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Les jeunes de Widou ne voient pas encore le bout du tunnel.

Dimanche 04/10/2009 | Posté par Papa Keita

Les jeunes de la contrée de Widou traversent une mauvaise passe. A l'heure des nouvelles technologies de la communication et autres outils informatiques, ils sont à la périphérique de tout cela. A cela s'ajoute les dures réalités du chômage

Le fait peur paraître insolite aux adeptes du sport, mais c’est pourtant la réalité têtue. A soixante douze heures d’un match phare contre Tatki un village à 30km de Widou, les jeunes de l’ASC ont pour l’essentiel l’esprit à leur soirée dansante de ce lundi 17 août, qu’ils préparent d’ailleurs très activement. Entre les deux villages la rivalité est telle qu’ils ne se font pas de cadeau. A l’aller, les deux équipes se sont quittées sur un score nul et vierge.

‘’Je ne suis nullement l’inspirateur de cette soirée dansante. C’est plutôt les joueurs qui en ont fait la demande et j’ai donné mon feu vert’’, précise Vieux Mbaye Sow, coach de l’équipe, le visage jovial. Lorsqu’on a cherché à savoir si la soirée n’aura pas un impact physique sur ces joueurs. Alors qu’on s’attendait à une mise au vert austère.

‘’La soirée n’impactera en rien sur le physique des joueurs. D’ailleurs, ils en ont l’habitude’’, s’amuse-t-il, à dire, au milieu d’eux. Avant d’ajouter que ‘’le caractère de cette manifestation n’a pas un but ludique, mais il est destiné à chercher des fonds pour le match de mercredi’’, s’empresse-t-il, de préciser.

Non loin de lui, un groupe de jeunes, tous de l’équipe creuse des trous puis enfonce des piquets avant de laisser le soin à d’autres de rafistoler les sacs de riz vides de 50kg, glanés d’une maison à l’autre pour assurer la clôture des lieux. Le seul couac de cette soirée est que le lieu habituel où elle se tenait régulièrement, l’école du village est momentanément occupée par les étudiants, qui y ont établi leur camp de vacances citoyennes. Raison pour laquelle la soirée se déroulera en plein air. Bal poussière communément.

‘’Si nous avions eu un centre culturel, c’aurait été mieux. Mais ici à Widou vous l’avez constaté vous-même, les jeunes n’ont pas de lieu où ils peuvent s’épanouir à leur guise’’, remarque Mbacké Ndiaye.

Pour lui, Widou est un village laissé à lui-même et à son propre sort. Aucune infrastructure viable n’existe dans ce patelin, situé dans la région de Louga, département de Linguère et coincé dans la communauté rurale de Tessekéré.

‘’A l’heure où l’on parle de nouvelles technologies de l’information, il n’y a même pas de réseau téléphonique pour permettre aux jeunes d’être au fait des réalités du monde’’, s’exclame-t-il, à l’abri de l’atelier de tailleur de Diallo Diop, qui est par ailleurs l’attaquant de l’équipe. Mais en raison de ses déchets techniques à l’entrainement, l’entraineur risque de le préférer à un autre.
‘’La grande majorité des jeunes d’ici ne savent pas ce qu’est le FNPJ et qu’elle est sa vocation. Par voie de conséquence, ils n’ont aucune idée de comment monter un projet et les démarches pour obtenir un financement’’, remarque Mbacké.

Ce préjudice, Vieux l’analyse sereinement, en faisant porter le chapeau aux autorités locales qui ne font pas l’effort suffisant pour aller vers les jeunes afin de diagnostiquer leurs véritables aspirations. Car, estime-t-il, on ne peut pas rester dans son coin et prétendre résoudre des problèmes dont on ignore la nature.

‘’Ceux qui doivent nous assister ne viennent jamais vers nous, c’est toujours nous qui faisons les premiers pas vers eux. Par fois sans suite favorable. Depuis dix ans, nous courons derrière des subventions dont on entend seulement parler pour nos navétanes, mais nous les avons jamais encaissées’’, informe Vieux Sow. Il poursuit comme si quelque chose le bouillonnait de l’intérieur, en indiquant ‘’et pourtant à chaque élection on nous courtise’’. Ces c’est nombreuse déçus de la politique qui a poussé beaucoup de jeunes selon Vieux à se détourner de la chose politique.

‘’Il est arrivé que les jeunes refusent de s’inscrire sur les lites électorales pendant les élections. Alors qu’ils ignorent qu’ils sont en train de renier un devoir citoyen’’

‘’Si vous nous voyez organiser cette soirée dansante à la veille de noter match, c’est parce que nous ne disposons suffisantes pour nos frais d’avant et d’après match’’, justifie-t-il. Avant d’ajouter que ‘’nous profitons parfois des Louma (marché hebdomadaire du mardi) pour collecter aussi des fonds pour soutenir l’équipe.’’
L’ASC bénéficie par contre du coup de pouce d’un mécène ancien du village actuellement immigré en France. Ce dernier envoie de temps à autre à l’équipe des jeux de maillots et des ballons.

A 28ans, Vieux n’ pas encore pu goûter au bonheur du premier emploi. Son ami Mbacké Ndiaye non plus. Mais pas pour longtemps. Car, ayant fait déjà deux ans, à l’Ecole normale supérieur (ENS), il est à l’entente d’une mutation dans un établissement du pays, soit comme professeur de Français où d’Espagnol ses deux spécialités. Vieux, par contre lui, attend toujours les résultats du concours à la Gendarmerie nationale, après son service militaire. Pour l’instant, il est à Widou, guettant l’avenir avec optimisme, que la chance lui sourit enfin.

‘’J e regrette d’avoir mis très tôt un terme à mes études. Et pourtant, je suis allé jusqu’en Seconde. Mon père n’avait du tout apprécié, car il estimé que j’étais un brillant élève. C’est par la suite que je suis parti faire le service militaire en 2004’’, se rappelle-t-il, avec un mégot au coin de la bouche.

Avec la naissance de la Grande Muraille Verte, censé occuper les jeunes, mais tel n’a pas été le cas pou tous, selon Vieux Mbaye Sow. Pour lui, les recruteurs dans leurs critères de sélection ont négligé la préférence locale au profit d’autres venus d’ailleurs. Un sentiment d’injustice qu’ils vivent mal.

‘’Certes nous avons été au courant du lancement du projet, mais il faut admettre que les jeunes ne sont pas aussi représentatifs que l’on pouvait l’espérer’’, confie-t-il. A preuve, il cite des jeunes de Daara, qui est à 100km de Widou, qui ont trouvé une planque grâce au projet continental.

Entre les jeunes, par la voix de Vieux et le sergent Faye, on ne parle pas évidemment le même langage. Pour le second les allégations sur une supposée négligence de la préférence locale est à bien des égards une vision erroné de l’esprit du projet de la Grande Muraille Verte (GMV). Pour lui, le projet est avant tout, une arme de lutte contre la pauvreté, au-delà de son caractère écologique.

‘’A part la population locale, il n y pas d’autres personnes qui travaillent dans ce projet. Tous les autres qui ne sont pas de la localité le sont par recommandations de mes supérieures’’, jure-t-il. Poursuivant son explication, il a fait savoir qu’il a tout temps manifesté sa bonne volonté concernant le recrutement.

‘’Au début du lancement du projet, dit-il, j’ai signifié à mes supérieurs que les objectifs que vous m’avez assignés, je peux les atteindre avec la population locale’’, renseigne le Sergent Oumar Faye.

Mercredi après midi, l’ASC s’en est bien tirée avec Tatki, avec une victoire sur le fil du rasoir un but à zéro. But inscrit en première mi-temps. A la reprise, le match a failli être gâché par des décisions arbitrales jugées partiales par l’équipe visiteuse. La seconde mi-temps a été dans l’ensemble sans saveur avec beaucoup de crocs-en-jambe.

Papa Keita -