Dakar Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

RUBRIQUE :

" Le pouvoir n'a pas à dicter aux journalistes ce qu'il faut faire"

Vendredi 09/05/2008 | Posté par Ousseynou Pouye et Arona Diouf

A la veille de la remise du prix Albert Londres à Dakar, une conférence-débat a eu lieu dans l'amphithéâtre de l'Ucad 2 sur les rapports entre les médias et les pouvoirs

Parmi les conférenciers, on pouvait noter la présence de Alain Louyot de l'Expansion, François Hauter du Figaro, Patrick de Saint-Exupéry de XXI, Mame Less Camara, directeur de Océan fm, Reine Azifan, directrice de publication du quotidien national du Bénin La Nation, Germain Lama de L'Evénement au Burkina Faso, avec comme modérateur Mamadou Kassé. La salle, elle, était bien pleine avec peut-être 800 personnes.

Les différents intervenants ont axé leurs discours sur leur expérience et la relation aux pouvoirs politiques et économiques. François Hauter dira qu'il a ''toujours ressenti des tentatives de manipulation de la part des autorités politiques qui ne veulent pas que leurs intérêts soient menacés". Reine Azifan abonde dans le même sens et reconnaît que ''Tous les pouvoirs ont le même réflexe, mais il nous appartient, nous journalistes, de nous imposer''. Elle a ensuite fait l'état des lieux de la presse dans son pays où il existe un ''contrat entre le pouvoir politique et certains organes de presse privés'' qui ont pour but de contrôler l'action de ces derniers. Selon la directrice de publication de la Nation, ces contrats ont pour but d'imposer à ces médias une ''retenue sur certaines actions du gouvernement''.

Mame Less Camara dans un discours saisissant a su capter l'attention du public. Il a par ailleurs lancé quelques pics en direction de la presse française sur sa façon de traiter l''Afrique. Selon le directeur de Océan FM: " la presse française est loin d'être un modèle et s'étonne d'avoir accompagné l'irrésistible ascension de Nicolas Sarkozy"  alors qu'en Afrique, il a été perçu d'emblée comme "suspect".

Revenant sur l'existence ou non d'un pouvoir de la presse, Patrick de Saint-Exupéry dira que la presse n'est pas un pouvoir. Elle a une capacité de faire savoir, d'informer : " le pouvoir veut toujours diriger, orienter la presse''. Selon l'auteur du livre "l'Inavouable France au Rwanda" : ''La première réaction d'un pouvoir en position de faiblesse, c'est d'empêcher le journaliste de faire son travail, de ce fait, il fait tout pour le bloquer".
 
Germain Lama est, quant à lui,  revenu sur les relations qui existent entre les médias et les pouvoirs traditionnels en Afrique. Donnant exemple de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, le directeur de l'Evénement de Ouagadougou affirme que l'affaire n'est pas réglée parce que le pouvoir politique est impliqué dedans. Et d'ajouter que : " Si la presse est crainte aujourd'hui, c'est parce qu'elle constitue un pouvoir. Ce qui lui fait défaut, c'est le manque de solidarité, d'entente et de cohésion entre confrères".

Ensuite, ce fut une véritable passe d'arme entre le public et les conférenciers. Une partie de questions réponses s’articulait autour des préoccupations sur l'avenir de la profession, le traitement des sujets tabous ou la fragilité économique des journaux. Alain Louyot s’inquiète du nouveau concept «bi-média», qui est la collaboration entre le web et le papier, qui peut occulter la presse classique. Pour faire face à cette ‘’crise de mutation’’, il conseille aux journalistes de ‘’s’adapter’’ à ce nouveau format. 

Certains participants ont demandé s'il ne faut pas un organe d'autorégulation dans le monde de la presse au regard de certaines dérives. Une petite collégienne a ému l'assistance en soulignant un fait de société qu'elle constate tous les jours dans les rues de Dakar : des personnes qui se pointent devant les kiosques à journaux pour faire la revue des titres, mais n'ont pas les moyens de les acheter. Ou alors ils se partagent à dix un journal acheté à 100 francs Cfa. L'indépendance des journalistes commence, sans doute, par une large diffusion et par l'acte d'acheter un journal pour lui permettre de vivre.

Ousseynou Pouye et Arona Diouf

Ousseynou Pouye et Arona Diouf -