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Les contrecoups de la délocalisation

Mercredi 30/09/2009 | Posté par Papa Keita

Les vendeurs de meubles situés dans le canal de Fass ont vu leur chiffre d'affaires se réduire comme peau de chagrin suite à leur délocalisation de la corniche. Ils racontent ici leur amertume

Yelly Sidibé, la cinquantaine à vue d’œil, pantalon vert, tee-shirt blanc au col déchiqueté, le visage grave, des sandales noires en plastique, un bazar autour de lui, grille tranquillement son tabac à l’ombre d’un feuillage bien garni. Nous sommes au canal de Fass. Un lieu jadis infréquentable à certaine heure de la nuit tombante, mais qui est devenu par la force des choses le point de chute des déguerpis de la corniche ouest de Dakar.

Ici, on trouve tout ce dont un ménage a besoin pour équiper sa demeure. Salon, armoire, chambre à coucher individuel ou à deux dont raffolent les nouveaux mariés, passant par de coquettes tables à manger fait avec du fer.

"Nous nous sommes levés un beau jour et on nous a dit de chercher un autre abri. Voila ce qui nous a amenés ici", renseigne Yelly, qui vient tout juste d’entamer la matinée.

"J’en suis aujourd’hui à ma quatrième année ici", poursuit-il, tout en écrasant au sol, le bout de mégot qu’il tient par devers sa main gauche.

Yelly, comme la plupart de ses collègues du coin ont été contraints de quitter leur lieu de prédilection "la corniche" pour venir s’implanter dans ce coin, où dit-il, ils ne bénéficient pas "d’une attractivité" que leur procurait la corniche. Et cette situation ils la vivent mal. Mal, parce que pour certains, c’était presque un patrimoine qu’ils avaient fini d’adopter, pour d’autres, c’était un véritable filon pour les bonnes affaires.

"J’ai passé vingt-sept années de ma vie professionnelle sur la corniche à exposer des meubles. Les choses marchaient bien là-bas, mais ici, ce n’est pas tout à fait le cas" souligne-t-il, d’un ton nostalgique.

"A l’époque, les autorités avaient promis de nous dédommager et de nous trouver un nouveau site de recasement, mais jusqu’à présent, leurs propos sont restés à l’état de promesse", regrette-il. Avant d’ajouter que "nos amis du village artisanale, eux, ont par contre été dédommagés".

"Avec cet appui financier, nous pouvions nous refaire une nouvelle vie ici" analyse-t-il. Car, selon lui, "nous avions perdu nos clients traditionnels lorsque nous nous sommes installés à Fass. Ici poursuit-il, "nous souffrons d’un défaut de visibilité contrairement à la corniche".

Ce que confirme d’ailleurs, Pape Matar Ndiaye, qui estime, que depuis leur implantation dans ce coin leur chiffre d’affaire en a pris un sacré coup.

"Quand nous étions sur la corniche, nous ne pouvions pas rester deux semaines sans vendre un salon. Mais cet enclavement a fait que les clients sont devenus rares et notre marchandise s’entasse ici faute d’acheteur", souligne Pape Matar, les mains dans ses poches, sous une uniforme de couleur bleue. Le regard jeté vers l’horizon d’un âge d’or dont la face terne se joue aujourd’hui à Fass, Pape Matar, révèle "qu’avant, rien qu’un salon s’échangeait à hauteur de 700.000 cfa, actuellement ce prix a chuté jusqu’à 400.000 cfa". Avant d’ajouter comme s’il avait à se reprocher quelque chose qu’ "il faut batailler ferme pour faire plier les clients". Car estime-t-il, "le bois avec lequel nous fabriquons les meubles n’a rien à avoir avec les meubles importés qui ne sont pas du tout résistants à l’usure du temps".

"Le propre des meubles importés dont nous souffrons aussi est qu’une fois gâté, vous ne pouvez plus les réutilisez. Tout le contraire des nôtres. Que vous pouvez utiliser à souhait et à durée indéterminée dans le temps", précise-t-il.

"Il faut que les autorités nous aident à combattre l’exportation des meubles. Il y a beaucoup de gens qui s’activent dans ce secteur et qui ne sont pas les personnes recommandés pour cela", plaide-t-il.

Cependant, même si le lieu est peut propice à l’éclosion des bonnes affaires, Pape Matar Ndiaye considère que la tendance peut être inversée. A condition que le coin bénéficie d’un coup de pouce de la part des autorités.

"Je pense que le coin peut afficher de bonnes dispositions en matière d’affaires si les infrastructures identiques à celles qui étaient dans la corniche sont installées ici", prédit-il.

"Si on mettait une dalle par dessus le canal serait déjà un début de solution’’, préconise-t-il. En effet, la plupart des menuisiers qui sont actuellement à Fass possédaient leurs ateliers dans leur point de vente. Ce qui leur facilitait la tâche dans la commercialisation et dans la mise en œuvre.

A quelques encablures de lui, Omar Diouf, loin de s’apitoyer sur son sort, pense comme Pape Matar, que le site peut revêtir un nouveau visage s’il est électrifié. Car, souligne-t-il, à la tombée de la nuit le coin est dangereux et reste à la proie des agresseurs.

"Mais nous avons pris l’attache de gardiens pour assurer la sécurité de nos meubles et du coin. Et de révéler par ailleurs "qu’au tout début à 18h je n’osais pas m’aventurer dans les parages."

Seule vertu non indispensable que l’implantation de ses menuisiers a favorisé dans cet axe réputé dangereux : c’est la sécurité. Une chose dont ils sont unanimes à s’accorder et à se féliciter.

"Même les voisins du coin nous disent que c’est grâce à vous que nous osons sortir la nuit de nos maisons pour faire des courses", argumente Oumar Diouf, avec une satisfaction qu’il a dû mal à dissimuler sur son visage rayonnant.

"Je me rappelle qu’un jour un étudiant s’est fait agressé sous nos yeux, mais il n’a dû son salut qu’à notre intervention", renchérit Yelly Sidibé.

Papa Keita -