RUBRIQUE :
Le mythe Conté s’est effondré
Samedi 27/12/2008 | Posté par Papa Keita
Lansana Conté, 74 ans, au pouvoir depuis 1984, est décédé des suites d’une longue maladie laissant derrière lui une Guinée dans la confusion totale. Symptomatique des lendemains de disparition des patriarches à la tête des pays africains
C’est au moment où l’on s’y attendait le moins que le Général-Président tire sa révérence. Laissant derrière lui une Guinée plongée dans une incertitude aussi mystérieuse que ce qui l’attend dans l’au-delà. Au palmarès des chefs d’états africains caractérisés par leur longévité au pouvoir, il figurait parmi les derniers mohicans. La solitude sur la scène politique guinéenne a finalement eu raison de lui. Donné mort plusieurs fois, à la suite d’une maladie qui l’a cloué au lit depuis quelques années, annoncé sur le départ après des soubresauts à l’intérieur de son pays, le Général Conté, à la fois rusé et intelligent, a toujours su, avec une rare finesse, déjouer tous les coups fomentés contre son pouvoir sans montrer le moindre signe de fatigue ou de lassitude.
C’est en 1934 que Lansana Conté voyait le jour à Moussayah Loumbaya, dans la région de Kindia, près de Conakry. En 1958, il est promu Sergent dans l’armée, puis Capitaine en 1971. Rigoureux et très porté sur la discipline militaire, il accède au grade de Chef d’Etat major adjoint de l’armée de terre en 1975. Coup de patte après coup de patte, Conté tisse sa toile d’araignée, dans cette Guinée marquée par des années douloureuses de gestion sans partage du régime de Sékou Touré qui décède le 26 mars 1984. La Guinée entre dans une nouvelle phase de sa vie politique avec un nouvel acteur : Lansana Conté qui est porté à la tête du pays par un Comité Militaire de Redressement National qui s’est emparé aussitôt du pouvoir.
Il se démarque de son prédécesseur, dès les premières heures de sa prise de fonction, en imprimant à la Guinée une nouvelle dynamique et l’ouverture sur le monde. Dans un pays qui a été, pendant longtemps, connu pour son hermétisme, Conté annonce une batterie de mesures : libéralisme économique, adoption d’une nouvelle constitution en 1990, multipartisme en 1992. Mais très vite, la lune de miel va virer en une lune fiel. Conté, échappe à plusieurs complots et se radicalise. Il supporte mal les contestations, devient allergique à la contradiction et tient à conserver le pouvoir comme son bien propre. Réélu trois fois de suite en 1993, en1998 et en 2003 (malade, l’urne sera déplacée jusqu'à sa voiture pour lui permettre de voter), avec des scores à la soviétique et même parfois sans adversaires valables.
Le semblant de démocratie s’est mué en une dictature rampante. Contrairement à certains de ses pairs de l’Afrique de l’Ouest, le Général–Président est attentif au moindre détail qui touche son pays, inquiet de toute immixtion étrangère, il ausculte la Guinée en permanence. Mais, son emprise commence à s’effriter en 2003 lorsqu’une grave crise de diabète se déclare. Evacué dans la nuit du 17 au 18 mars de la même année, Conté ne fait plus peur et devient vulnérable. Les violentes manifestations populaires de janvier 2007 viendront perturber la tranquillité du patriarche septuagénaire. Il cède devant les contestataires déterminés à changer les règles du jeu en Guinée. Il semble conscient de sa faiblesse et de son fin de règne dont les signes annonciateurs sont visibles.
Commenter l'article

Réactions des internautes
Samedi 27 Décembre 2008, 15:35
Signaler un abus
le général est mort, vive le capitaine
enfin disons-nous. Lansana Konté a lutté contre la mort sans laisser son pouvoir. dans l'entretien qu'il a fait en 2006 avec l'ancien journaliste du Monde , Serge Michel le général président cherchait un successeur parmi ses lieutnants. mais la division de ces derniers a permi à ses frères d'armes de prendre le pouvoir comme il l' a fait en 1984. le général est parti mais le capitaine a herité du fauteuil de président. vive l'arméeRépondre -