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Le génocide rwandais raconté par un médecin

Mercredi 15/04/2009 | Posté par Papa Keita

Pour commémorer le quinzième anniversaire du génocide au Rwanda, l’Association de la Communauté Rwandaise au Sénégal a organisé une conférence animée par le médecin Serigne Magueye Gueye qui a eu à séjourner dans ce pays pendant le génocide et Eugénie Aw-Ndiaye qui a consacré une Thèse à cette tragédie. Papa y était

Samedi 11 avril 2009, au Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information  l’émotion était à son comble devant le poids des images chocs et les scènes de l’horreur. Dans une salle pleine comme un œuf, rafraîchie par deux plafonniers, une forte colonie africaine était présente pour commémorer le 15ieme anniversaire du génocide au Rwanda. Il y avait des gabonais, des guinéens, des burundais, des sénégalais et des rwandais bien sûr. Aux côtés du médecin, conférencier d’un jour, Eugénie Aw-Ndiaye, la directrice dudit centre, qui a consacré une Thèse de Doctorat à cette tragédie, était présente. A ma droite était assise une dame aux cheveux poivre-sel, une écharpe rouge autour du cou, à ma gauche un homme en veston échange des textos.

Mais le Rwanda, c’est où ? Sur une carte, on peut le localiser en Afrique centrale, dans la région des grands lacs. Ce pays est sorti de l’anonymat suite au conflit ethnique qui a fait plus de 800.000 morts, en majorité des Tutsis. En France, où il se trouvait au début du conflit, le médecin Magueye Gueye n’a pas voulu rester insensible face à la tragédie qui se déroulait sur un autre continent. Le devoir professionnel a aussi fortement plaidé en faveur de son engagement humanitaire. Il finit par débarquer daredare à Dakar. Alors que sa femme attend un enfant, un dilemme cornélien se pose à lui et il faut choisir entre : partir et exposer sa vie ou rester auprès de sa femme. La première option finit par happer notre médecin qui s’envole pour Kigali.

Il est revenu de ce voyage avec une mine d’informations. Sur les images qu’il a ramenées, on peut voir les déplacements massifs de populations désespérées marchant sur des cadavres provoquant une épidémie de choléra sans précédent, les « gorges profondes » nom de code réservé aux délateurs qui ont identifié des génocidaires. Cette sanction est réservée aux personnes qui sont tentées de dénoncer les présumés coupables ayant trempés dans le massacre. Autre image choc du jour, l’église de Kibuyé qui fut un haut lieu de la tragédie. Organisée et planification d’hommes religieux, on apprend que près de 4000 personnes sont mortes dans cette maison de Dieu. Le médecin explique que huit mois après son retour au Sénégal, les tâches de sang étaient toujours fraîches. Dans cette même localité, on peut découvrir, par le biais des images, un stade qui a servi au nettoyage ethnique. Cette fois ci, l’acte odieux porte la signature d’un préfet, médecin de surcroît. Une autre église qui a retenu l’attention est celle de Kivumu. Cette dernière a été complètement rasée alors qu’il y avait des personnes à l’intérieur. Toute cette forfaiture était accomplie à l’aide de la machette. L’arme favorite des bourreaux qui décapitaient leur proie avec froideur, explique le médecin. La salle du Cesti devient tout d’un coup calme, comme dans une cathédrale. La dame qui est à côté de moi écrase des larmes qu’elle sèche discrètement avec un mouchoir.

Quinze ans après, les scènes de la tragédie restent aussi poignantes que jamais et l’on s’interroge sur les véritables raisons de cette haine subite entre deux communautés qui vivaient en bonne intelligence. Les solutions pour conjurer à jamais cette page de l’histoire n’ont pas manqué d’être distillées. Là où le médecin prône le culte de la tolérance comme antidote à ses patients, la directrice du Cesti invite les africains à s’approprier leur propre histoire avant que d’autres le fassent à leur place. Ainsi, nous sortirons du cercle vicieux de l’afro-pessimisme pour entrer dans le cercle lumineux et vertueux de l’afro-optimisme.

Papa Keita -