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Mon regard sur "Terre d'Ebène" d'Albert Londres

Lundi 05/05/2008 | Posté par Aida Dia

Le prix Albert Londres sera décerné le 10 mai à Dakar. Tout au long de la semaine, le Dakar Bondy Blog fera vivre la mémoire de cette grande figure du journalisme à travers des récits, des témoignages et par la couverture des manifestations liées à cet événement unique en Afrique. Aida a lu Terre d'ébène, elle a décidé de livrer ses premières impressions

Il était une fois Albert Londres, un reporter, non plutôt un écrivain. Ou peut-être les deux. Il a voyagé et nous a surtout fait voyager. De Dakar à Brazzaville en passant par Bamako ou Tombouctou. Dans son ouvrage "Terre d’Ebène", il nous transporte en Afrique coloniale. Je me retrouvais soudain 79 ans en arrière, dans un autre monde.

J'avais l'impression, au fur et à mesure de la lecture, de vivre dans cet univers africain colonial. Et je riais jusqu’aux larmes  sur ce  passage de salutation à l’africaine :  "Ton poulet va bien ?" et le nègre qui répondait "Oui y va bien". Ensuite, "Ton chienne va bien ?", "Oui y va bien". En encore, "Ton femme va bien ?", "Oui y  va bien ". Et ainsi de suite. 
 

Objection Monsieur Londres ! Je n'ai pas aimé votre façon de croire qu’en Afrique, les femmes n'étaient pas considérées. Vous êtes parti d'un cas particulier pour généraliser. Si dans certains pays africains, la femme ne valait pas plus qu’une vache, pour reprendre vos termes, il n'en allait pas de même dans d’autres contrées alentours où la femme jouait un rôle capital, et notamment à Saint-Louis, au début de la présence française, où les femmes, les fameuses signares, avaient été élevées au rang de caste puissante.

Aujourd'hui encore, je conteste ce discours des féministes sénégalaises qui importent à la va vite  des concepts occidentaux comme l'émancipation ou la parité. La femme sénégalaise a toujours eu son mot à dire. En wolof "may ma sama bat" est une expression ancestrale qui veut dire "puisque je n'arrive plus à avoir cette voix qui me permet de te rappeler à l’ordre, je te prie, cher mari, de me la redonner en m’accordant le divorce". Voilà le concept original tel que me l’a raconté ma grand-mère née en 1910. Aujourd'hui, l'utilisation à tort et à travers de cette formule la vide de son sens.
 

Je me suis sentie frustrée en lisant ce livre même si j’ai tenté de comprendre les raisons qui poussaient Albert Londres à décrire la société africaine sous cet angle. Sans doute voulait-il nous arracher un éclat de rire. Forcer le trait pour rendre plus efficace sa diatribe contre les abus dans les colonies. Monsieur Londres, nos grands-parents nègres n’étaient pas si bêtes, tout de même ! Comment un nègre a-t-il pu faire trois kilomètres de marche juste pour dire au commandant : " Ti m’avais demandé d’aller voir Samba pour qu’il me donne 30 centimes, je lui ai demandé, il me l’a donné ». Quand même !
 

Enfin, parlons de  civilisation. C’est quoi la civilisation ? Le fait de s’habiller, de se comporter, de parler comme un blanc ? Franchement, je suis nostalgique de ce temps ou le nègre ne connaissait pas la monnaie. Il ne travaillait que pour se nourrir et partager avec ses semblables. Aujourd’hui, les rapports sont déterminés par l’argent. On ne jure plus que par lui.
 

Albert Londres avait un parti pris implicite. Il nous a tourné, nous, nègres, en dérision, pour mieux dénoncer un système colonial souvent inhumain. La fin justifie les moyens. Mais pourquoi n’en a t-il pas fait autant avec ses frères blancs qui devaient aussi avoir leur dose de ridicule ?

Aida Dia

Aida Dia -

Réactions des internautes

C
Lundi 5 Mai 2008, 18:42
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DIABLE NOUS N'AVONS PAS LU LE MEME LIVRE
C'est bizarre j'ai lu ce livre il y a quelques années et je ne me souviens pas qu'Albert Londres ait été si méprisant que semble le dire l'auteur de cet article.

Si ma mémoire ne défaille pas, il me semble qu'il critiquait très fortement dans ce livre les colons et l'administration coloniale. Il dénonçait notamment le nombre ahurissant d'hommes tués pour construire un chemin de fer et protestait vivement contre les mauvais traitements qui touchaient les Africains.

Albert Londres c'est la dénonciation des conditions de vie dans les bagnes, les asiles de fou et les colonies. C'est aussi une certaine éthique « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Il y a de forts soupçons qu'il ait été assassiné en 1932 juste avant de dénoncer un scandale concernant un traffic d'armes et de drogues.

Il a aussi écrit un très beau livre sur la ville de Marseille "Marseille, porte du sud (1927)", coll. « Motifs », Le serpent à plumes, 1999.

Il faut évidemment remettre les textes d'Albert Londres dans leur contexte. Aujourd'hui il est plus facile de parler de tout cela, à l'époque c'était moins évident. L'information circulait plus difficilement, internet et le BondyBlog Dakar n'existait pas, la TV et les voyages généralisés en avion non plus. Le monde était différent, plus vaste en quelque sorte. Aujourd'hui nous vivons dans un petit village, et ça c'est nouveau.

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Nancy Onanga
Mardi 6 Mai 2008, 09:36
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je comprends ton émotion
je comprends que certains propos dans ce livre choquent. surtout quand il fait passer le nègre pour un idiot. mais moi, je regarde plus le contexte. Chacun à sa manière de contester. Et c'est par le rire, l'ironie que je crois que l'auteur a tenté de dépeindre une situation catastrophique. A certains moment, je crois que l'auteur était "dépassé" par la situation et au fond, il attendait une réponse de ces noirs qui semblaient tout accepter. Mais quelque soit le style, tant que le but final était de dénoncer, de "toucher la plaie" je garde plutôt de lui, l'image d'un défenseur de la cause humaine.

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Anonyme
Jeudi 22 Mai 2008, 21:28
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Re: je comprends ton émotion
? j'en ai plutot entendu parler comme d'un jeune aventurier qui croyait trouver monts et merveilles et est revenu assez fatigué et déçu.

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