RUBRIQUE :
Marie - Yvonne Magnan : première fiancée de l’air
Mardi 02/08/2011 | Posté par Mamadou Sane
Connue pour son humilité et son effacement, Marie - Yvonne Magnan a cependant un titre unique : première femme pilote de ligne du Sénégal. En même temps elle réalise par là le rêve de son père : devenir pilote. Dans les airs depuis 1976, elle a récemment reçu un trophée de reconnaissance, (« Ailes d’or ») pour ses 9500 heures de vol.
Elle fait partie dans la catégorie des rares pionnières, dans l'aviation Sénégalaise, à l'instar de l'américaine Amelia Earhart, première femme à traverser les Etats-Unis en solitaire (en 1928) et la Russe Lyubov Golanchikova, détentrice d'un record d'altitude en 1912. Marie -Yvonne Magnan, de taille et de corpulence moyenne, figure de proue dans un milieu réputé « de macho », fascine par son expérience professionnelle dans différentes sous régions du continent ainsi que l’Europe. En réalisant le vœu de son père et d’imiter l’oiseau, cette native de Dakar incarne à la fois l'émancipation féminine et l'affranchissement de certains dogmes sociaux comme l'impossibilité pour une femme de briller hors des fourneaux.
Etant commandant de bord sur les avions à Hélices Turbo Propulseurs : le jetstream 32 et le King air 200, elle brave avec des nerfs d’acier, la météorologie sous toutes ses facettes (les turbulences…), atterrissant sur toutes les pistes de brousse et internationales conventionnelles, gérant le carburant selon les itinéraires. Durant le vol, le travail se fait à deux. Dans le cockpit (cabine de pilotage), en harmonie avec son copilote, ils gèrent tous les paramètres de sûreté et de bon fonctionnement de l’appareil, tout en étant en contact avec les services de contrôle de la navigation aérienne des territoires survolés. « Si on aime un métier, tout est facile à réaliser et à concrétiser selon le budget que l’on a », explique-t-elle, d’un ton enjoué. Parmi les milliers de passagers transportés figurent différents VIP du pays et d’autres nationalités.
Le trophée « Aile d’or » reçu lors de la soirée organisée par l’association sénégalaise des amis de l’aviation et de l’espace le 11 juin dernier, est une preuve de reconnaissance pour son long et difficile parcours effectué dans les airs. « C’était une très agréable surprise. Je remercie ces personnes de m’avoir choisie et je pense que j’ai fait de mon mieux pour représenter mon pays dans ce métier et j’espère qu’il y aura d’autres femmes qui se bagarreront pour devenir pilote ». C’est à la fin de l’année 1975 qu’elle a effectué son premier vol et tenu le manche de l’appareil. Un moment inoubliable qui lui a donnée la sensation d’être libre. « Le vol fut intense et de courte durée », se souvient-t-elle. Après avoir fait ses études d’aviation au Sénégal, elle part décrocher une licence commerciale et I.F.R (vol aux instruments ) dans les années 1979-80, pour ensuite terminer sa qualification de pilote de ligne A.T.P , aux Etats-Unis en 1991.
«Marie -Yvonne est une femme très trempée »
Pour Mayoro Racine, ingénieur aéronautique et spatial, et spécialiste du management des grands projets, «Marie - Yvonne est une femme très effacée. Mais ses principaux caractères sont son humilité et son professionnalisme dans le métier. C’est une femme que j’estime beaucoup de par son sérieux ». Marie -Yvonne a été aussi instructrice de plusieurs personnes à l’aéroclub Iba Guèye. « C’est par l’intermédiaire de mon frère qui fréquentait ce club que je l’ai connue. Nous avons sympathisé et depuis lors nous fondons une famille. C’est une femme très trempée et honnête », se rappelle Koualy Kane, assistante et amie Marie-Yvonne depuis les années 80. Au fil des années, Marie-Yvonne, loin de penser à « redescendre sur terre », a toujours songé à poursuivre son parcours et finir sur du réacteur. « C’est vrai que le rêve au début c’était de faire de l’hélicoptère ou de l’épandage mais mon désir aujourd’hui est de terminer sur du réacteur, car le parcours est jusque-là très agréable».
A la compagnie aérienne « Sénégal Air » à Mermoz où elle est de service depuis trois ans, ses collègues saluent son sens du professionnalisme dans toutes ses tâches. « Par souci de bien faire son travail, elle se pointe à 6 heures du matin pour contrôler tout dans les moindre détails pour un vol prévu à 8 heures », fait remarquer Ousmane Niang, conseiller technique à la direction de la compagnie. Marie-Yvonne est une pilote toujours en alerte et disponible pour partir en vol. « L’aviation a plusieurs secteurs : le transport qui est la ligne long courrier et moyen courrier, le charter, long et moyen, et l’exécutif : les vols à la demande, les évacuations sanitaires, le travail aérien… », Elle réfléchit et poursuit : « dans l’aviation d’affaires, il est très difficile de concilier une vie famille stable et une vie professionnelle de pilote ». En définitive, elle dispose de peu de temps libre par les exigences de la profession. « La règlementation nous impose tous les six mois une remise à niveau physique et intellectuel ». En dehors des vols réguliers, elle prend les airs sur les vols à la demande ou pour les évacuations sanitaires. « L’avantage que j’ai sur beaucoup de personnes est de découvrir les pays où j’atterris ».
Commenter l'article


Réactions des internautes
Samedi 10 Décembre 2011, 11:17
Signaler un abus
9500 heures ? Chapeau !
Oui, Maryvonne est un pilote "à part" dans le monde restreint des pilotes sénégalais.Je la revoie arrivant à l'Aéro-Club Iba Guèye au guidon de sa BMW.
Je la revoie "Captain" sur le Twin-Otter d'Air Sénégal à son arrivée Ziguinchor.
Sacrée nana, sacré pilote.
La récompense qui lui a été attribuée, elle l'a bien méritée. Félicitations.
Marc Grujon - Titulaire du Brevet de Pilote Privé sénégalais N°12 – Août 1965
Répondre -