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Sous emploi chez les jeunes : le paradoxe d’une riche zone minière

Jeudi 12/11/2009 | Posté par Papa Ismaila KEITA

C’est à n’y rien comprendre. La région est riche, et pourtant, selon certaines estimations, la moitié des jeunes y est sans boulot. Les événements du 23 décembre ont retenti comme un coup de semonce. L’Etat semble avoir retenu l’avertissement…

De la Bauxite, du fer, du marbre, de l’or, le tourisme touristiques… Un potentiel économique considérable, donc. Mais cette carte postale a un verso peu reluisant. C’est le chômage chez les jeunes. «La seule usine pourvoyeuse d’emplois dans la région est celle de Sabodala.

Cependant, elle profite plus aux étrangers qu’aux locaux», fulmine Mamady Kébé, un jeune Kédovin, la trentaine, casquette bien vissée sur sa tête. Le célèbre fromager qui porte le nom de «Bantindjokoto», et qui se dresse au centre ville, est le point de convergence de Mamady et de ses amis, pour tuer la lourdeur du temps autour d’une théière posée sur les braises d’un fourneau. Pour eux, la vie à Kédougou ressemble à une éternelle répétition des mêmes choses. «Je ne peux pas comprendre qu’avec toute cette richesse dont regorge la région, nous soyons là à tirer chaque jour le diable par la queue», s’indigne Moussa Aidara. Leur trait commun est qu’ils souffrent d’un manque de formation assez avancée pour prétendre à des postes de choix dans les rares entreprises de la place. D’ailleurs, Mady Keita, la vingtaine, avoue qu’il n’est pas resté longtemps à l’école. Après le BFEM, il s’est lancé dans le commerce pour venir en aide à sa famille. C’est le cas aussi pour Moussa Aidara, contraint d’abandonner les études en classe de CM2, pour devenir électricien. «Je parviens pas à avoir des travaux à réaliser sur des chantiers, mais la plupart du temps ces derniers sont aux arrêts, faute de financements. Et cela tue l’emploi», renseigne-t-il, tout en sirotant la tasse de thé que lui a tendue son ami Mady. Quant à Mamady, son travail à l’inspection d’Académie, comme chauffeur adjoint, ne lui permet guère de sortir la tête hors de l’eau. «L’inspection ne fait appel à moi, que lorsque le titulaire est absent, ou s’il y a des tournées à l’intérieur du pays». À la fin de chaque vacation, il perçoit un cachet. Il n’est toujours pas embauché. La plupart des emplois dans les usines de la place ne nourrissent pas leurs hommes. Souvent ceux-ci appartiennent à une famille élargie où toutes les charges reposent sur leurs épaules. Sanoussi Aidara se souvient de ses dures journées de labeur à MDEL, une société évoluant dans l’extraction de l’or. «En tant qu’ouvriers nous travaillons de 7 h à 15 h, parfois sans arrêt, sinon pour manger. Repas à nos frais», proteste-t-il. Pour 7 jours de travail ils reçoivent 13 000 FCFA. Mady Keita, lui, a fait quelques jours à Sabodala, comme manoeuvre, dénonce les patrons dont la stratégie consiste à refuser de remettre un bulletin de salaire censé indiquer les avances à retenir sur leur salaire pour les dépensés effectuées dans la semaine. Il fustige également l’organisation rotative du travail dans les principales usines implantées dans la région. «Généralement, nous travaillons durant toute une semaine, ensuite nous observons un arrêt qui dure aussi une semaine», note-t-il. «Avec ça, vous ne pouvez rien projeter de durable pour l’avenir. Les usines ne parviennent pas à satisfaire la forte demande d’emplois des jeunes. Les demandes de financement de projet souffrent elles aussi dans les tiroirs administratifs. «Je vous avoue que la mairie en est remplie et qu’elles sont sans suite». La raison? Moussa Aidara l’explique par le mode de fonctionnement de la société sénégalaise, qui veut que le copinage et le népotisme l’emportent sur la compétence et le mérite. Sans emploi fixe, ni revenu substantiel, aucun d’entre eux ne songe à prendre femme, et Dieu sait que l’idée leur traverse la tête souvent. «N’eussent été les émigrés qui envoient souvent de l’argent, beaucoup de familles seraient disloquées à cause du coût excessif de la vie et de la baisse du pouvoir d’achat», précise Sanoussi Aidara, qui tient par ailleurs la maison de sa soeur expatriée du côté de la Seine. Il la loue à des Kédovins. L’Etat, par le biais de l’inspection de la jeunesse, entend renouer le fil du dialogue avec la jeunesse. Pour Niokhor Ndiaye, le nouvel inspecteur de la jeunesse installé un mois avant les émeutes du 23 décembre, le problème de la jeunesse est plus un manque de profil pour les emplois disponibles, qu’un défaut de considération de la part des autorités. À preuve, il indique, que la grande majorité des jeunes ne sont pas suffisamment formés pour occuper les postes stratégiques dans les usines de la place. Ils sont donc confinés à des rôles marginaux. Pour pallier cette incongruité, M. Ndiaye compte mettre l’accent sur la formation, en organisant régulièrement des ateliers et des rencontres pour qu’ils puissent euxmêmes ficeler leurs propres projets. Car, la plupart d’entre eux ne savent pas en monter un. C’est à cause de cela, que beaucoup de demandes de financements restent sans suite. L’inspecteur sait, qu’il est en mission difficile dans cette zone. Aussi compte-t-il mettre l’accent sur la gestion participative des problèmes de tous pour apaiser les frustrations nées des récents événements douloureux.


Papa Ismaila KEITA

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