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Mai 1968 - mai 2008
Mardi 27/05/2008 | Posté par Ndeye Khady Lo
Quarante ans après, les acteurs dressent le bilan de ce mouvement particulier. C'était vendredi 15 mai à la librairie Clairafrique. Ndeye Khady y représentait le Dakar Bondy Blog. Regards Croisés
Abdoulaye Bathily Professeur d’histoire/Secrétaire général Ligue démocratique/ Soixante huitard. "L’histoire ne meurt jamais pour l’homme car tel qu’il est, l'homme est le résumé de l’histoire. Les évènements de 1968 ont joué un role important dans l’histoire du Sénégal. Un grand témoin de ces évènements m’en a apporté un témoignage frappant. Il s’agit du général Jean Alfred Diallo. N’eut été son sang froid, le pouvoir serait aux mains de l’armée car il était dans la rue.
Mai 1968 est venu pour rappeler au sénégalais que la décolonisation était inachevée. En effet plus de sept ans après l’indépendance, des secteurs clés du pouvoir étaient détenus par les français. Pour exemple, l’université de Dakar était une université française. Sur 3109 étudiants, 27% étaient français, 38% africains et seulement 32% sénégalais. C’était une université cosmopolite africaine où les idées panafricanistes se développaient facilement. Ce mouvement a également été une révolte spontanée partie de l’université mais dont l’aboutissement était assuré par les populations. Le contexte était marqué par toute une série de revendications dont la « sénégalisation » des entreprises et l’accès à l’import export. Ces revendications combinées aux complaintes des étudiants ont donné naissance à ce mouvement. Il est certes parti de l’université qui en était le quartier général, mais c’est le lycée de Rufisque qui a démarré la grève en avril ; les étudiants les ont rejoint en mai. On ne verra pas de sitôt un mouvement aussi varié dans sa composition : étudiants, syndicalistes, opérateurs économiques. Du 31 mai au 8 juin, le pouvoir était aux mains de la rue. Durant cette période, les ministres se terraient chez eux ou au building. Il n’ya jamais eu un mouvement pareil dans l’histoire postcoloniale du Sénégal. Il s’agissait d’une mobilisation populaire autour des revendications sociales, un mouvement fédérateur contrairement aux évènements de 1960, 1963, 1963, 1988. Compte tenu de son ampleur, des réformes politiques s’en sont suivies de manière graduelle car mai 68 a tenu en échec le parti unique d’alors qui était l’aboutissement de la fusion entre le PRA et l’UPS. Il y’avait une soif de démocratie qui a fait que les évènements de 1968 ont rappelé à Senghor que les sénégalais n’étaient pas prêt à enfiler une camisole de force. Toutefois, Mai 1968 a échoué car la non résolution de la crise actuelle de l’éducation est due aux réformes inachevées résultant de Mai 1968. Ce mouvement reste actuel du fait de son caractère spontané. En somme, c’était un mouvement pour la décolonisation.
Mactar Diack Vice président de l’union démocratique des étudiants du Sénégal en 1968
« J’était un acteur de ce mouvement spécial. » En mai 1968, nous étions 4 millions d’habitants, le PIB était de 195 000 000 de franc CFA. Sur le plan économique et social, il n’y avait pas crise. Sur le plan international, il y’a la guerre du Vietnam, Bob Dylan et les Rolling Stones font danser les jeunes du monde. Ce sont les campus américaines ( Yales, Michigan) qui s’embraseront les premiers en réaction contre la guerre du Vietnam.
Au Sénégal, le nombre des jeunes bacheliers avait triplé avec la suppression de la première partie du bac. J’ai rencontré avec Mbaye Diack, le ministre de l’éducation d’alors, Amadou Makhtar Mbow. Il avait pris un certain nombre de mesure allant dans le sens de donner des bourses étrangère à tous les fils d’ambassadeurs au moment où les sept cents nouveau bacheliers n’avaient que des demi bourses. Ces derniers vont constituer une force de revendication. Non content de dela, le gouvernement décide de diminuer de douze à dix les mois durant lesquelles la bourse est perçue. C’est ainsi qu’une grève éclate en février à Dakar bien avant les évènements en France (22 mars). Ce mouvement n’était pas une réaction à des difficultés économique, c’était plutôt du à un spleen ( angoisse, mal vivre). De nos jours, il faut que ceux qu’on a appelé les héros de mai 1968 soient modestes car il s’agissait d’un mouvement spontané enclenché depuis Bandoeng. Nous n’avons fait que prolonger un mouvement. De ce fait, nous ne sommes que des nains juchés sur des épaules de géants. Chers étudiants, nous ne vous invitons pas à vivre sous l’autorité du passé. Comprenez que vous avez reçu le relais que nous avions reçu de nos anciens."
Birahim BA Professeur à la retraite, soixante huitard
"Déjà en 1966, il y’avait les prémices de Mai 1968avec les mouvements des jeunesses tiers-mondistes, anti-impérialistes et panafricanistes. Le 26 février de cette année, au lendemain de la chute de Nkruma il y a eu une marche qui a été violemment réprimé. Kwamé Nkruma focalisait l’unité et l’espoir des jeunes africains .Ceci avait fait germer des idées de bases qui ont provoqué Mai 68. Au Sénégal le détonateur a été les revendications liées aux bourses. Senghor voyait en ce mouvement la seule opposition manifeste, visible et constante à son pouvoir. Je me rappelle que le jour où la cité universitaire a été envahie, il a demandé à ce que nous (les étudiants) écrivions un communiqué pour dire que nous n’étions pas contre son pouvoir. Nous lui avons opposé un refus catégorique. C’est la raison qui explique la brutale répression policière. Par ailleurs, le caractère révolutionnaire vient du fait que ce mouvement a été relayé par les populations et les élèves, parmi les assistants techniques français ont aidé le mouvement.L’UDES (union démocratique des étudiants du Sénégal).Le tract a joué un rôle important dans cette lutte."
Ibrahima Thioub Chef du département d'histoire de l'université Cheikh Anta Diop
« Mai 68, j’en garde un souvenir désagréable. J’étais en CM2 en 1968.Les maîtres nous frappait sans en avoir le droit, si je réussissais mon entrée en sixième, je disais au revoir à la chicotte.Des jeunes ont envahi notre école et nous ont demandé de quitter les bancs.
Comme jeune, j’ai rencontré des soixante-huitards qui m’ont initié à la clandestinité .J’ai essayé, en devenant étudiant au département d’histoire de déconstruire l’idée que j’en avais .Le pouvoir en place avait développé l’idée que les étudiants sénégalais singeaient les étudiants européens. Toutefois, à travers mes recherches, j’ai constaté que Dakar avait déclenché la grève avant Paris. Cette analyse m’a démontré, également, que le parti africain de l’indépendance (PAI) n’avait pas vraiment encadré le mouvement ; il avait juste formé les dirigeants. »
Ndeye Khady Lo


Par Amadou