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NDEYE COUMBA LO, TRANSFORMATRICE DE LAIT : Initiatives et abnégation, deux mamelles d’un rêve.

Vendredi 23/10/2009 | Posté par Diacounda SENE

Elle n’est pas comme la Perrette de la fable de La Fontaine. Elle ne se laisse pas distraire par ses propres pensées. Elle s’est tracé un chemin et est déterminée à aller jusqu’au bout : créer une laiterie moderne

«Il n’y a pas de sot métier». Cet adage, Ndèye Coumba Lô l’a en mémoire. De teint noir, la taille moyenne, une dentition impeccable, cette native de Kaolack s’active depuis un an et demi dans la transformation laitière. Elle est à la tête de huit femmes regroupées au sein d’une association dénommée Groupement pour la promotion féminine «Mussolia».

Cette brave dame nous raconte comment la structure a été mise en place : «Je discutais un jour avec une amie, et nous avons pensé monter quelque chose ensemble pour pouvoir nous occuper et gagner un peu d’argent. C’est de là qu’est parti le GPF.» Leurs activités se résument à la transformation du lait et à la fabrication de produits dérivés, tels que le thiakry et le lakh. Pour la plupart, c’est du lait de vache qui est transformé, pasteurisé et mis en sachets. Mais il n’est pas toujours disponible. Cela explique l’utilisation souvent du lait en poudre. «C’est pendant l’hivernage que nous travaillons plus avec le lait de vache. Mais en saison sèche, il devient rare et, là, nous nous rabattons sur celui en poudre pour ne pas arrêter notre production», précise-t-elle. Mariée et mère d’une fillette d’un an, elle a déposé ses valises sur la «Terre des hommes» depuis 2006. En épouse dévouée, elle a suivi son mari affecté à la Sodefitex de Kédougou comme agent comptable. Installée en face de la Nationale 1, juste à l’entrée de la ville, elle fait aussi de la restauration. Entourée d’une palissade en banco peinte en rose, on peut reconnaître
de loin la petite maison qui lui sert de local par le grand tableau sur lequel on peut lire le non de son
groupement. Depuis un an, Ndèye Coumba, qui écoule sa production sur place, ne se plaint pas trop. «Avant, nous avions une bicyclette qui livrait le lait aux boutiquiers. Mais elle est en panne. C’est pourquoi, nous vendons à domicile».

UNE INDEPENDANCE FINANCIÈRE

Âgée de 26 ans, Sokhna Coumba, comme l’appellent ses proches, n’aime pas la dépendance financière à l’excès. «J’ai embrassé ce métier pour gagner ma vie, pouvoir régler certains de mes problèmes sans demander à mon mari. C’est aussi pour soutenir mes parents», confie-t-elle. Tous les trois jours, elle fait fermenter cinq seaux de dix-huit litres chacun. Elle est aidée dans son travail par sa petite soeur et par l’une des huit femmes de l’association, les autres s’activant dans d’autres domaines. Il a fallu du temps et des moyens à cette dame pour réaliser son rêve. «Au début, chacune de nous avait demandé l’aide de son mari, mais ça ne suffisait pas. Nous avons fait un prêt d’un million FCFA au Crédit mutuel du Sénégal», révèle-telle. Bien qu’étant jeune, Ndèye Coumba a le sens des responsabilités. Depuis la création de la structure, elle dirige des femmes plus âgées qu’elle, mais jusque-là il n’y a jamais eu de problème. Cela peut s’expliquer par l’éducation religieuse qu’elle a très tôt reçue. Portant le voile, elle n’en demeure pas moins une femme très cultivée et très intelligente, malgré son court cursus scolaire. «Elle n’a pas fait de longues études, mais c’est elle qui gère l’argent, se charge de rembourser le prêt et de partager le reste du bénéfice, sans erreur», affirme l’une de ses associées. Le métier de transformatrice, Ndèye Coumba ne l’a pas appris sur le tas. Elle a suivi une session de formation de deux mois à Kolda. En ce qui concerne les normes d’hygiène, elles sont respectées dans les moindres détails. «Nous remplissons tous les critères pour gérer une entreprise alimentaire, et nous travaillons en collaboration avec le service d’hygiène», fait-t-elle savoir. Ce qui pourrait constituer un problème dans son travail, c’est la cherté des produits qu’elle utilise, principalement les sachets. «Ceux que nous utilisons coûtent très cher. Les 35 000 nous revient à 700 000 FCFA», lance-t-elle. Aînée d’une famille polygame de trois enfants, dont deux filles et un garçon, Ndeye coumba s’est toujours battue pour son indépendance. Elle a, pendant longtemps, fait du commerce, avant de se marier à 21 ans. Elle quitte chaque matin sa maison pour n’y retourner qu’à minuit. Elle n’a qu’un seul rêve, pour le moment : créer une grande entreprise de transformation laitière avec tout ce que cela comporte. C’est la raison pour laquelle une partie des bénéfices, après versement à la banque de la somme mensuelle à rembourser, est mise de côté pour la réalisation de ce projet. Jusque-là, aucun soutien de la part des autorités ne leur est parvenu. Il n’empêche, elle continue à se battre pour s’en sortir et appelle toutes les femmes à la mobilisation et au travail.

Diacounda SENE

Diacounda SENE -