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Mon coiffeur vend aussi du charbon !
Mercredi 13/05/2009 | Posté par Mamadou Sane
Avec la crise financière qui sévit actuellement, les sénégalais cherchent des moyens pour arriver à s’en sortir. Mamadou Sané a rencontré Aziz, un coiffeur qui se voit aujourd’hui obligé d’exercer en plus le métier de vendeur de charbon. L’arrivée de sa jeune épouse en provenance de son village natal l'a obligé à dégager des revenus supplémentaires
« Jamais je n'aurais pensé exercer un jour le métier de vendeur de charbon de bois ! Je m’en sortais toujours avec mon salon de coiffure. Mais ce n’est plus tout à fait le cas depuis quelque temps ». Voilà les raisons qu’avance Aziz pour expliquer sa nouvelle activité dans le commerce du charbon de bois. Ce jeune homme de 29 ans, teint clair, pas très grand, au favori bien fait, tirait l’essentiel de ses revenus des coupes de coiffure qu’il faisait aux jeunes de Diamaguène, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Dakar. C’est en 1999 qu'Aziz a débarqué au Sénégal, en provenance de la Guinée, dans l’espoir de bien gagner sa vie. Comme tout aventurier débarquant pour la première fois dans une ville, il a du passer la nuit chez des parents en attendant de pouvoir se payer sa propre chambre. Ce qu'il ne tardera pas à être en mesure de faire après avoir découvert les secrets de la coiffure.
Devenu autonome, il ouvre son propre atelier au marché. Ses talents de coiffeur ne vont pas tarder à attirer une clientèle de plus en plus nombreuse dans son petit salon dont le toit fait de zinc dégage une chaleur abondante à la mi-journée. En 2002, 2003, les dimanches, le salon était toujours bondé. Aziz s’en rappelle encore : « Il arrivait que je sois tellement débordé que je prenais mon déjeuner vers 16h voire même 17h, faute de temps pour aller manger au restaurant. Me reposer, je n’y pensais même pas, à plus forte raison fermer mon atelier pour me rendre quelque part ». C’est pour pouvoir souffler de temps en temps qu’il s’est cherché un garçon pour le suppléer dans ses services. Les veilles de fête comme la Tabaski ou la Korité, ils passaient toute la nuit à bosser jusqu’au petit matin, faisant des recettes considérables.
Mais la donne a changé depuis quelques temps. Le salon a commencé à se vider petit à petit de ses habituels occupants, surtout les dimanches. Quant à ceux qui décident de se faire beau, c’est après de longs marchandages sur les prix. Les tarifs mentionnés à l’entrée ne valent plus rien. Aziz jugea alors inutile de garder son employé qui commençait à lui faire perdre de l’argent. Le « réajustement structurel » s'est donc imposé. Première mesure, il se trouve une nouvelle loge moins chère à 12 000 Francs Cfa (18 euros) contre 15 000 Francs Cfa (23 euros) précédemment. En plus de cela, le coiffeur doit partager le local avec un cousin afin de diviser le loyer par deux (6 000 Francs Cfa). Pour Aziz, c'est le temps de la rigueur : fini les sorties en discothèque le week-end avec sa petite amie.
Tout allait mieux jusqu’au jour où son père, resté en Guinée, l’appelle pour lui annoncer qu’on lui a trouvée une épouse (une promise depuis sa tendre enfance) âgée de 18 ans. Il se trouve de nouveau une chambre individuelle et l’équipe en mobilier pour la venue de madame. Un investissement de 225 000 Francs Cfa (343 euros). Sans compter la garde-robe de la nouvelle mariée qu’il ne fallait non plus négliger. Sa dépense quotidienne augmente (entre 1 500 et 2 000 Francs Cfa, selon ses recettes journalières) et Aziz cherche alors une alternative pour combler son manque à gagner dans la coiffure. C’est ainsi qu’il a jugé nécessaire de trouver une autre occupation. La vente au détail du charbon de bois lui semble être alors la bonne solution pour faire face à la vie chère. « Je peux me permettre de rester toute la journée le ventre vide mais avec ma femme, il me fallait trouver un moyen de la nourrir quotidiennement. Le charbon marche bien avec le hausse du prix du gaz butane ». Les sachets s’échangent entre 100 Francs Cfa (15 centimes d'euros) et 175 Francs Cfa (27 centimes d'euros). Même si parfois il les cède à crédit.
Chaque fin de semaine, il se paye un nouveau sac de charbon et il avoue même des fois qu’il en oublie son salon de coiffure tant son petit commerce est florissant. Mais Aziz espère sérieusement que la situation redeviendra meilleure pour lui. D’une part, il n’aime pas beaucoup se noircir avec le charbon. D’autre part, il est fatigué de faire la navette entre son salon de coiffure et le petit parc au dehors d’où l’interpellent souvent des dames désirant préparer le repas, repasser des habits au feu de charbon de bois ou préparer les très traditionnels « trois normaux » (thé).
Mamadou Alpha Sané
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Par MG