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Mamadou Malick BAH : Un étudiant guinéen participe à distance au développement de son pays

Mardi 01/03/2011 | Posté par Gata Doré

Il est étudiant à la faculté des sciences économiques et de gestions (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar depuis 2002. Il prépare un Master II en Economie. Mais, en marge de ses études, il dispense des cours de "renforcement ou de rattrapage" aux étudiants de la Faseg. Pour ses compatriotes guinéens, c'est gratuit.

Marié et père d’une fille d’un an huit mois, Mamadou Malick BAH a rencontré la femme de sa vie dans le cercle de "cours de renforcement et rattrapage" qu’il dispense. Actuellement, BAH parvient à joindre les deux bouts et à soutenir sa femme qui étudie en Malaisie par le fruit de son travail de professeur de cours à domicile et de cours de révision. Il affirme que cette activité lui a tout donné.

Mamadou Malick fut élève au lycée "Amical Cabral de Fria" (ville minière de Guinée). Après son baccalauréat guinéen, il vient au Sénégal pour continuer ses études. « La première année a été très difficile pour moi. C’est en deuxième année que nous avions décidés, certains de mes compatriotes et moi, de mettre en place un groupe de révision et de séances de rattrapage pour les étudiants guinéens de la Faseg ». Avec la persévérance, la rigueur, son physique de Goliath et la sérénité dans ses cours de révision, BAH Mamadou Malick a fini par fasciner beaucoup d’étudiants de toutes nationalités confondues de la faculté des sciences économiques et de gestion. « De 2003 à 2004 les cours étaient gratuits. Mais avec la venue des autres nationalités (ivoirienne, sénégalaise, malienne, centrafricaine), mes étudiants m’ont même imposé d’organiser le cercle de révision en faisant payer une somme minimale (4000 F CFA) aux étudiants par mois. Et c’est avec cette somme que je me bats pour résister à la conjoncture ».

« C’est un excellent professeur et c’est grâce à lui si je suis admis en classe supérieure », atteste l’un de ses étudiants. Sur toutes les lèvres, on ne fait que magnifier son courage et son amour pour le travail. « M. BAH est un professeur qui pense d’abord à la réussite des étudiants qu’à l’argent. Même si nous avions rien n’a lui donné, il nous accepte en classe. Il y a certains de mes camarades qui lui doivent encore de l’argent », tel est le témoignage de Hawa (étudiante guinéenne de la Faseg).  

Ses cours sont gratuits pour ses compatriotes guinéens

En ce qui concerne les cours de renforcement et de rattrapage, les étudiants guinéens de la Faseg ne payent pas la mensualité. « Pour moi, c’est une manière de participer au développement de mon pays, car je suis soucieux de la condition de vie de mes compatriotes », atteste BAH Mamadou Malick avec assurance.

Malick comme ses intimes l’appelle, a une forme de Goliath et un sourire édenté qu'il ne cesse de présenter à son interlocuteur. 

Etant étudiant et professeur, il ne rencontre aucune difficulté dans le rapport qui le lie avec ses professeurs de la Faseg. Ces derniers le soutiennent par des encouragements et des félicitations. Mais, pour éviter tout quiproquo, l’étudiant/professeur a souhaité délocaliser ses cours à la faculté de Droit. « Je n’ai aucun problème avec les autorités de la faculté de Droit. Comme les salles de classes sont parfois ouvertes, je viens m’installer avec mes étudiants sans aucun obstacle ».

Le système éducatif guinéen et sénégalais sont très différents

Interpelé sur le niveau des étudiants guinéens du Sénégal, Mamadou Malick avoue clairement que le système éducatif guinéen ne tient pas la route par rapport à celui du Sénégal. « Les sénégalais ont un système éducatif très organisé et plus harmonieux. Mais  il faut reconnaître que les étudiants guinéens qui choisissent le Sénégal dans le cadre des études sont beaucoup plus courageux et intelligents dans le travail par rapport à certains de leur frère sénégalais ». Comme la majorité des guinéens de la Faseg, la première année est toujours une séance d’initiation. Donc, ils finissent chaque fois par redoubler la classe. Tel a été le cas de Mamadou Malick BAH. « En 2003, j’ai repris la première année. Mais je me suis dis que j’ai perdu le combat mais pas la guerre. Le problème n’est pas parce que nous ne sommes pas intelligents, c’est parce que dès notre première année, nous sommes exposés à une galère économique qui ne dit pas son nom ». A ce niveau, il hausse le ton avec un air de révolte. « On a du mal à s’inscrire et même si c’est fait, on se trouve des fois sans aucun sous pour manger. On se trouve pris dans une tenaille, il faut songer à l’inscription ou à la nourriture ».  

Son pays, la Guinée, vient de sortir tout fraichement d’une crise sociopolitique par l’élection d’un président démocratiquement élu. Premier du genre depuis 52 ans d’indépendance. Mamadou Malick BAH garde espoir comme tout jeune guinéen, mais il avoue que son espoir se corrode par les propos du professeur Alpha Condé qui ne reflète pas l’union du peuple guinéen. « Alpha Condé et son gouvernement se trompent largement de chemin. Ils prônent la tenue des audits et si on ne fait pas attention, on risque d’être sous le joug des règlements de compte ».

Dans son allocution d’investiture, le professeur Alpha Condé avait nettement souligné que la Guinée a maintenant besoin de ses ressources humaines de l’extérieur. BAH est un citoyen qui est aime son pays. A distance, il continue sans relâche à former les futurs économistes de son pays. Pour son retour au bercail, il avoue avec mine serrée que c’est la situation de sa femme qui le contraint à rester au Sénégal pour pouvoir assister économiquement et moralement cette dernière. « Mon souci le plus crucial est d’entrer au pays avec ma famille. Mais en partant aussi en Guinée, je ne pourrais pas soutenir ma femme et ma fille économiquement. Donc, je suis obligé de rester là à faire ces cours pour notre réussite. Je pense rentrer chez entre 2013 et 2014».

En tant qu’économiste de formation, Mamadou Malick martèle que seule la production peut garantir la stabilité et la puissance d’une monnaie. « Si le franc guinéen veut remonter la pente, nous devons miser sur la production nationale et nous avons des ressources minières en abondance ». A l’instar de la majorité des jeunes étudiants guinéens de l’étranger, Mamadou Malick n’a aucun soutien de son pays. En dépit de tout, il compte le servir avec loyauté.

Gata Doré -