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Le culte du secret d’un art

Lundi 28/12/2009 | Posté par Papa Keita

Le pagne "manjak" est entouré d’un épais voile de mystère. Sur les allées de la Médina, la communauté bissau-guinéenne excelle dans cet art avec une technique assez éprouvée.

A vue d’œil, on peut le confondre avec une femme, avec ses tresses qui se dissimulent sous une casquette jaune bien vissée sur sa tête. Mais il n’en est rien. Béto Dasylva, 21 ans, mise sobre, est un homme authentique.

Assis à l’abri de son atelier de tisserand, une tente qui laisse passer les rayons de soleil, il vient tout juste d’entamer sa journée. Tous ses produits sont fabriqués artisanalement et manuellement. "Cela n’enlève en rien à la qualité du produit", rassure-t-il. "Vous pouvez faire le tour de Dakar et même le Sénégal, nous sommes les seuls à faire ces pagnes".

Cette activité, est une entreprise familiale en quelque sorte. Et le savoir se transmet de génération en génération.  Il y a un culte du secret qu’on entretient jalousement et qui n’est enseigné qu’aux initiés. "Moi, il m’a fallu trois bonnes années pour maîtriser l’art du tissage des pagnes. C’est un travail assez complexe, qui recommande un certain nombre d’aptitudes", fait-il remarquer. Presque tous les organes de sens participent à la conception. Les yeux, les mains et les jambes. La moindre inattention peut compromettre l’œuvre de toute une journée de labeur.

A côté de lui, son jeune frère cadet Gilbert, 14 ans suit d’un œil attentif les moindres faits et geste de son aîné. Faute d’argent pour continuer ses études, il a dû les interrompre pour rejoindre Béto au Sénégal et l’aider dans sa tâche. "Lui, il est là depuis quelques mois, avec le temps il va prendre la relève", soutient Béto.

"L’ancienneté ne veut pas dire qu’on est infaillible. Même moi, il y a certaine chose qui m’échappe jusqu’à présent dans le métier. Il m’arrive de recommencer un pagne de bout en bout suite à une simple méprise", remarque Elmer. 

Autre lieu, autre ambiance. Chez Tony Corréa, il règne une atmosphère beaucoup plus animée que son voisin Béto. Cela, en raison de son pléthore d’apprentis. Qui palabrent plus qu’ils ne travaillent.

Contrairement à Béto qui a fait trois ans pour acquérir l’art du tissage, lui a peiné pour y arriver. Il lui a fallu six ans d’apprentissage auprès de son père qui était passé maître en la matière en Guinée-Bissau, aujourd’hui décédé.

"J’ai quitté l’école pour donner un coup de main à mon père. Aujourd’hui, je perpétue l’entreprise familiale pour lui rendre justice. Ce n’est pas une obligation, c’est un devoir", dit-il. "D’ailleurs, c’est l’une des activités phare à Bissau, raison de plus", insiste-t-il malicieusement.

 

 

 

 

Papa Keita -