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Silence, on travaille en franco-wolofo-chinois !

Samedi 14/02/2009 | Posté par Youssouph Bodian

Depuis que Dakar a renoué ses relations diplomatiques avec Pékin, en novembre 2006, les échanges entre les deux pays ont fait un boom. Sur le plan de l’intégration, les ressortissants chinois sont de plus en plus visibles dans la capitale sénégalaise : commerces, chantiers, restaurants. Youssouph est allé à la rencontre des sénégalais qui travaillent avec ces chinois pour voir quels rapports ils entretiennent

Sous un soleil de plomb, des ouvriers s’activent à déposer du goudron et du béton dans une grosse machine. Un peu plus loin, des camionneurs attendent patiemment, dans leurs véhicules, le chargement du produit fini qui est destiné à la construction de la nouvelle autoroute à péage. On est à la patte d’oie (quartier à la sortie de Dakar), plus précisément à l’atelier des chinois. Ici, avec le bruit assourdissant des machines, il faut crier pour se faire comprendre. C’est dans cette ambiance que j’aborde un des chinois. Il est vêtu d’un uniforme bleu et d’un casque en plastique bien vissé sur la tête : c’est le maître des lieux.

Après exposition des raisons de ma visite, le monsieur m’explique dans un français laborieux que les ouvriers ne pouvaient pas me parler car : « ils sont occupés en ce moment ». Face à mon insistance, le monsieur m’invite gentiment à quitter les lieux parce que : « ça pourrait être dangereux pour toi », dit-il. Je remonte alors sur le pont qui surplombe les lieux pour prendre une photo. Et, c’est là que je rencontre un ouvrier sénégalais qui serrait des boulons de la glissière de sécurité du pont. Ce dernier accepte de parler, mais à condition que l’entretien ne tire pas en longueur. Le front trempé de sueur, il m’annonce : « Avec les chinois, on travaille sans arrêt ». Mais ce qui est encourageant selon lui, c’est que contrairement à la plupart des chefs de chantiers sénégalais, les chinois se mettent à la tâche au même titre que les ouvriers. Ce jeune sénégalais qui travaille sur ce chantier depuis un mois m’a aussi avoué avoir une grande admiration pour ces chinois : « en plus d’être des travailleurs, ils ne doivent aucun franc à personne ici », ajoute t-il.

Cette obstination des chinois pour le travail, Mariama Diouf qui travaille dans une boutique chinoise sur les Allées du Centenaire, la confirme. « On travaille tous les jours de 8h à 18h15. On ne s’arrête que pour prendre le déjeuner à treize heures », confesse la dame, qui continuait de confectionner des bouquets de fleurs en plastique. A la fin de la journée, ces employés perçoivent entre 1000 Francs Cfa et 1500 Francs Cfa (1,50 à 2,20 euros). Selon Mariama, les chinois sont très réservés : « ils n’ouvrent la bouche que pour parler affaires. Je travaille depuis six ans avec eux, mais je ne connais rien de leur vie, encore moins de leur famille ».

Cette présence des commerçants chinois est bien appréciée des clients rencontrés sur ce boulevard. A la sortie d’une des boutiques, Abdou Ngom vient de finir ses achats. Ce marchand ambulant achète, depuis 2005, des articles chinois qu’il juge être très abordables. Il poursuit en indiquant que : « contrairement aux sénégalais, chez les chinois il y a une différence entre les prix au détail et ceux de la vente en gros. » A propos de la qualité des marchandises tant décriée, Bamba Guèye, un client, pense que l’on ne peut pas avoir en poche 1000 Francs Cfa et espérer avoir un produit de qualité. Pour ce monsieur : « Les chinois nous vendent des produits de moindre qualité parce qu’ils savent que nous avons un pouvoir d’achat faible ».

La barrière de la langue, qui constituait au début un obstacle à la bonne marche des affaires, a été franchie. En effet grâce à l’ingéniosité des deux camps, un patois composé de mots français, wolof et chinois a été créé. L’essentiel pour tous étant de se faire comprendre pour commercer. C'est la Chinafrique !

Youssouph Bodian

Youssouph Bodian -