’approvisionnent pour la plupart en produits chinois. La raison en est simple : ces produits « made in china » sont les plus accessibles du marché et ils sont les seuls à convenir au pouvoir d’achat en baisse des Sénégalais. Aicha a été vérifier aux allées du Centenaire, le "Chinatown" de Dakar

Tapha Mbengue est commercant, je l'ai rencontré dans une cantine aux allées du Centenaire : « Je suis un marchand ambulant, j’achète des chaussures, des ceintures et des vêtements en gros puis je fais le tour des salons de coiffure et des quartiers pour les revendre. Si je viens acheter la marchandise chinoise, c’est parce que c’est celle que ma clientèle préfère vu que c’est moins cher. Si je vais acheter de la marchandise de qualité, mes clients ne l’achèteront pas faute d’argent ». El Hadj Ndiaye, un revendeur aussi rencontré dans un magasin en train d’acheter une quantité importante de produits divers qu’il va revendre à Thiès, est clair avec moi : « Le bon plan pour la crise c’est d’acheter chinois ! Les clients ne se soucient plus de qualité, si l’on achète chinois on vend bien par contre si on achète d’autres qualités nos marchandises stagnent. De plus, avec la récession, les gens ont d’autres priorités, dont la bouffe qui est de première nécessité. Les habits, chaussures et autres viennent après ».

Cependant, pour ces commerçants, vendre chinois ne rime pas forcément avec un bénéfice élevé, c’est ce que nous explique Modou Diouf : « Moi je vends de la marque chinoise et d’autres marques de qualité supérieure. Les produits chinois sont plus achetés que les autres articles mais côté bénéfice, ces derniers rapportent plus. Avec les produits chinois, c’est plus de rapidité pour la vente mais moins de profit ». A "Chinatown", il y a tout ce dont ont besoin les jeunes filles et les dames à un prix très correct : de la joaillerie, tous types de vêtements, des chaussures, des foulards, des châles, sans oublier le linge de corps, les articles de maquillage et la vaisselle.


La clientèle est féminine, les seuls hommes présents sont des commerçants. Une dame que je trouve devant un étal de châles me confie ceci : « Maintenant je n’achète plus que des produits chinois, là je suis en train d’acheter un châle il ne coute que 2000 Francs Cfa (3 euros) alors que pour avoir un châle qui vient d’Arabie Saoudite, il faut au moins 20 000 Francs Cfa (30 euros), vous voyez que c’est dix fois plus économique, avec cette crise il faut faire avec ses moyens ». Au marché chinois, les prix défient en effet toute concurrence : des chaussures à 900 Francs Cfa (1,30 euros), des body à 1000 Francs Cfa (1,50 euros), des chaines et des colliers à 500 Francs Cfa, des bracelets et des boucles d’oreilles à 150 Francs Cfa (0,22 euros), pour ne citer que ceux-là.

Une jeune fille, la vingtaine, en train d’acheter des vêtements, va dans le même sens que la dame et m'explique : « Presque toutes mes courses je les fais ici. La vie est dure, pourquoi aller dans les vitrines pour acheter des hauts et des pantalons à 15 000 Francs Cfa (22,70 euros) la pièce alors que grâce à l’offre chinoise avec 10 000 Francs Cfa (15 euros) je vais quitter ce marché avec un minimum de deux paires de chaussures, deux hauts et deux pantalons ! ». Elle est confortée dans ses propos par sa copine, qui fait aussi ses emplettes, et qui ajoute : « Ce n’est pas cher en plus il ya de belles choses, maintenant même les commerçants des vitrines vendent la marque chinoise, ils changent juste l’étiquette et le revendent hyper cher en nous faisant croire que ce sont des hauts de Paris, d’Italie ou des Etats-Unis, donc à quoi bon aller y acheter lorsqu’on peut en trouver ici ?! ».

Toutefois, ces habitués des produits chinois sont conscients du rapport qualité/prix, les vendeurs comme les acheteurs. « Je sais qu’il y a de la meilleure qualité et que celle que je vends n’est pas des plus bonnes mais nous sommes obligés de l’acheter pour pouvoir revendre à bon prix. Je préfère vendre ce qui est à la portée de tous que vendre des produits chers que je ne pourrai revendre et que je serai obligé de céder à perte après un certain temps », atteste ce vendeur de vêtements. Coumba, une cliente, confirme aussi la mauvaise qualité de l’offre chinoise : « Je sais que les articles de marque chinoise riment avec pacotille, mais je les achète tout de même parce qu’ils sont les seuls à ma portée ». Elle explique également comment elle fait pour garder longtemps ses chaussures chinoises : « Les chaussures par exemple si je les achète elles peuvent s’abîmer au bout d’une semaine, mais pour éviter cela je prends mes précautions. Dès que je les achète, je les fais renforcer par les cordonniers du coin afin qu’elles soient plus solides et qu’elles résistent plus longtemps ». Finalement, tous les moyens sont bons pour s’adapter à cette crise. L’essentiel est de savoir s’y prendre pour ne pas trop en souffrir.

Aïcha Senghor

Aicha Senghor -