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Mines, tourisme et prostitution : la face terne de la médaille

Vendredi 06/11/2009 | Posté par Diacounda Séne

On sait bien qu’ils vont toujours ensemble, même si ce n’est pas évident. Là où il y a l’or, où le tourisme se développe, arrivent les cohortes de prostituées...

Loin des regards indiscrets, dans un coin du bar de la discothèque «Black and White», une jeune fille, la vingtaine à peine, sirote tranquillement une boisson en compagnie d’un vieux touriste. Des scènes pareilles, il n’est pas rare d’en voir à Kédougou. On ne peut plus  parler de la nouvelle région administrative, en oubliant l’important nombre de prostituées ou de leur nouvelle appellation, «les travailleuses du sexe».

C’est dans les zones de Kédougou ville, Sabodala, Ninéfescha et Saraya qu’elles sont plus nombreuses. En plus des clandestines, dont le nombre n’a pas été jusqu’ici estimé, 31 femmes travaillant légalement sont enregistrées au district sanitaire de Kédougou. «Elles sont, pour la plupart des mères de famille, veuves ou divorcées. Certaines aussi sont toujours dans leur ménage», nous dit Mme Aissatou Diop, coordonnatrice de la santé de la reproduction. Selon elle, il faut remplir un certain nombre de conditions pour pouvoir disposer d’un carnet de santé et être une travailleuse du sexe légale. En plus d’un âge moyen de 21 ans, et de s’inscrire volontairement, il faut donner les pièces et les renseignements nécessaires au dossier social. Les visites sanitaires doivent se faire au moins une fois par mois, et un test au VIH, tous les six mois.

Uu Taux de prévalence estimé à 7%

En deux ans, le nombre de ces personnes a grimpé, passant de 5 «légales», en 2007, à 31 en 2009, entraînant, du coup, une augmentation du taux de prévalence du sida. Rien que dans le département de Sabodala, ce taux de est de 7 %, le double de celui de la région qui tourne autour de 3 %. Au Centre d’orientation et de prise en charge des travailleuses du sexe, l’important n’est pas de savoir ce qui a poussé une telle ou une telle à s’adonner à la prostitution, mais comment l'aider à survivre en lui prodigant des conseils à travers des causeries. Cependant, certaines éprouvent souvent le besoin de se soulager en se confiant à des assistantes sociales. C’est le cas de cette dame âgée de 35ans et qui a préféré parler sous le couvert de l’anonymat. «Je suis dans le métier depuis 2003. J’avais quitté Dakar pour aller faire du commerce au Mali. Là-bas, on m’avait volé tout mon argent et mon fils aussi. C’est ainsi que tout a commencé», raconte-t-elle, avant de fondre en larmes. Des femmes comme elle, qui quittent d’autres localités prétextant venir travailler, constituent la majeure partie des travailleuses du sexe à Kédougou. «La réputation de notre localité est ternie par ces femmes, alors qu’elles ne sont même pas des nôtres», lance le vieux BaÏla Bâ, révolté par ce phénomène. Il ajoute que «non seulement nous ne voyons pas l’or dont on parle, mais nos valeurs et nos moeurs sont bafoués et nos filles perverties par ces touristes». Si certains se plaignent de l’influence du tourisme, d’autres y trouvent leur compte. Par exemple, les gérants d’auberges et de campements touristiques. Trop pris par la réception et le service des clients, celui du campement «Le Bedik» n’a même pas le temps de répondre à nos questions. Mais la réserve de certains gérants ne freine pas le constat qui s’impose: la nature a doté ces campements de paysages reposants et féeriques. Le tourisme profite aussi aux travailleuses du sexe qui, pour la plupart, parviennent à construire des maisons et à soutenir leurs familles, même si ces dernières ne savent pas d’où vient réellement cet argent.


Diacounda Séne

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