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Règlement de comptes à Bissau Corral

Dimanche 08/03/2009 | Posté par Papa Keita

Suite aux assassinats du chef d’Etat major des armées et du chef de l’Etat, la Guinée Bissau est plongée dans un véritable flou. Ce pays de l’Afrique de l’ouest qui est l’un des plus pauvres se relèvera t’il de ce chaos généralisé ? Papa Keïta explique

Alors que la plaie béante de la tentative de coup d’Etat du 23 novembre dernier ne s’est pas encore refermée. Voila que des spadassins en godillots s’illustrent tristement en abattant froidement le président Nino Vieira, élu démocratiquement en 2005. Après que son chef d’Etat major des armées, le général Tagme Na Waié ait subi le même sort la veille.

Le président Nino, comme l’appelle affectueusement ses concitoyens, 69 ans, a passé l’essentiel de son parcours politique à flirter entre les lambris dorés du palais et le maquis. Dans une Guinée Bissau en proie à des démons de la division, des luttes intestines interethniques, et une décolonisation mal planifiée. Depuis son accession à l’indépendance en 1973, elle a toujours vécu sous la férule de soldats qui font et défont les carrières des hommes politiques en fonction de leurs intérêts et de leurs agendas.

L’armée bissau-guinéenne qui compte 10 000 hommes, pour une population de 1,6 millions d’habitants, est l’un des pays le plus militarisé de la sous-région. Loin devant ses voisins immédiats. A cela s’ajoute la paupérisation des hommes de troupes qui n’hésitent pas à manifester leur mécontentement en tenant en otage l’Etat qui est obligé à chaque fois de s’aplatir. En 1980, Almeida Cabral, frère d’Amilcar Cabral, a été renversé par l’armée. Il cède la place à Nino qui lui à son tour sera chassé du pouvoir comme un vulgaire laquais, en 1999, au lendemain de la guerre civile. Kumba Yalla, élu en 2000, passera, lui aussi, trois plus tard à la trappe. Avant que les civils ne reviennent aux affaires en 2005. C’est Nino qui signe ainsi son retour afin de guérir son pays des convulsions politiques dans lesquelles l’armée l’avait plongé depuis les indépendances.

Mais, cette volonté réformiste de Nino se heurtera à la volonté du général Tagme Na Waié qui entend maintenir l’influence de l’armée dans le jeu démocratique et continuer à distribuer les rôles et les cartes entre les acteurs le tout sur fond de corruption d’une administration chancelante et mal formée, d’une pauvreté qui a atteint des proportions inquiétantes, d’un dialogue politique au point mort et d’une armée qui lui dispute son autonomie. Pris dans ce tourbillon, aux allures d’ouragan, Nino a finalement capitulé de façon tragique. Avec sa 175ième place sur 177 au classement des Nations Unies sur l’indice de développement, elle a vécu une décennie de tumultes. Deux tiers de la population vivent au dessous du seuil de la pauvreté. A cela s’ajoute l’activité intense des narcotrafiquants qui profitent de la porosité des frontières et des largesses des contrôles douaniers pour écouler tranquillement leur marchandise.

Entre janvier et novembre 2007, près de 635 kg de cocaïne ont été saisis. Dans un pays à l’économie exsangue et une armée jalouse de ses prérogatives, l’étau continue de se resserrer. L’ancienne colonie portugaise est prise à son propre jeu.

Papa Keita -