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Mamadou Saliou Diallo : «Le bonheur est dans la terre!»

Mardi 17/11/2009 | Posté par Ousmane Diop

Pour lui, l’argent et le bonheur ne se trouvent pas à l’étranger, dans l’émigration. Il s’est mis au boulot depuis des années. Il est ainsi en train de construire, pierre après pierre, son petit campement touristique.

«Barça ou Barsakh !» (Barcelone ou l’au-delà). Cette devise n’est pas la bienvenue chez Mamadou Saliou. Alors que beaucoup de jeunes sont habités par le virus de l’émigration clandestine, cet homme, originaire de Salémata, n’a pas succombé à la tentation de l’Europe.

Il a préféré rester et travailler avec ses propres moyens sur sa terre natale, où il va vu le jour un certain 10 février 1974. Du haut de ses 35 ans, sa voix laisse apparaître son accent peulh, et les mots qu’il prononce tantôt en français, tantôt en wolof traduisent sa détermination. Pourtant, tout n’avait pas été bien rose, pour lui, quand il a dû arrêter ses études au CM2, à la demande de son grandpère qui voulait qu’il restât auprès du bétail, comme il était de coutume à l’époque chez les Peulhs. Marié et père de trois enfants, il est issu d’une famille dont le père fut le premier président du conseil rural de Salémata. Au fil du temps, il est devenu un opposant déterminé à la traversée de l’Atlantique, avec comme mission principale de décourager les jeunes de sa génération qui nourrissent le désir de partir vers d’autres horizons.

COMMERCE DE PAIN DE SINGE

Pour servir de modèle, Mamadou a compris qu’on se doit de donner le bon exemple. C’est ainsi qu’il a mis sur pied son propre campement touristique qui fonctionne depuis trois ans. Cependant, pour le construire, une décennie n’aura pas suffi à rassembler assez de moyens. Il a dû exercer pendant douze ans le métier de photographe. Mais même avec ce travail, il n’arrivait toujours pas à disposer de la somme nécessaire pour commencer les travaux. Comme le dit l’adage wolof, «quand on ne sait plus où l’on va, on retourne d’où l’on vient». C’est ainsi qu’en tant que fils de Peulh et habitué aux travaux champêtres, il est revenu vers l’agriculture. Pour lui, l’argent et le bonheur ne se trouvent pas à l’étranger, dans l’émigration. Il s’est mis au boulot depuis des années. Il est ainsi en train de construire, pierre après pierre, son petit campement touristique. Dans cette aventure, la forêt de Salémata lui a porté chance. Et c’est le début de son rêve qui était en train de se réaliser. C’est en vendant ses récoltes qu’il a pu mettre de côté une somme de 160 000 Fcfa. Il a pris le risque d’investir cet argent pour le dépenser dans le pain de singe qu’il est allé écouler à Dakar. Il en a tiré un bénéfice de 400 000 FCFA. Il a alors entrepris aussitôt les travaux de construction, mais n’a pas abandonné pour autant les champs car, même avec ne telle somme, il ne parvenait toujours pas à couvrir toutes ses dépenses. C’est grâce à la vente de ses récoltes qu’il parvenait à payer les maçons. Aujourd’hui, le bâtiment est achevé et comprend quatre chambres, plus un hangar pour stocker le matériel. C’est suffisant pour loger quelques clients pour une nuit. Mais il déplore le manque d’infrastructures qui fait que les touristes ne viennent pas régulièrement. C’est dans ce sens qu’il affirme avoir adressé pas moins de trois lettres au président de la République, Me Abdoulaye Wade, pour avoir une voiture avec laquelle transporter ses visiteurs, et une autre au Fonds national de promotion de la jeunesse. Mais aucune réponse ne lui est parvenue, depuis. Néanmoins, il n’a pas baissé les bras. Ainsi, il part régulièrement dans la forêt, à la recherche du bambou qu’il vend pour assurer le fonctionnement de son campement. Et à côté de ses activités, il est le correspondant de la radio communautaire de Kédougou à Salémata et travaille en même temps pour l’organisation World Vision. Il continue toujours à se référer à ce qui lui avait une fois dit une religieuse : «la terre ne contient que de l’argent. Travaillez-la et vous serez riche». Et pour remercier Dieu, il a baptisé son campement «Diam welly», qui signifie en langue pulaar qu’«il n’y a pas plus agréable que la paix».

Ousmane DIOP

Ousmane Diop -