RUBRIQUE :
Ouattara dit ses vérités.
Lundi 16/05/2011 | Posté par Papa Keita
Réconciliation nationale, avenir de Guillaume Soro, refonte de l’armée ivoirienne, mort d’Ibrahima Coulibaly… le chef de l’Etat ivoirien n’a pas fait dans la langue de bois. Au terme de sa visite à Dakar, il a fait face à la presse pour livrer sa vision de la Côte-d’Ivoire d’après crise.
Dans l’histoire tumultueuse de la Côte-d’Ivoire au cours de ces dix dernières années, Alassane Dramane Ouattara n’a pas connu que des jours heureux. Privé de la Présidentielle de 2000 à cause d’une nationalité suspectée, trempé dans la polémique autour du concept « d’Ivoirité », victime d’une tentative d’assassinat au lendemain de la rébellion de 2002, à laquelle il a échappé de justesse, l’homme se voit aujourd’hui récompensé par les urnes. Ce qui constitue une sorte de revanche sur l’histoire. Mais en jetant un regard sur le rétroviseur de son parcours politique après toutes ces péripéties, Alassane Ouattara dit préférer ne garder que les bons souvenirs.
« Je ne suis pas un revanchard »
« Je ne suis pas homme du genre à chercher à me venger », indique le chef d’Etat ivoirien, comme pour couper court à ceux qui l’accusent de vouloir couper des têtes. Reprenant une phrase du défunt Président Boigny, il indique lyrique : « mon cœur est rempli d’amour, mais pas de haine ». Selon le chef de file du Rdr, la vie d’un homme politique est faite de soubresauts qu’il ne maîtrise pas souvent. On peut se retrouver parfois humilié et révolté, dit-il, mais cela ne doit pas être une excuse de principe pour une quelconque revanche.
« Je suis le Président de tous les Ivoiriens. Les bons comme les mauvais. La réconciliation ne sera pas facile, mais je pense que nous pouvons y arriver », optimise-t-il, assis à côté de Wade. D’ailleurs, pour panser les plaies de ce pays déchiré, meurtri par 10 ans de conflit armé, la Côte-d’Ivoire s’est inspirée du modèle sud-africain. En instaurant une Commission vérité et réconciliation conduite par l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), Charles Konan Banny. Pour ce qui est de l’amnistie agitée çà et là, Ouattara a fait savoir qu’elle n’est pas exclue. Mais tout de même, précise-t-il, la justice ira jusqu’au bout de sa logique.
« Certes, il y aura des propositions dans ce sens, mais de l’autre côté, la justice va faire son travail. La Côte-d’Ivoire se veut un Etat de droit », dit-il. Car, selon lui, il y a eu plusieurs catégories de crimes durant le conflit armé qui a fait plusieurs milliers de victimes. « Certains peuvent faire l’objet d’amnistie, d’autres de condamnation par les tribunaux nationaux et internationaux. L’impunité, c’est fini en Côte-d’Ivoire », note Ouattara sur un ton ferme, en présence de son ministre des Finances, Charles Koffi Diby et des Affaires Etrangères, Gervais Cackou.
« L’armée doit faire son examen de conscience »
Toujours sur le terrain de la justice, le président Ouattara s’est aussi prononcé sur la mort tragique d’Ibrahima Coulibaly, figure de proue des soldats invisibles qui ont combattu auprès des Forces républicaines, pour chasser les miliciens de Gbagbo de Yopougon et de Abobo. Tout en regrettant la mort du soldat IB, le président Ouattara a annoncé une enquête pour faire la lumière sur sa disparition. « Une autopsie a été faite pour déterminer les causes de sa mort », dit-il.
L’autre chantier qui attend Ouattara, c’est sans aucun doute la refonte de l’armée. Comme on le sait, cette dernière avait joué un rôle plus que trouble dans le conflit postélectoral. Les différents chefs des Forces de défense et de sécurité ont pris fait et cause pour Laurent Gbagbo au détriment de son principal rival. Les généraux comme Philippe Mangou, Dogbo Blé de la garde présidentielle, Georges Guiai Bi Poin, chef du Cecos (Centre de commandement des opérations de sécurité) n’ont rejoint le camp du président élu que lorsque le vent a tourné en défaveur du président déchu.
Mais pour Ouattara, l’heure est à l’évaluation de tout ce qui s’est passé. Pour que, comme il le dit, « pareille situation ne se reproduise plus ». « J’invite l’armée à un examen de conscienc,e afin de retrouver la confiance de la population », dit-il au cours d’un point de presse conjoint avec Wade.
« Soro est toujours à son poste »
Outre l’armée, Ouattara fait face au casse-tête Soro Guillaume. Faiseur de roi pour certains, élément clé du dispositif qui a renversé Gbagbo, l’avenir du Premier ministre et ministre de la Défense, Soro Guillaume, au sein de l’attelage gouvernemental suscite toutes les attentions. De sa propre bouche, il avait déclaré qu’il n’attendait que la Côte-d’Ivoire sorte de l’impasse, pour se retirer des affaires. Et prendre un repos sabbatique. Mais à entendre Ouattara, on a comme l’impression qu’il ne veut pas se séparer de son homme lige.
« Soro fait bien son travail. Le Président Bédié et moi sommes satisfaits de son travail. Pour le moment, il est toujours à son poste », observe ADO, comme on l’appelle affectueusement. Mais la grande interrogation demeure l’attitude des prétendants au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (Rhdp), à qui le poste devait échoir.
Commenter l'article


Par Anonyme