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Le « métier » le plus facile au monde

Mardi 01/09/2009 | Posté par Ousmane Diop

Gagner sa vie sans faire le moindre effort. Tel est le credo des « kokseurs » qui, passent tout leur temps à l’arrêt des cars rapides de leur choix. Ce n’est pas pour attendre un car pour qu’il les amène. Mais plutôt se faire de l’argent sur les clients. Vol ? Escroquerie ? Agression ? Il n’en est rien. Mais de quoi s’agit-il ? Posez plutôt la question à n’importe quel sénégalais

Certains, avec le temps, on fini par s’accaparer certains arrêts où il n’y a qu’eux qui ont la « légitimité » d’y opérer. Ils se connaissent entre eux et chacun respecte le droit de l’autre, comme si c’était défini par une loi ou un décret présidentiel. Moussa, un kokseur qui opère à l’arrêt bus de Castors, localité de la périphérie de Dakar, est pratiquement connu de tous les étudiants qui attendent les cars rapides la nuit pour aller au campus universitaire. En effet, ce dernier dit être dans le « métier » depuis plusieurs années et affirme avoir séjourné en Côte d’Ivoire, en Guinée Bissau et en Sierra Léone. J’entame ma 5ème année depuis que j’ai commencé à opérer à cet arrêt bus, déclare-t-il. J’ai servi dans l’armée et on m’a libéré à cause d’une double fracture au bras », ajoute-t-il. Depuis lors, il se pointe au même endroit jusque tard dans la nuit, après qu’il n’y ait plus de voiture en circulation.

Si vous avez une fois eu la chance de faire un tour à Dakar, vous avez certainement vu des gens qui se pointent toute la journée à l’arrêt des cars rapides, donnant l’impression que la voiture qui doit les amener n’est pas encore arrivée. Ce ne sont pas des voyageurs, mais bien au contraire ils sont à leur lieu de travail. Et croyez moi, plus patient qu’eux, je n’en ai pas encore vu. En effet, ce sont souvent des hommes dont la moyenne d’âge varie de 20 à 30 ans et qui sont chargés d’appeler les clients à chaque fois qu’un car stationne. Voilà des gens qui pourraient réussir s’ils faisaient du rap. Les « Guédiawaye, Guédiawaye, Guédiawaye »; « Dakar, Dakar, Dakar »; « Patte d’Oie, Patte d’Oie, Patte d’Oie», tous les noms de localité de la capitale et de sa périphérie sont prononcés avec une telle rapidité qu’ils sont déformés. Ils le font malgré eux car, plus le car est rempli de clients, plus ils empochent des pièces de monnaie, allant de 50 Frcs Cfa (0, 076 Euros) à 100 Frcs Cfa (0,152 Euros), mais rarement plus.

Cependant, leur cohabitation avec les apprentis chauffeurs [personnes chargées d’encaisser l’argent des clients] n’est pas des plus fraternelles. Eh oui, même s’ils n’ont, légalement parlant, aucun droit à demander à être rémunérés, ces pensionnaires du « métier le plus facile au monde » exigent qu’on leur paye. En effet, les apprentis refusent parfois de leur payer ce qu’ils réclament, et commence alors une série de disputes où des insultes et autres mots déplacés sont souvent employés. Ils n’hésitent pas à s‘agripper à la voiture jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils demandent. Mais s’ils n’arrivent toujours pas à l’avoir, ils prennent l’apprenti chauffeur en « otage » et ne relâchent qu’à condition qu’ils leurs rendent ce qu’il leur doit. Et ne soyez pas surpris si vous les voyez se bagarrer.

Ainsi, cette situation ne laisse indifférent aucun client qui utilise les transports urbains à Dakar et souvent, tous s’accordent à penser d’eux la même chose. En effet, beaucoup d’entre eux pensent que ces derniers « aiment la facilité car ils peuvent trouver un autre boulot ». Mais malgré toutes les critiques dont ils font l’objet, les principaux concernés continuent toujours à persévérer dans leur « métier » très facile, sinon le plus facile au monde, et ce n’est pas demain qu’ils l’abandonneront car ils semblent immunisés contre les critiques et les mauvaises langues.

Ousmane Diop -