Dakar Bondy Blog Dakar Bondy Blog Neuilly Bondy Blog Lausanne Bondy Blog Business Bondy Blog Bondy Blog Lyon Bondy Blog Marseille Bondy Blog

RUBRIQUE :

Près de cent ans après, Demba et Dupont toujours inégaux?

Samedi 24/05/2008 | Posté par Youssouph Bodian

La journée du Tirailleur a été célébrée hier au Sénégal. Youssouph s'est rendu sur la place du tirailleur où trône la statue de Demba et Dupont. Récit d'une prise d'armes

La journée du tirailleur a été célébrée, ce vendredi 23 mai 2008, sur la place du tirailleur. C’est sous un soleil de plomb que s’est tenue la cérémonie en présence du Président de la République, du gouvernement, du Secrétaire d’Etat français chargé de la défense et des anciens combattants, et du corps diplomatique.
 
Il est 15h 40, quand je suis arrivé à la place des anciens combattants. Il y régnait une ambiance festive. Des tribunes ont été installées pour accueillir les différents invités. Sur la tribune 1, il y avait les autorités sénégalaises et françaises, à côté, celle des officiers de l’armée. Plus loin, on pouvait apercevoir la tribune des anciens combattants, à qui cette journée était dédiée. Sur la route menant au port autonome de Dakar, s’était dressé des files de militaires, gendarmes et d’anciens combattants, vêtus de kaftans, qui attendaient le début de la cérémonie. A proximité de l’endroit où la gerbe de fleur devait être posée, étaient debout quatre tirailleurs vêtus de tenues blanches. Ils avaient des médailles accrochées sur la poche de la chemise et tenaient chacun un drapeau entre les mains. 

Un d’entre eux apparemment dominé par la chaleur et la fatigue s’accroupissait de temps en temps pour reposer ses jambes. Il s’empressait de se relever pour tenir bien haut son drapeau à chaque fois qu’on annonçait l’arrivée d’une autorité. La souffrance qu’endurait ce vieux m’a fait penser au personnage de Ferdinand Oyono dans « le vieux nègre et la médaille » : Meka, un vieil africain, qui devait être décoré par le commandant pour service rendu à la France, verra sa joie transformée en calvaire, car on lui fera attendre longuement sous le soleil avant de recevoir sa médaille.
 
Il est 16h 10 et le Chef de l’Etat n’est pas encore là. Vingt minutes plus tard, sa longue limousine noire stationne devant la tribune 1. A sa descente du véhicule, Me Abdoulaye Wade s’est dirigé vers la place du tirailleur où il a déposé une gerbe de fleurs à la mémoire des anciens combattants. Ensuite, il rejoint la tribune officielle après une revue de troupes. Les allocutions pouvaient alors commencer. C’est d’abord au tour du chargé de l’information de l’armée de prendre la parole pour souhaiter la bienvenue et présenter le programme. Son discours a été perturbé par des chants de griots qui annonçaient l’arrivée de Mme Awa Diop, députée à l’Assemblée Nationale accompagnée de sa délégation.
 
Le calme revenu, Monsieur Alioune Camara, Président de l’Office National des Anciens Combattants (Onac) pouvait s’adresser à l’assistance et faire part de ses inquiétudes quand au retard observé dans l’application de la décristallisation. Cette loi, votée en France en 2002, prévoit l’alignement des salaires des tirailleurs au même niveau que ceux de leurs frères d’armes français. En effet, la cristallisation faisait qu’un ancien combattant africain gagnait une pension inférieure à celle de son camarade d’armes français (à titre indicatif, par année, quand un français touchait une pension de 460 euros, le sénégalais en touchait 193 et le marocain 61). Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat français chargé de la défense et des anciens combattants a tenté de rassurer. Il a déclaré que « la décristallisation des pensions dues aux anciens combattants, entamée depuis quelques années, se poursuivra ». Il a parlé d’une aide de dix millions de Francs CFA pour, selon lui, renforcer les moyens financiers mis chaque année par la France à la disposition de l’Office National des Anciens Combattants pour la couverture d’actions sociales.
 
Pendant ces discours, je suis allé voir ce qui se passait à la tribune des tirailleurs. Samba Thiam, un ancien combattant, habillé d’un grand boubou, les pieds enflés, dormait tranquillement sur sa chaise. Réveillé par les applaudissements à la fin de l’allocution de M. Bockel, il me demande si la cérémonie est terminée? Ce vieux soldat de la seconde guerre mondiale, dit être là depuis sept heures du matin. « Je préfère dormir que d’écouter ces discours qui ne sont que de la simple publicité. Jusqu’à présent l’Etat français n’a pas appliqué la décristallisation, même si je reconnais qu’il y a une petite amélioration des pensions. Il n y a pas une égalité entre nos salaires et ceux des français sous prétexte que le payement est calculé en fonction du niveau de vie de chaque pays. Quand la France a besoin de toi, tu es considéré comme français, mais après ils ne te reconnaissent plus ».
 
Le président Abdoulaye Wade quant à lui, a suggéré la création d’une fondation du tirailleur qui aura en charge la « pérennisation de la mémoire de nos compatriotes » et « la promotion des idéaux de paix, de liberté, de fraternité pour lesquels ils ont combattu ».
 
Des anciens combattants venus du mali, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal ont été décorés. Un défilé militaire et la visite d’une exposition consacrée aux tirailleurs, dans les locaux du cercle mess des officiers, ont mis fin à la cérémonie. Les commémorations de la 4e "Journée du tirailleur" se prolongeront le 23 juin, le 23 juillet et le 23 août, dates auxquelles les trois précédentes éditions ont été célébrées.

Youssouph Bodian

Youssouph Bodian -

Réactions des internautes

mowglii
Samedi 24 Mai 2008, 17:32
Signaler un abus
néanmoins reste à savoir ce qu'on entend par egalité . 

on ne vit pas pareil avec 61 euros en france et au maroc. 

donner la meme pension à des gens vivant dans des pays differents rend difficile toutte revalorisation à egalité de traitement . imaginez que l'inflation soit de 1000 %  en france et de 10 % en afrique : comment faut il revaloriser ? tout le monde pareil ? tous à 10 % ou  tous à 1000 % ?  ou alors chacun en fonction de l'inflation de son pays ?  c'est une question de niveau de vie, pas de chiffres , non,  ?


hé bien c'est la meme chose, selon moi , pour la fixation tout court, meme hors inflation. si on a pas un loyer français de 600- 900 euros à payer pour un 40 metres carrés,  mais quon le pays dix fois moins, parce qu on est au senégal, ben, ca ne me choque pas d'avoir dix fois moins de pension. 



  

Répondre -

Romuald
Dimanche 25 Mai 2008, 06:27
Signaler un abus
Je ne sais pas qui est ce Pierre-Yves Jégo alias Anonyme, mais il a l'air très remonté..
On dirait un mélange de Jodlergruppe et de Briardounet, du reste je ne sais pas s'il plaisante, ou s'il est sérieux..

Il joue au parfait petit raciste de base sénégalais (anti-Blancs donc), ou c'est un trip à la Briardounet?


Pour en revenir à cette différence de traitement flagrante entre soldats de métropole et soldats des colonies, pourquoi ces initiatives sont-elles prises aussi tardivement?
D'une part parce que la SFIO était colonialiste (m'ont fait bien marrer, les gauches qui criaient au néo-colonialisme à propos du discours de Sarkozy, à Dakar); d'autre part, la France n'a pas eu le temps de se retourner que surgissait un autre conflit mondial dans lequel, là encore, furent "cordialement invités à se joindre aux festivités", les fameux indigènes des colonies.

E pour leur plus grand malheur, De Gaulle ne portait pas spécialement ces indigènes dans son coeur; c'est la raison pour laquelle on entend plus parler de la 2ème DB que de l'Armée d'Afrique, c'est la raison pour laquelle le Français moyen connaît plus le débarquement de Normandie, que celui de Provence.



Les Indigènes ont hélas toujours été considérés comme des supplétifs, des auxiliaires.
Cela dit, différence de traitement il existe également entre Indigènes eux-mêmes, puisque la Loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale aux Français rapatriés ne parlent quasi exclusivement que des Harkis, puisque l'Algérie était française et les Harkis, de fait, français (même si ça a pris du temps..).
Par contre, rien pour les Indigènes des autres colonies ayant combattu aux côtés des Français, juste parce qu'ils n'étaient alors pas Français. Dommage.
Cela dit, les jeunes issus de l'immigration n'ont aujourd'hui aucune gloire à tirer des faits d'armes de leurs anciens, comme un fils n'a aucune gloire à tirer des actes de son père sauf si lui-même s'illustre de la même façon. De la fierté, tout au plus.


Petite parenthèse, mais ça me fait penser à certains passeports ivoiriens, gabonnais ou camerounais sur lequel je lis régulièrement "Fonction: fils du chef d'Etat-major truc ou épouse du ministre untel"..
Le déterminisme social, être bien né, ça compte aussi, ailleurs..



Sinon, cette différence de considération est partagée avec une autre ancienne puissance coloniale, puisque les Gurkhas népalais ne bénéficient pas de la même pension que leurs homologues britanniques, l'argument étant que le niveau de vie au Népal était bien moindre qu'en UK.
Bon, c'est sûrement vrai, mais quid du Gurkha qui déciderait de rester en UK?..

Répondre -