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Plus attractifs que les banques ?
Mardi 19/05/2009 | Posté par Amara Soumah et Mamadou Barry
Une rue du centre-ville de Dakar voit s'installer de plus en plus de bureaux de change. Les changeurs s'y livrent une concurrence féroce, un véritable marché noir des devises s'est développé. Faites quelques pas dans cette rue, vous serez vite assailli par les intermédiaires qui occupent les trottoirs
Ici, le temps n’est accordé qu’aux clients. Nous avons été refoulés de plusieurs bureaux de change où nous avons essayé d’avoir des informations. Malgré ces réticences, nous avons pu recueillir sur le tableau d’un de ces bureaux les taux de changes suivants : 650 Francs Cfa pour l’achat d’un euro et 669 Francs Cfa pour sa vente, 485 Francs Cfa pour l’achat d’un dollar américain et 520 Francs Cfa pour sa vente. Finalement, nous avons pu être guidés chez « Père Mbodj », un vieux changeur (ils sont aussi appelés cambistes) qui a accepté de nous parler.
Sur le tableau de ce dernier, on peut lire 655 Francs Cfa pour l’achat d’un Euro et 670 Francs Cfa pour sa vente; il y a donc une différence entre les différents bureaux. Selon Père Mbodj, les clients préfèrent les bureaux de change aux banques. Il nous explique les raisons : « D’abord nous proposons plus d’argent pour l’achat des devises que les banques mais aussi nous acceptons toutes les monnaies africaines, ce que les banques ne font pas ».
Ceci est d’autant plus vrai que nous avons assisté à une scène au guichet de la banque CBAO. Devant le guichet se trouvent deux blancs qui parlaient en anglais au guichetier. Après avoir échangé plusieurs billets de dollars, l’un des blancs a voulu faire la même chose avec ses billets de Francs centrafricain. Le guichetier lui répond alors : « No bank can change this » (aucune banque ne peut changer ces billets).
Interrogé sur la quantité d’argent (des espèces) qui circule sur le marché noir, le vieux Mbodj estime qu’elle est incommensurable : « on se vend les devises entre nous et même les banques viennent en acheter ici ». Il souligne également que les clients ont plus d’avantages dans les bureaux que dans les banques parce que « dans les banques, on ne peut pas acheter plus de 2000 euros ou dollars tandis que chez nous il n’y a pas de limite. Et aussi, par exemple, si la banque vend le dollar aujourd’hui à 510 Francs Cfa, nous, nous pouvons le vendre un peu moins que ça après négociation avec le client ».
Pour connaitre les taux de change dans les banques, nous avons fait un tour à la SGBS avant d'être renvoyé à la CBAO. Après une longue attente, le chargé de ce service finit par nous recevoir mais refuse catégoriquement de nous livrer les informations : « Ici, on ne donne pas les informations comme ça. Allez dans les autres banques ! », dit-il sévèrement avant de s'adresser à son vigile d’un ton autoritaire : « Il ne faut pas faciliter l’accès à mon bureau à ces gens-là ».
Le marché noir n’est pas épargné par la crise, c’est du moins ce que nous confie Père Mbodj : « Nous sommes affectés comme les banques parce que les clients achètent moins en cette période de crise ».
Amara Soumah et Mamadou Barry
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Par Amadou