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Maodo Sabadi, chauffeur : «priorité aux femmes en grossesse!»

Mercredi 23/12/2009 | Posté par Mamadou Alpha SANE

Il connaît tous les villages des environnants de Ninéfescha. Depuis 2 ans, il assure, du lundi au vendredi, le transport des patients, en majorité des femmes enceintes.

Les routes cahoteuses et poussiéreuses de Salémata, il les emprunte presque tous les jours, au volant de son Tata chargé du transport des patients vers l’hôpital de Ninéfescha. Ce, depuis que l’établissement sanitaire a reçu ce minibus en don, de la part de l’usine de montage de véhicules de Thiès. De teint clair, l’air timide, il s’attelle à la vérification de l’état du moteur avant son prochain départ pour un énième tour des villages.

Né dans la région de Kolda, en 1988, Maodo Sabadi a dû suivre ses parents à Salémata pour poursuivre ses études. Il n’a pu aller bien loin, cependant. «Mes parents étant devenus moins soucieux de mon avenir, ils m’ont conseillé d’aller apprendre un métier». Et c’est la mécanique, à Kédougou, pendant 4 ans. Le temps de savoir bien conduire et de pouvoir réparer quelques petites pannes, surtout en pleine brousse. C’est après avoir maîtrisé les secrets de la mécanique qu’il décide d’aller monnayer ses talents à Ninéfescha.

A peine a-t-il fini de mettre sur pied un atelier de fortune, avec peu de moyen, que l’hôpital bénéfice de ce minibus de 25 places offert par la société Senbus industries de Thiès. Déniché par un des membres du personnel de l’hôpital qui se faisait souvent dépanner par lui, Maodo est alors engagé pour assurer le transport des patients.

Son travail, il l’entame dès 9 h du matin, non loin de la gare routière de Kédougou. Chaque jour il fait le tour des villages, après vérification du moteur et de l’état de son auto. «C’est une exigence de la part du personnel médical de l’hôpital, vu l’état défectueux des routes dans la zone», fait-il remarquer. Pour éviter toute bousculade et assurer une place à tout le monde, le jeune chauffeur oblige les passagers à respecter la file, selon l’ordre d’arrivée. Il ne prend pas le risque de partir avec un surnombre à bord, même si beaucoup d’entre eux se plaignent souvent de cette attitude. Mais Maodo a ses raisons. «La plupart d’entre eux sont des femmes en état de grossesse, très avancé pour certaines. Et vu le nombre de kilomètres à parcourir et les secousses sur les routes, il est plus prudent d’aller à l’hôpital avec un nombre raisonnable».


Quelquefois, le minicar affiche complet dès les premiers kilomètres, ce qui fait que beaucoup de patients se voient obligés de se rendre au centre hospitalier à pied et sous le chaud soleil. Différentes localités sont traversées : Sili, Banda Fassi, Mboundou, Koli, Ibel, Carrière, Ndemkoy où les habitants se massent le long de la route en latérite et attendent avec l’espoir de trouver des places vides. Le coût du voyage en aller et retour revient à 2 000f FCFA pour chaque passager. Maodo se charge de les collecter par l’intermédiaire de son apprenti. À force de côtoyer les différentes ethnies vivant dans la zone, il a fini par maîtriser certaines langues locales très peu répandues au Sénégal, comme le bedik ou encore le bassari.

Pour le salaire, Maodo Sabadi affirme ne pas se plaindre. Il parvient à satisfaire ses besoins essentiels et ceux de ses parents. En outre, il se réjouit de percevoir sa paie dans des délais raisonnables. À 16 h, il quitte l’hôpital de Ninéfescha pour déposer les usagers. Parfois leur nombre est plus élevé. La priorité est accordée, pour les places assises, aux femmes enceintes. Son emploi du temps est assez chargé. Mais le jeune chauffeur trouve un peu de temps libre les week-ends pour aller voir ses parents à Salémata et ses amis à Kédougou, où il gare son véhicule vers 19h.

Mamadou Alpha SANE

Mamadou Alpha SANE -