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Pourquoi le malaise dans le système éducatif sénégalais ?
Jeudi 03/12/2009 | Posté par Papa Keita
Considérant la récurrence des grèves dans le système éducatif, j’ai donné la parole aux quelques syndicalistes du pays pour qu’ils livrent leur sentiment sur la question.
Est-il possible d’avoir une année scolaire avec zéro grève comme l’a souhaité le ministre Kalidou Diallo ? Les syndicalistes préfèrent afficher le masque de la prudence. « Je ne veux pas aller trop vite en besogne, mais c’est ce que nous souhaitons », tempère Mamadou Diop Castro de l’Union des enseignants du Sénégal (Uden).
« C’est possible ! Mais avec certaines conditions », relativise Marème Dansokho du Sypros (Syndicat des professeurs du Sénégal).
Et pourtant, tout semble aller pour le mieux à la suite de la rencontre du 9 septembre 2009 qui avait réuni le gouvernement et les syndicats regroupés au sein du Cadre unitaire; pour identifier les niches de problèmes. Mais, les changements intempestifs de ministres à la tête de la Fonction publique ont tendance à saper les efforts.
« Les changements de ministre impactent négativement dans le suivi des négociations. Depuis Innoncence Ntap Ndiaye (ancienne ministre de la Fonction publique), les différents acquis tardent à se matérialiser avec un tel environnement fait d’instabilité n’est pas optimiste », lâche, amer Youssou Touré de l’Ois (Organisation des instituteurs du Sénégal).
« Le gouvernement travaille à nous mettre dans une logique de grève avec un remaniement qui est intervenu à 72h de la signature du protocole d’accord », s’emporte pour sa part Castro. Avant de s’interroger sur le principe de la continuité gouvernementale dans ses engagements. Selon lui, « tout ceci est provoqué pour limiter les engagements du gouvernement ».
« Le Cusems a introduit une nouvelle donne en manipulant les textes pour faire des professeurs des surveillants généraux alors que c’était réservé aux instituteurs », avertit Youssou Touré. « La prime scolaire en vigueur depuis fin juin n’a toujours pas été payée », révèle Marème Dansokho. Pour elle, il ne faut pas voir dans ces revendications une volonté des enseignants de se préoccuper que de l’aspect pécuniaire, au grand dam de la pédagogie.
Quant à ceux qui les accusent de sacrifier les potaches devant l’autel de leurs revendications, Marème Dansokho démine la polémique en ces termes : «ce n’est pas une honte de revendiquer son dû. Dans nos plateformes, il y a une large part réservée aux aspects pédagogiques liés à la formation des enseignants, l’environnements des apprenants », jure-t-elle. Rouée, elle poursuit et soutient que : « par rapport à ça, je ne me fais pas d’état d’âme, car je considère qu’il faut motiver les enseignants. Le tout ponctué par : « l’autorité veut simplement nous mettre en mal avec l’opinion». Youssou Touré soutient par contre qu’ils sont soucieux des enfants et qu’il ne faut pas voir en eux des gens qui veulent saper le système éducatif. « Nous nous soucions de l’avenir des enfants, parce que nous sommes tous des pères de famille », justifie-t-il.
Pourtant, avec 40% du budget sénégalais, le plus gros d’ailleurs, nul n’osait parier qu’on assisterait à de tel remous dans la famille de l’Education. Grèves intempestives, baisse du niveau des élèves, quantum horaire non respecté et rétention de notes, rythment le système éducatif.
« Certes le gouvernement de l’alternance a fait des efforts dans la construction de nouvelles classes et le recrutement d’enseignants », admet Castro, mais « c’est dans l’utilisation des ressources que le bât blesse». Autrement dit, les conditions de réussite ne sont pas réunies pour obtenir de bons résultats. « Chaque année, c’est l’hécatombe ! Nous ne sommes pas dans une logique de pédagogie de la réussite », s’indigne-t-il. Ce qu’admet d’ailleurs le ministre de tutelle dans un entretien accordé au quotidien national Le Soleil (n°11784 du lundi 14 septembre).
Pour Kalidou Diallo, « notre système éducatif traverse une période difficile au moment où il bénéficie de plus de moyens……Les rendements scolaires baissent de plus en plus ». Pour Youssou Touré, l’onde de choc n’a pas pourtant affecté l’élémentaire, ceci en dépit des maigres moyens des instituteurs. « Malgré les faibles moyens, nous sommes dans la fourchette de 50 à 70% de réussite », se console-t-il.
La conséquence de tout cela, c’est la montée en puissance de l’école privée et la dévalorisation de facto de l’école publique. Qui jadis faisait les meilleurs élèves. « L’école publique se dévalorise de plus en plus au profit du privé. Il y a un sabotage du système éducatif qui ne dit pas son nom », s’alarme Marème Dansokho. Quant à Mamadou Diop Castro, il y voit une logique de démantèlement de l’école publique au profit des écoles privées.
« On ne peut imputer les contreperformances des écoles publiques aux seules grèves. Ce n’est pas parce que c’est privé que c’est performant, mais il utilise un personnel enseignant non motivé du public », analyse-t-il. A preuve, il cite en exemple l’école Mariama Bâ qui est une école publique, mais qui fait des résultats chaque année aux examens. « Qu’on mette les enseignants du public dans les mêmes conditions que ceux du privé et vous verrez ! », s’exclame-t-il.
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Par Anonyme