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Marut décode le langage des armes
Samedi 16/10/2010 | Posté par Papa Keita
Fruit de longues recherches, l’ouvrage du géographe, Jean Claude Marut «Le conflit de Casamance : le langage des armes» se veut une approche analytique de la guerre qui sévit dans la partie Sud du Sénégal, il y a deux décennies de cela. L’auteur à travers ce livre dit vouloir armer le lecteur à mieux cerner le conflit, ses acteurs clefs ainsi que les tenants et les aboutissants.
Les populations du Sud du pays ont toujours eu le sentiment d’être délaissées, abandonnées à elles. A travers ce désengagement progressif de l’autorité centrale, des fils du terroir ont pris leur destin en main pour valoriser la région. Et puis, d’ailleurs nous le savons tous : la nature a horreur du vide. «C’est cette sous représentation politique dans la région casamançaise qui a accentué le conflit», révèle l’auteur. Autrement dit, quand le vide politique s’installe, le repli identitaire devient l’arme des désœuvrés.
C’est ainsi que ce vide politique a profité à des «entrepreneurs politiques», comme les appelle Marut, pour porter la revendication au niveau national. Donc on est passé d’un conflit au relent purement social à un conflit armé. Exacerbé surtout par la réaction du pouvoir politique, qui n’a pas du tout toléré la naissance d’un mouvement séparatiste sur son sol.
Dès lors que le conflit a éclaté, les pays limitrophes du Sénégal qui ont des intérêts divergents soufflent sur les braises et choisissent leur camp. La Gambie qui se sentait étouffée, soutient tacitement la rébellion. Idem pour la Guinée-Bissau qui active ses réseaux dans le maquis pour contrôler le pétrole off-shore. L’Etat aussi, de son côté, a cherché à recruter au sein de la mouvance les maillons les plus faibles pour les détourner de leurs orientations premières.
Autre chapitre abordé par le géographe chercheur, c’est l’évolution du mouvement irrédentiste à ses débuts jusqu'à nos jours. Jean Claude Marut en est arrivé à la conclusion que le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) a perdu la guerre. Pourquoi ? Parce que c’est une rébellion pauvre à l’image de la population qu’elle est censée représenter. Mais aussi, il a dans ses rangs des combattants «démunis» et «corruptibles».
Conséquence, on a noté une foule de factions au sein d’une même entité. Une chose qui n’a pas rendu la tâche facile à l’Etat durant les négociations. Car à chaque fois qu’il signe un accord de paix avec une faction, une rivale sort du bois pour le contester.
Même si le Mfdc a perdu la guerre, l’Etat de son côté n’a pas réussi à instaurer la paix. Il règne en Casamance selon Marut, une situation de «ni paix, ni guerre». «L’Etat du Sénégal n’a pas gagné la guerre, il n’a pas non plus instauré la paix», analyse-t-il. En plus de cette incapacité à trouver la solution à ce conflit, l’autorité peine à trouver le bon interlocuteur. «L’Etat constate Marut a toujours négocié avec des gens qui ne se battaient plus pour la cause indépendantiste. C’est la raison pour laquelle, on assiste à des accords de paix sans lendemain»
Ce que l’auteur trouve incompréhensible et qu’il détaille dans son livre, c’est que les deux protagonistes, à savoir l’Etat et les séparatistes, n’ont jamais pris le soin de demander aux Casamançais ce qu’ils pensent du conflit et de son orientation. On a comme l’impression que les deux parties semblent évoluer en vase clos.
Géographe de formation, Jean-Claude Marut Marut est chercheur associé au Centre d’Etudes d’Afrique Noire (Cean), Cnrs-Iep de Bordeaux. Il a notamment participé au programme de recherche du CEAN sur les conflits armés en Afrique subsaharienne. L’ouvrage qu’il vient de consacrer à la Casamance a été publié à Paris, aux éditions Khartala.
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Par Anonyme