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Mariage bedik : Léonard et Delphine construisent leur case

Vendredi 05/02/2010 | Posté par Diacounda SÈNE

C’est ce que veut la tradition : tout nouveau couple doit se construire son nid. Une case qui s’ajoutera à celles qui se dressent déjà dans le village.

Léonard et sa femme, Delphine, ont décidé, après un long séjour à Thiès, de revenir au pays pour retrouver les leurs. Pour cela il leur faut une nouvelle case. Chez les Bediks, la tradition l’exige. Tout est réuni pour sa construction : la paille, le banco et la bouse de vache. Ce matin, tout le monde s’y est mis, là dans le village de Ninéfescha, de l’autre côté de la route et en face de l’hôpital du même nom. C’est la solidarité qui caractérise ce peuple qui demeure encore loin de la modernité.

Des perles attachées un peu partout sur le corps, du piercing autour des oreilles et au nez, les femmes s’occupent de la cuisine et de l’enduit de la case. Des bassines remplies de bouse de vache et d’autres contenant de l’eau gluante, en raison des écorces qui y ont macéré, sont disposées devant ce qui sera la nouvelle demeure du jeune couple Camara. «L’enduit, c’est le travail des femmes», confie Hélène, une amie de la mariée. L’odeur assez désagréable qui se dégage de ce mélange boueux ne semble pas déranger ces femmes qui gardent constamment le sourire aux lèvres. «C’est, peut-être, dangereux pour la santé, mais chez nous, c’est ce que veut la tradition : tout nouveau couple doit se construire son nid. Une case qui s’ajoutera à celles qui se dressent déjà dans le village. Celui-ci s’agrandira ainsi, d’autant que la main d’oeuvre et les matériaux sont gratuits. Nous n’avons pas les moyens de construire "en dur", ni d’acheter de la peinture», soutient Hélène. De l’autre côté, Delphine, aidée par quelques femmes, s’affaire à la préparation du repas du jour.

Pendant ce temps, les hommes engagés par Léonard pour la confection de la toiture finissent d’attacher la paille sur les tiges et les lattes de bambou. Pour construire, ce n’est pas la peine d’aller chercher le matériel très loin. Tout se trouve dans la brousse ou sur place. Et la main- d’oeuvre est gratuite. «Il suffit juste d’acheter deux bidons de vin pour les hommes, et le travail est vite fait», dit Mamadou boulanger de profession, venu prêter main forte. Mais pour que les choses aillent plus vite, à cause de la pluie qui peut tomber d’un moment à l’autre, Léonard a, pour l’occasion, fait un geste exceptionnel. «J’ai déboursé 15 000 FCFA pour payer les ouvriers», révèle-t-il. Ces petites cases rondes composées d’une seule pièce peuvent tenir pendant dix ans, et l’enduit pendant un an. Dans ce village peuplé en majorité de Bediks, et où la pauvreté est visible, Léonard ne se plaint pas. En plus de ses travaux champêtres, il est engagé comme aide chirurgien à l’hôpital de Ninéfescha. Marié, selon la coutume, à l’âge de dix ans avec Delphine qui alors n’en avait que quatre, il est aujourd’hui père d’un garçon et d’une fillette. Très attaché à sa , il ne veut point déroger à cette règle observée par son peuple. «J’avais construit deux cases, auparavant, mais pour ma femme il m’en faut une nouvelle comme le veut la tradition».
 

Diacounda SÈNE -